Présentation détaillée du projet
C'est quoi?
Un spectacle de théâtre qui se jouera autour et dans l'aéroport de Brazzaville au Congo, à l'invitation de Dieudonné Niangouna pour son festival Mantsina sur Scène.
Du théâtre-paysage qui joue avec les avions, les herbes, la météo, les perspectives, les présences humaines et autres...
C'est qui?
Une équipe d'acteurs-paysage emmenée par Alexandre Koutchevsky, auteur et metteur en scène de la compagnie Lumière d'août (Rennes) et pilote privé : Lamine Diarra, Flora Diguet, Damien Gabriac, Charline Grand, Yaya Mbilé Bitang, Aristide Tarnagda. Chargée de production : Gabrielle Jarrier.
C'est où?
Sur le tarmac de l'aéroport Maya Maya de Brazzaville, sous les hangars désaffectés, sur les chemins de latérite, dans les cours des habitants, sur le tapis à bagages de l'aéroport, sous les avions qui atterrissent.
Pourquoi?
Pour explorer ensemble la question : Où commence le ciel?
Pour qui?
Pour tous les habitants et usagers du territoire aéroportuaire de Brazzaville, pour les spectateurs de Brazzaville et du Festival Mantsina sur scène.
Le parcours de Ciel à Brazza : le spectacle est déambulatoire et dure 3 heures.

