The project
Concept.
Ce film correspond à un temps précis dans la vie d’un homme - celui où il devient papa. Je montre avec une camera et à l’aide de la parole comment les jeunes pères incarne deux formes de paternité l’une à la suite de l’autre, l’une puis l’autre, la biologique et l’affective, que nous résumerons ici par deux variantes : Père et Papa. L'une est donnée par un acte de naissance, l’autre figure un “titre“ qui ne peut être accordé que par l’enfant.
Devenir père n'est pas difficile. L'être l'est, cependant.
C’est pour cela que je ne filme que des pères qui viennent d’avoir leur premier enfant : d’une part, ils se découvrent pères et, de l’autre, ils interrogent le futur papa en eux. Cette situation résume quelque chose de très dur pour ces jeunes hommes parce qu’elle renvoie à un dilemme, celui du don et de la contrainte, ils donnent de l'amour à leur enfant, mais il leur faut aussi partager en équipe une responsabilité pratique: nourrir une famille.

Je fais parler ces jeunes pères parce que, justement, “Papa” ne peut être accordé que par la parole de l’enfant et parce qu'ils attendent le jour où celui-ci dira “Papa”, où ce mot, pourtant si petit, incarnera quelque chose d’immense.
J’ai toujours été heurté, pendant que ma femme était enceinte, lorsque ma famille et les amis autour de moi me tapaient chaleureusement dans le dos en me disant : “ ça va Papa ?” Je ne savais absolument pas ce que cela voulait dire, ou plutot ce mot était vide de sens, je pouvais éventuellement regarder mon père, mais cela ne m’aidait en rien, j’allais devoir m’inventer “Papa”, et en même temps m’en remettre à mon fils, puisque c’est lui qui avait la clef, le choix de m’appeler “Papa".
C’est quelque chose de très étrange parce que ces hommes sont souvent drapés dans le silence et la fierté, qu'ils n’accordent que peu d'importance aux mots - et c’est cela le temps du film, s’approcher du silence et capter de l’invisible. Ce moment de leur vie, ces hommes, pour le traverser, doivent en parler, parce que ce mot, “Papa“, ils vont l’apprendre à leur enfant et l’apprivoiser à deux…

À chaque entretien, je filme un homme (douze en tout) qui n’est pas encore papa et qui pourtant vient de devenir père – des hommes qui sont en plein déménagement interne, bouleversés par l’arrivée du premier enfant et qui se reconstruisent, tout en se découvrant pères.
Cet énorme changement contraint ces tout juste pères à se transformer, à se fabriquer de nouveaux habits, un nouveau moi, celui qu’on va appeler « Papa » alors qu’ils sont encore des non-papas.
Comment tiennent-ils face à l’énigme, confrontés pour la première fois à la puissance féminine qui donne la vie?
Cette énigme les fait pères, état passif, et se prolonge dans une autre : « Que faire pour qu’il m’appelle ”Papa” ? ». Et c’est justement cet invisible que je cherche à capter qui inspire l’expression de ces visages d’hommes et qu’ils laissent parfois percer à travers des mots ou des silences.
Nul n’échappe à l’énigme de sa propre venue, à celle de ses enfants et à celle de la parole.

Méthode
Je filme des entretiens avec des hommes qui viennent d’avoir leur premier enfant. J’isole chacun de ces pères de ce qu’il vit, de tout ce qui est commun à ces familles, femme, maison, couches culottes, enfant, grands parents... Je ne garde que le minimum, lui et moi, séparés par une caméra et dans une pièce que le protagoniste ne connaît pas. La pièce à son importance parce qu’elle est neutre et, dans ce sens, participe à la création d’un espace vierge, interchangeable, où nous pouvons librement revenir sur les événements récents qui les habitent.
Je ne pose pas vraiment de questions, cela s’apparente plus à une discussion dirigée qu’à une interview. La chronologie réelle des événements sert de fil conducteur pour retracer ce qu’ils ont vécu, en commençant par leur propre naissance. C’est là une manière de les replonger dans les événements afin qu’ils puissent se laisser submerger. Ils revivent, laissent voir et rappellent devant la caméra ce qui les a touchés sur le moment.
Ainsi, dans l'échange et face à la caméra, ils disent comment ils font face à cette énigme, d’un point de vue purement masculin. Comment les convoque à eux-mêmes et à leurs émotions cette chose incroyable qui sort du corps de l’autre - la mère - et qui pourtant vient du leur.
J’essaie de comprendre ce qui a joué en eux et pourquoi, ce qui va faire d’eux des papas, ce qu’ils inventent, ce qu’ils se laissent transmettre, les choses que peu à peu ils réalisent sans vraiment s’en rendre compte, De quoi est faite leur mue – leur changement de peau?

Naissance du film
Un laps de temps m’a fasciné, le moment où j’étais déjà père et pas encore papa, sous le double choc de l’accouchement et de la naissance, de ce qui s’était passé à l’intérieur de ma femme pendant 9 mois et de ce que MOI j’avais pu créer avec l’accord de celle-ci. Je me suis littéralement retrouvé le cœur ouvert, l’âme errante et se cherchant une nouvelle structure.
Je travaille depuis 10 ans maintenant sur la relation père-fils, mon premier film, “Histoires de fils“ un documentaire de 52mins était déjà sur de jeunes hommes de 18 ans qui parlaient de leur père – dans ce premier moment de la vie où l’on se “lance“, où l’on se construit en tant qu’homme et l’on porte un regard bien particulier sur son père. “L’Énigme“ s’attache à un autre moment de la vie où les hommes sont poussés dans leurs retranchements, où ils sont désarçonnés, où ils doutent ouvertement.
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Extrait "d'Histoires de fils" mon premier film:
Un documentaire sur les 50 ans du label motown, tourné aux États-Unis en 2008 pour Universal :
Et pour le plaisir des yeux, un travail libre avec la danseuse Claire Tran :
N'hésitez pas à vous balader sur mon site pour voir plus de choses !
http://www.raphaelduroy.com/
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Raphaël Duroy, auteur-réalisateur
Photo de l'affiche : Jennifer Sath : http://www.jennifersath.com/




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