INDIANI est un court-métrage documentaire. Il y a près de 40 ans est né un important mouvement en République Tchèque : l'Indianisme.

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The project

 

 

Quand Karolina a commencé la danse Pow Wow elle avait 12 ans. 

 

Dix ans plus tard elle est l’organisatrice du plus gros festival de Pow Wow de République Tchèque. Milán, son compagnon, est un des pionniers du mouvement indianiste qui commence dans les années 1980, qu’il considère plus comme un mode de vie qu’un simple passe-temps.

Avec eux, Lukaš, Tomaš, Marek, Sapazi et Scott font partie de ce mouvement regroupant des passionnés de la vie amérindienne des XVIIIe et XIXe siècles. Cette passion, transmise à travers deux voire trois générations, influence leur vie de tous les jours.

Elle se traduit par une connaissance approfondie des moeurs et coutumes des différentes tribus amérindiennes et par une pratique assidue du mode de vie de l’époque.

“Jouant” aux Indiens, mais cependant avec sérieux, les indianistes tchèques s’approprient une culture disparue à leur façon, afin de créer une micro-société utopique. Sans pour autant se faire d’illusions sur la société d’aujourd’hui, sans la rejeter en bloc, les indianistes ont trouvé dans ce qu’ils aiment ou non qualifier de “hobby” une sorte d’échappatoire, un terrain de liberté et de possibilités.

 

 

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Aux origines du mouvement...

 

La fascination des Européens pour l’Indien d’Amérique du Nord remonte à la fin du XIXe siècle.

L’image de l’Indien, que les livres et les films ont fortement influencée, est composée de plusieurs couches fascinantes pour les Occidentaux : sauvage mais attaché aux valeurs telles que la famille et l’appartenance à un groupe, violent mais respectueux des dieux et de la hiérarchie, l’Indien montre aussi un sens affiné pour la beauté, une compréhension des mystères spirituels et une droiture dans son mode de vie qui ne peuvent que susciter l’admiration.

En bref, l’Indien est exotique tout en partageant la plupart des valeurs occidentales.

 

Au début du XXe siècle, les Tchèques sont sous influence austro-hongroise. Les jeunes Tchèques apprennent l’allemand à l’école et pratiquent tous le boy-scoutisme, très répandu à cette époque. C’est alors que l’écrivain allemand Karl May publie les premières aventures de l’Indien Winnetou et de son ami blanc Old Shatterhand. Le succès est immédiat dans tout l’empire. 

À l’image de Winnetou, les jeunes Tchèques, Allemands, Slovaques et Hongrois élisent la nature comme terrain de prédilection. C’est un terrain de jeu idéal où toutes les aventures sont possibles, et qui n’est plus seulement réservé aux enfants : de plus en plus souvent, adolescents et jeunes adultes organisent le week-end de grands jeux en forêt.

Cette passion pour le jeu et la nature restera synonyme de liberté après la première guerre mondiale tandis que les Tchèques se retrouvent soit sous influence nazie soit sous celle de l’URSS.

 

C’est ainsi que se développe un mouvement d’une grande importance en Tchécoslovaquie : le “tramping”. Jouissant de bien peu de libertés sous le régime communiste, les jeunes tchèques et slovaques s’habillent en treillis militaires appartenant à l’US Army en signe de désapprobation. 

Ils passent leurs week-ends dans la nature, à construire des cabanes, à faire des feux de camps, à organiser des concours de tir à l’arc et à se nourrir de chasse et de pêche, marquant ainsi leur rejet de l’industrialisation prônée par le régime communiste.

L’activité est officiellement illégale, ce qui la rend d’autant plus excitante, mais finalement peu réprimée. 

 

Petit à petit, les jeunes trampers adoptent les attribus de l’ennemi ; l’Américain tel qu’ils le fantasment : chemises à carreaux, chapeaux de cow-boy et toques de trappeurs se mêlent aux plumes d’aigles et aux tipis en peau de cerf tannée, fabriqués à la main.

Le port des cheveux longs chez les garçons, contesté par le régime, devient l’emblème de ces sages rebelles.