Zone 1 : 16h - dans une cour chez les habitants du quartier « la Frontière »
Le public de Mantsina, transporté par bus depuis le site du festival, arrive au quartier La Frontière, appelé ainsi en raison de sa proximité avec l’aéroport, le bout de piste, et de sa co-existence bruyante avec les avions. Les festivaliers se mélangent avec les habitants du quartier pour ne plus constituer qu’un seul public qui effectuera ensuite l’ensemble du parcours Ciel à Brazza.
Cette dénomination même de « frontière » constitue déjà un appel du pied du paysage. Comme le raconte Dieudonné Niangouna, pour les enfants qui grandissent là, le ciel qui aspire ou crache les avions constitue la première frontière visible avec les autres pays du monde. Regarder le ciel de l’aéroport c’est déjà imaginer l’ailleurs du monde.
Nous jouerons dans ce quartier un texte d’Aristide Tarnagda en lien étroit avec les habitants avec qui nous avons pris contact avec Dieudonné lors des repérages sur le terrain en juin 2012.
Zone 2 : 16h45 – sous les atterrissages du soir
Les axes de piste ont souvent constitué un lieu de prédilection des spectacles Ciel dans la ville. Cette fois-ci la géographie se prête particulièrement bien à un spectacle sous les atterrissages du soir. Une route de terre prolonge l’axe de piste jusqu’au cœur du quartier La Frontière, offrant une perspective de plusieurs centaines de mètres avec laquelle nous comptons jouer au maximum. La complicité établie lors des repérages avec les contrôleurs aériens de l’Asecna permet d’imaginer un texte sous les avions vers 17h, écrit spécifiquement pour cet endroit. Le passage des avions permet de créer des effets d’attente, d’imminence, tout à fait remarquables. Il s’agit alors pour les comédiens de travailler avec les appareils qui arrivent au lointain, de cadencer leur texte avec l’arrivée des avions. C’est une manière très efficace de prendre en compte le hurlement des moteurs et cette masse de plusieurs tonnes qui rase les habitations.
Zone 3 : 17h45 – hangar Air Afrique
À la suite du spectacle de la zone 2, nous emporterons les spectateurs en bus vers le hangar d’Air Afrique à l’intérieur de l’enceinte aéroportuaire. Ce hangar désaffecté de l’ancienne compagnie aérienne du continent (disparue en 2002) constitue le lieu idoine pour le texte de Dieudonné Niangouna. Tous les hommes d’ailleurs est une composition de courts textes, courtes scènes, flashes de mémoire, sur l’enfance de l’auteur à Brazzaville. Il se trouve que Dieudonné Niangouna a grandi devant l’aéroport Maya Maya au début des années 1980. Son texte évoque les pratiques, les jeux, les interrogations des enfants qui vivent ici, face à l’aéroport : Qui descend de l’avion ?
« Les Blancs. Sinon ça veut dire que c’est le boy chauffeur du pilote ou un mécanicien. » Si les avions sortent du ciel et viennent de France, ça veut dire que la France est au ciel. Et quel est le sens de cette phrase écrite « sur la face de l’aéroport » juste sous le nez des enfants « Bienvenue au Congo » ?
Jouer Tous les hommes d’ailleurs sur le territoire-même du texte, dans cet endroit qui a vu naître son auteur, sera un des points forts du futur déambulatoire de Ciel à Brazza.
Nous jouerons sans doute sous le hangar ou devant celui-ci, avec les anciens appareils à l’abandon devant nous sur le tarmac. Le hangar immense constitue par ailleurs un endroit de théâtre passionnant de par ses qualités acoustiques, ses matières et couleurs.
Zone 4 : 18h30 – Aérogare Maya-Maya
Après les textes de Dieudonné Niangouna, avec l’aide de Congo Handling, nous ferons monter les spectateurs dans un des "Cobus" qui transportent habituellement les passagers entre les avions et les terminaux. Direction l’aérogare, étape finale de la soirée.
Grâce à l’enthousiasme et au fort soutien d’Aerco (Aéroports du Congo) pour le projet, nous pouvons imaginer un déambulatoire final à l’intérieur-même de l’aérogare récemment entièrement rénové. Les spectateurs débarqueront du bus comme s’ils venaient de sortir de l’avion et seront conduits dans le hall de récupération des bagages. À cet endroit, les comédiens, juchés sur les tapis roulants (en marche) des bagages, commenceront Interférences, le texte de Sylvie Dyclo-Pomos, auteure congolaise.
En plus du tapis à bagages, d’autres lieux de l’aéroport sont envisagés : les comptoirs d’enregistrement (dont la symétrie permet de nombreuses approches formelles), ou bien encore la salle d’embarquement avec ses immenses baies vitrées vertes arrondies donnant sur le tarmac et les avions.
Bonus track : Enfin, nous jouerons Altitude, de Nicolas Richard, dans le Cobus prêté par Congo Handling sur le trajet entre la zone 3 (hangar Air Afrique) et la zone 4 (aérogare). L’utilisation du bus en mouvement dans la nuit, la promiscuité acteurs/ spectateurs debout, la présence des lumières du tarmac, des avions, sont des pistes de travail très stimulantes. Altitude c'est un homme qui se rappelle que le corps de son père est revenu d'un pays d'Afrique jusqu'en France par avion et que fumer équivaut à se retrouver en altitude...
Principes fondateurs de Ciel à Brazza
Mixité des publics... Aux représentations
Il va de soi que le théâtre-paysage accueille tous les publics. Nous répétons et jouons chez les habitants, ou à côté de chez eux, dans un désir partagé de rencontre.
Les spectacles sont gratuits.
Une partie des spectateurs viendra par le biais de l’Institut Français du Congo et du Festival Mantsina, une autre (la plus grande) sera constituée des habitants des zones de spectacles ainsi que des travailleurs de la zone aéroportuaire. L’enjeu est de parvenir à créer un parcours qui permette à un maximum de personnes d’assister à tous les spectacles.
La déambulation comme outil de changement de point de vue
Les spectacles Ciel dans la ville s’appuient sur un principe déambulatoire. Chaque spectacle, chaque texte est travaillé dans son lieu propre. Il va de soi que le choix du lieu est un élément capital de la démarche artistique du théâtre-paysage. Qui l’habite ? Comment y vit-on ? Quelles pratiques y ont été développées ? Qu’y voit-on ? Quels sont les bruits ambiants ? Comment jouer des couleurs, des perspectives, de la végétation, des murs, des lumières ? À quelle heure jouer ? Autant de questions qui déterminent le choix des lieux de représentation.
Mixité des publics... aux répétitions et aux ateliers
Par nature, les répétitions des spectacles-paysage sont toujours ouvertes.
C’est un acte d’hospitalité réciproque : les habitants et professionnels aéroportuaires nous accueillent chez eux, nous les accueillons dans notre travail. Ils peuvent donc assister aux répétitions à tout moment mais également participer à des ateliers de jeu et d’écriture animés par les comédiens et par les auteurs présents. C’est Aristide Tarnagda de théâtre Acclamations (Burkina) qui sera chargé de l’organisation et de la conduite des ateliers auprès des habitants pour cette création Ciel à Brazza. Aristide avait déjà mené les ateliers à Bamako et Ouagadougou en 2009-2010, avant d’inclure les habitants dans le spectacle.
Il les mènera dans le cadre des principes artistiques du théâtre-paysage : comment écrire sur ce que l’on voit ? entend ? sent ? Comment jouer dans et avec le paysage ?
L’intégration des habitants et usagers des zones aéroportuaires dans les mises en scène
Dans les commandes passées aux auteurs, il est toujours stipulé qu’ils peuvent intégrer des habitants, des foules, des groupes, dans leurs textes. Nous avons expérimenté avec bonheur le travail avec des groupes d’habitants durant les éditions de Bamako, Ouagadougou (2009-2010) et Rennes (en 2011). Les textes d’Aristide Tarnagda et Marine Bachelot avaient particulièrement investi cette possibilité induite par la commande d’écriture. Effet de chœur ou surgissements de foules, passages de silhouettes, cris au lointain... le paysage est peuplé.
Pour en savoir plus... Origines, développement du projet
La première version de Ciel dans la ville (2007) rassemble quatre textes mis en scène par Alexandre Koutchevsky, au cours d’un parcours en aérobus autour de l’aéroport de Rennes (Saint-Jacques de la Lande).
C’est à partir de la question « Où commence le ciel ? » (voir ci-dessous) et d’un arpentage régulier du territoire aéroportuaire de Saint-Jacques de la Lande que s’est construit Ciel dans la ville. À cette question posée par Alexandre Koutchevsky, les autres auteurs de la compagnie Lumière d’août ont répondu par des textes-paysage, pensés pour le volume de ciel de l’aéroport de Rennes.
En juin 2008 : seconde création de Ciel dans la ville. Les nouvelles mises en scène ont été réinventées en fonction des changements intervenus dans le paysage.
En janvier 2010 : nouveaux textes et nouvelles mises en scène pour une création à Bamako (Mali) et à Ouagadougou (Burkina-Faso).
En juillet 2011, création à Rennes de nouveaux spectacles pour le festival des Tombées de la nuit, Ciel dans la ville Afrique/France, en écho aux spectacles de Bamako et Ouagadougou.
Au fil des différentes créations, nous affinons le geste artistique du théâtre-paysage. Nous avons pu vérifier à Rennes et Ouagadougou la pertinence du choix des zones aéroportuaires : zones sensibles, zones frontières, zones de condensation poétique.
ÉQUIPE
Alexandre Koutchevsky
Auteur, metteur en scène, pilote
Lamine Diarra
Comédien