 

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Un après-midi d’avril 2012, alors que j’étais étudiante en cinéma à Prague et que je participais à une classe intitulée “History and Culture of the Czech Lands”, notre professeur nous emmena visiter les fameux cottages tchèques, ces petites bicoques perdues dans la forêt aux alentours de Prague qui font office de maisons secondaires pendant les beaux jours. La taxe d’habitation étant quasiment nulle en République Tchèque, chaque famille, même peu aisée, possède son cottage.

Je suis alors très surprise de découvrir plusieurs immenses totems dressés fièrement parmi les maisonnettes, ainsi qu’un foyer de plusieurs mètres de diamètre, et plus loin encore dans un autre hameau, un vieux tipi, tout abîmé par les intempéries.

Notre professeur ne semble pas vouloir s’attarder sur le sujet :

“Oui, en effet, il y a quelques farfelus qui jouent aux Indiens, il y en a un peu partout en République Tchèque...”

Intriguée, je me penche sur la question et après de longues recherches, je finis par trouver quelques informations sur le sujet. 

 

Les motivations profondes qui poussent des Tchèques à adopter les valeurs d’une culture si éloignée de la leur sont intéressantes et complexes. La sociologue hollandaise Petra Kalshoven, dans son livre Crafting the Indian a brillamment analysé les différences culturelles entre les “hobbyists” français, belges, allemands, tchèques, slovaques et hongrois au travers de l’histoire de chaque pays et de la mentalité propre à chacune de ces nationalités.

En effet, les indianistes existent dans toute l’Europe, en nombre plutôt insignifiant, excepté en Allemagne et en République Tchèque. 

Les Tchèques montrent un attachement aux valeurs amérindiennes et au concept d’authenticité, tout en étant ouverts à l’évolution du mouvement, à ses changements. 

J’ai en effet pu constater au fil de mes recherches que les hobbyists allemands se situaient plus dans le “show”, la performance technique,  la compétition et dans l’observation très rigoureuse des lois de l’époque.

 

Les Tchèques, peut-être parce qu’ils sont plus joueurs, ou peut-être parce que leurs forêts et champs sont libres d’accès, axent plus leur passion autour du partage des connaissances, de la vie ensemble, de l’harmonie et du contact avec la nature.

Je fis le parallèle entre les “Native Americans” et le “Noble German Sauvage” de l’Antiquité, craint par les Romains, mais également entre le mode de vie des Indiens et celui des ancêtres slaves et germains, ce qui s’est trouvé justifié : plusieurs indianistes m’ont avoué que s’ils préféraient s’intéresser aux Amérindiens du XVIIIe siècle plutôt qu’aux slaves de la même époque, c’est tout simplement par manque d’archives et d’informations sur ceux-ci.

 

L’ Indian hobby présente plusieurs sous-groupes, qui ne sont pas attirés par les mêmes aspects de la culture amérindienne, et qui n’approuvent pas forcément la façon dont les uns et les autres vivent le hobby.

De nombreux hobbyists parlent couramment le Lakota (la langue des Sioux) et ont déjà fait des séjours dans les réserves d’Indiens aux Etats-Unis.

Cette passion pour la culture de leurs ancêtres est parfois mal vue par les Amérindiens eux-mêmes qui considèrent que ces “Blancs” sont mal placés pour leur “voler” leur culture, quelque soit leur sincérité ou leur degré de connaissance.

D’autres au contraire, trouvent intéressant que ce soient des Slaves ou des Germains qui fassent revivre ces traditions oubliées dans le respect de leurs valeurs, tandis que les jeunes générations amérindiennes actuelles se gavent de fast-food et ne s’intéressent pas à la culture de leurs ancêtres.

 

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Les modes de vie “à part”, sortant de ce qu’on appelle communément la “norme”,  et les communautés en particulier m’intéressent beaucoup. 

J’ai réalisé un documentaire il y a deux ans, Amoureuses, en immersion dans une communauté de Soeurs Bénédictines qui s’interrogent sur la notion d’amour.

J’ai également consacré mon mémoire de fin d’étude, La communauté filmée, à l’étude des films San Clemente de Raymond Depardon, qui se passe dans un asile d’aliénés en Italie, et Amsterdam Global Village de Johan Van der Keuken, qui tourne autour de la vie des habitants d’Amsterdam.

 

Ce qui m’intéresse principalement dans une communauté, qu’elle implique la vie en commun d’un groupe d’individus ou qu’elle regroupe tout simplement des individus ayant un point commun, c’est cette reproduction à petite échelle d’un système sociétal connu, bien souvent le nôtre, où les mêmes schémas complexes, les mêmes contradictions font leur apparition.

 

En m’immergeant au sein de ce groupe d’amoureux de la culture amérindienne, je souhaite balayer les différents aspects de ce mouvement indianiste, à savoir la vie ensemble, le jeu, le travail manuel, l’apprentissage des connaissances, etc. En remontant aux origines du mouvement, je donnerai aux spectateurs les quelques clés nécessaires pour comprendre comment tout cela a commencé.

Au fil d’interviews croisées, principalement sonores, les personnages expliquent leur engagement dans ce que certains n’aiment pas appeller “hobby” car il s’agit plus pour eux d’un mode de pensée, d’une philosophie, et que d’autres revendiquent comme n’étant qu’un loisir ludique.

L’histoire de l’indianisme précédemment évoquée se profile petit à petit au cours d’anecdotes, mais elle est loin d’être centrale.

 

Les groupes d’individus, ou communautés, à la recherche d’une identité plus forte, plus exotique, ou encore plus en accord avec leurs valeurs ou leur vision du monde, ne sont pas rares.

De tout temps, et ce à travers le monde, des gens se sont approprié des univers différents de la culture ou de l’époque dont ils sont issus : l’époque Moyen-âgeuse, les batailles napoléoniennes, la culture pop américaine ou encore le mouvement Hare Krishna sont autant d’exemples de fédérations regroupant des adeptes à travers le monde entier.

 

Le mouvement indianiste en fait évidemment partie. 

 

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Identification

 

Mon choix de me focaliser sur la République Tchèque vient de ces différents aspects évoqués précédemment et qui rendent ce pays spécial : la culture du boy-scoutisme depuis le XIXe siècle a fortement contribué à une profonde connexion des Tchèques avec la nature ; l’accès à la culture, et notamment à la littérature, restreint à la littérature allemande a fait de Karl May et de son héros Winnetou le point de départ de l’intérêt pour les Amérindiens ; le climat politique tendu des années 1950 à 1990 contribua à l’empathie des Tchèques envers les populations amérindiennes : comme eux, on les privait de leurs droits, comme pour eux, le retour à la Nature était synonyme de liberté.

Ce sont donc tous ces éléments qui font des Indianistes tchèques des gens complexes et dignes d’intérêt, dont la passion se situe au-delà d’un simple attrait folklorique.

 

Paradoxe

 

C’est finalement le point de départ de mon envie de réaliser ce film : ce qui m’apparaissait comme étant un paradoxe. 

La culture amérindienne perpétuée par des passionnés tchèques, ce n’est pas banal.

C’est bien cette originalité, presque absurde, et même loufoque au premier abord, qui a attisé ma curiosité. 

 

Et c’est de finalement découvrir un univers très construit, par des gens réfléchis et sérieux, qui m’a amenée à m’intéresser à ce sujet. J’ai également fait la découverte des divergences de points de vue au sein d’un même groupe. 

 

Voix off

 

Les voix off des personnages viendront ponctuer le film en se superposant à l’image de ces mêmes personnes en action, sans toutefois être trop présentes. 

Tous les aspects tel que l’engagement dans l’indianisme, les raisons, l’Histoire, etc, sont évoqués dans ces différentes voix off qui définissent un peu plus chaque personnage, et l’enrichissent en donnant une idée de ce que sont ses opinions ou son style de vie. Les actions des personnages, souvent sans commentaire ou avec seulement quelques paroles superficielles en tchèque qui ne seront pas traduites, représentent l’aspect le plus important du film.

 

Anachronisme

 

Un plan fixe de la campagne : en pleine forêt, les totems côtoient les pins sous la neige. Un autre est fièrement dressé dans une clairière verdoyante, laissant entrevoir une petite maison typiquement tchèque, faite de bois ou de briques. 

Ou lors d’un camp d’été, un participant habillé en Indien se met à l’écart du camp pour fumer une cigarette industrielle ou pour passer un coup de téléphone.