Flora Diguet
Comédienne

Damien Gabriac
Comédien

Charline Grand
Comédienne

Gabrielle Jarrier
Chargée de production
Yaya Mbilé Bitang
Comédienne

Aristide Tarnagda
Auteur, comédien
Où commence le ciel?
Après tout, ce n'est qu'une question d'altitude :
même les pieds sur terre nous sommes déjà dans le ciel.
Celui-ci ne s'est élevé que par son immatérialité apparente,
ne s'est rendu hors de portée que par la religion,
ls oiseaux,
et les nuages,
qui en ont fait un lieu de l'esprit, par-là même inaccessible,
alors même que l'air que nous respirons, les trajectoires que nous décrivons,
tout cela se passe, s'est passé et se passera dans le ciel.
En un sens, la planète Neptune ou la galaxie du Sombrero
ne se situent pas dans un lieu de nature différente de celui de la fleur,
la mouche
ou l'avion.
La chimie a organisé le ciel en couches de différentes natures,
mais le ciel ne peut se résumer à
troposphère
+ stratosphère
+ mésosphère
+ thermosphère
+ etc.
Si nous avons gradué le ciel,
c'est par souci d'efficience pratique vis-à-vis du réel,
mais c'est aussi pour oublier un autre aspect de ce réel :
que le ciel commence à la surface de l'herbe et ne se termine pas.
Y a-t-il du ciel quand rien ne vient le parcourir ou s'y dessiner?
Le mérite des insectes,
des nuages,
des oiseaux,
des avions,
des pierres que nous lançons,
des astres,
c'est de nous graduer le ciel,
d'y tracer des routes,
des lignes,
des points,
des seuils,
d'y faire éclore des intensités lumineuses,
des couleurs, des dimensions.
Qu'un peu de tout cela peut être dit, c'est ce que nous croyons.


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