Ces décalages temporels mettent en relief l’intemporalité d’une philosophie, de ses valeurs, tout en rappelant l’impossibilité de recréer le passer, de reproduire un mode de vie disparu il y a plus de cent ans à notre époque, où se passer de technologies telles que le téléphone portable ou l’ordinateur est difficile. Créant un effet parfois comique, parfois étrange, parfois poétique, ces anachronismes placent le spectateur entre réel et imaginaire, où plusieurs époques se passent aujourd’hui.

 

Le passage du temps

 

Le passage du temps sera marqué par l’enchaînement des saisons dont le film suivra la linéarité. 

Le film commence en plein hiver, traversant la République Tchèque d’Est en Ouest.

Nous assisterons ensuite au festival européen de Pow Wow au printemps, et finirons par un camp indien dans la nature au début de l’été qui concluera le film. Les différentes rencontres avec Tomaš, Sapazi, Lukaš, Milán, Karolina et Scott se répartissent du début de l’hiver à celui de l’été.

 

 

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LES PERSONNAGES

 

Karolina, dit "Cherry flower"

 

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Karolina, à 22 ans, est la plus jeune indianiste du mouvement, et pourtant l’une des plus engagées.

Ses parents, fervents indianistes, lui ont transmis la passion de l’Indian hobby dès son plus jeune âge, ainsi qu’à sa soeur aînée, en les emmenant dans des camps pendant les vacances.

À l’âge de douze ans, Karolina a commencé la danse Pow Wow moderne. Elle est maintenant l’organisatrice du festival de Czech Pow Wow qui a lieu chaque année et reçoit près de huit cents personnes venues du monde entier. Elle fait partie du jury lors des concours de danse. Elle voyage également beaucoup à travers l’Europe pour assister aux différents festivals de chaque pays. Cela lui demande un énorme investissement et beaucoup d’organisation pour poursuivre parallèlement ses études en biologie à Prague.

 

 

Milán, dit “Čikála”

 

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Milán a 49 ans, et est en couple avec Karolina. Il fut très actif à l’époque du tramping dans les années 1980, partant à l’aventure à travers la République Tchèque avec ses amis, parfois pour plusieurs mois, dormant en forêt, pêchant et chassant. Il a assisté à l’apparition du mouvement indianiste et participa aux tout premiers camps, le plus long ayant duré huit mois.

Milán est connu pour être l’un des meilleurs danseurs de Pow Wow d’Europe, il a remporté de nombreux prix. Depuis deux ans maintenant, il est le maître de cérémonie du festival de Czech Pow Wow et aide Karolina à l’organisation. Son travail consiste à être technicien et acteur sur les différents spectacles de reconstitutions historiques à travers l’Europe et  principalement en Allemagne, passant du Moyen-Âge (la période la plus courante), aux batailles napoléoniennes.

 

 

Scott dit “Take the Flag”

 

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Scott est un Américain d’une cinquantaine d’années, venu s’installer il y a dix ans en République Tchèque. Malgré le fait qu’il soit blanc, il s’est toujours senti Indien au fond de lui, depuis qu’il est tout petit. Mais vivre une passion pour la culture amérindienne dans le pays d’origine des Amérindiens, quand on est soi-même un “Blanc”, ce n’est pas toujours facile. C’est pourquoi lorsque Scott vint passer des vacances dans un camp tchèque, il fut séduit par le savoir, le sérieux et la passion avec lesquels ces gens vivaient l’Indian hobby et il décida de rester.

La mentalité très distante et respectueuse de l’intimité des Tchèques et la consommation légalisée du cannabis dans le pays sont les facteurs importants qui l’ont décidé à s’y installer.

Scott vit seul dans une immense ferme, coupé du monde avec ses trois chevaux. Il est cavalier acrobatique sur les reconstitutions de batailles historiques (époque napoléonienne parfois mais principalement amérindienne, comme celle de Little Big Horn). Il est reconnu comme étant l‘un des meilleurs combattants à cheval d’Europe. Il donne également des cours d’équitation sans selle et de dressage. Mais les Tchèques sont trop pacifiques à son goût : les gens ne sont pas tellement intéressés par le combat, mais plus par l’échange et la vie quotidienne.

 

 

Tomaš

 

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Tomaš a la quarantaine. Il vit avec sa femme et ses enfants dans une très ancienne maison allemande isolée à la campagne, où il n’y a ni eau courante ni électricité.

Il est réputé dans toute l’Europe pour son travail en tant que restaurateur d'artéfacts originaux amérindiens dans les musées. Il est admiré pour ses grandes connaissances de la culture amérindienne et pour son caractère très avenant et jovial. Il est l’un des principaux organisateurs des conférences organisées chaque mois sur des thèmes tels que les jeux pour enfants, l’usage du tabac à différentes époques, l’art pictural ou encore la cuisine.

 

 

Sapazi 

 

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Sapazi a la quarantaine. Il vit dans une ferme à la campagne avec sa femme Aniška et ses trois enfants, son chien et ses cinq chats. Il possède plusieurs hectares de pâturages pour ses deux vaches, ses deux chevaux et sa dizaine de moutons. Il fait également l’élevage de poules et de lapins.

Dans cette grande ferme est aménagé un atelier où Sapazi travaille le cuir, coud et taille le bois. Il gagne sa vie et entretient toute sa famille grâce à la vente de tipis qu’il fabrique et peint lui-même.

Il crée aussi des tambours et d’autres instruments en peaux pour son plaisir et organise des workshops afin de transmettre son savoir à d’autres indianistes. Sapazi est assez connu pour avoir été le héros d’un film documentaire réalisé il y a presque vingt ans. À l’époque, lorsqu’il était “punk” selon sa propre expression, Sapazi arpentait les routes de la République Tchèque avec quelques animaux, troquant de la nourriture contre des djembés qu'il fabriquait, et ce pendant quelques années avant qu’il ne trouve une ferme en ruines à rénover. Il fume en permanence une longue pipe amérindienne.

 

 

Marek dit “Shooting Trees” 

 

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Marek vit à Brno avec sa femme et sa petite fille dans un appartement moderne.

Il est le président de l’association Indian Corral dont font partie la majorité des indianistes tchèques, et par conséquent le “chef” lors des camps indiens depuis maintenant huit ans.

Il considère que ce sont de grosses responsabilités et beaucoup de travail administratif qu’il souhaite maintenant laisser de côté pour vivre sa passion plus tranquillement.

Il ne considère pas le mouvement comme une philosophie ou un mode de vie, mais revendique l’appelation hobby qui lui semble parfaitement justifiée : il s’agit pour lui d’un loisir, mais il ne tient pas à vivre plus simplement ou en dehors de la ville, car cela n’a pas de sens. Vivre comme un Indien du XVIIIe siècle n’étant plus possible de nos jours, rien ne sert de tenter de se rapprocher à moitié de ce mode de vie inatteignable. Il aime son travail de conducteur de camion qui le fait être sur la route toute la semaine et rentrer chez lui le week-end, et ne souhaiterait pas devoir en changer.

Ce qui l’intéresse le plus dans la culture amérindienne qu’il admire, ce sont les rapports humains, la notion de partage et d’entraide au sein d’un groupe.

 

 

Lukaš dit “Eagle Eye”

 

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Lukaš a presque 40 ans. Il vit à Brno dans une grande maison avec sa femme et ses deux filles.

Il rêve d’ici trois ou quatre ans de revendre sa maison pour acheter une ferme et vivre plus proche de la nature qu’il aime passionément.

Il est doué pour la fabrication d’objets typiquement amérindiens, tels que les vêtements traditionnels, les coiffes, les mocassins, ou les sacs. Il tanne les peaux de cerfs lui même, invente les motifs qu’il brode à l’aide de perles de couleurs d’époque achetées sur internet en s’inspirant de designs existants et se fournit en plumes d’aigle chez les fauconniers. Il veille à être très respectueux des différents designs que l’on trouve à différentes époque dans différentes tribus et à ne pas tout mélanger.

Il vend sa production via Internet à travers le monde, et principalement aux Etats-Unis.

Sa réputation de business man lui a valu un statut à part au sein du groupe d’indianistes qui le trouvaient trop cher, profitant du hobby pour se faire de l’argent sans montrer pour autant un réel intérêt pour la culture amérindienne. Depuis quelques années, les tensions se sont dissipées, Lukaš se serant montré plus “digne” d’un indianiste selon les dires de certains.

 

 

DÉCOUPAGE

 

Indiani balaie différents aspects du mouvement, chaque aspect mettant en scène un ou plusieurs personnages.

 

Presque tous les protagonistes nous sont introduits lors des jeux inuits sur le lac gelé au début du film. Toujours en hiver, nous rencontrons Tomaš dans sa maison allemande. Il nous parle de son engagement dans l’indianisme, comment tout a commencé pour lui, de ses rêves et aspirations, et nous montre en quoi consiste son travail de restaurateur.

Nous rencontrons également Scott, qui évoque les raisons qui peuvent pousser un Américain à venir s’installer en République Tchèque, et assistons une démonstration de cavalerie acrobatique.

Puis, en compagnie de Milán, nous visitons différents emplacements de totems dans des lieux cachés dans la campagne tchèque, symboles de l’Esprit de la Nature.

Avec ces trois personnes sont évoqués le sujet de l’homme et de sa relation à la Nature : l’homme fait-il partie de la Nature, en est-il le centre, est-il contre elle ? L’intérêt pour une culture proche de la Nature signifie t-il que le fonctionnement de notre société actuelle s’en est éloigné ? 

L’absence de passé dans la culture tchèque, ou du moins l’absence de traces du passé, est soulignée dans les nombreux plans de paysages tchèques, de la nature tchèque où leurs ancêtres les Boïens vivaient très certainement d’une façon proche de celle des Amérindiens au XVIIIe siècle.

L’anti-communisme ambiant est également évoqué par la présence d’un drapeau américain flottant au vent, en plein coeur de la campagne tchèque. 

 

Au printemps, nous découvrons la vie de Sapazi à la ferme et son travail de fabricant de tipis, et celle de Lukaš à la ville et son travail de créateur d’objets indiens. Entre les deux, nous suivons Karolina et Milán  au festival de Czech Pow Pow pendant deux jours, où nous assistons aux différentes danses (traditionnelles et modernes). 

Au travers de détails architecturaux tels que les statues de travailleurs kolkozniks au-dessus d’une porte, le passé communiste transparaît dans le quotidien des Tchèques urbains. Alors même qu’ils le rejettent, il fait écho à la vie en collectivité, l’entraide, la “grande famille” que représente une tribu indienne du XVIIIe  et qui est l’un des aspects de cette culture le plus important pour les indianistes tchèques. 

Le concept de Beauté, qui selon Lukaš manque à notre société actuelle, est évoqué par celui-ci en voix off et s’illustre dans une séquence dansée lors du festival de Pow Wow, très poétique dans son traitement cinématographique : l’usage du ralenti, la musique Pow Wow épuré de toute réverbération dûe au gymnase dans lequel a lieu le festival contribuent à donner à cette scène une dimension hors du temps et de l’espace.

 

Fin avril début mai, nous participons au camp indien annuel. Une centaine de tipis sont déployés pour l’occasion sur un immense terrain entouré de forêt. Pendant dix jours, chacun est costumé.La cuisine se fait traditionnellement, le travail quotidien (tanner des peaux, construire des objets, chercher du bois pour le feu, construire un sauna d’époque, etc), les jeux, les chants et les cérémonies, rythment les journées. Nous y voyons Marek dans son rôle de chef, et tous les autres partcipants rencontrés au cours du film.

Nous insistons ici sur l’aspect communautaire du mouvement : la “grande famille”, cet idéal communautaire revendiqué par le régime communiste et qui n’a pas fonctionné est ici mis en pratique d’une toute autre façon. Quels sont exactement les critères de cette utopie ? Quelles sont les relations entre les protagonistes ? Les tensions de la vie “réelle” sont-elles mises de côté le temps du camp?

 

 

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Comme pour mon précédent documentaire sur une communauté de Bonnes Soeurs, j’ai choisi d’avoir une équipe réduite au maximum pour ne pas donner aux membres du “hobby” un sentiment d’invasion. L’équipe est constituée donc de deux personnes seulement : moi-même au cadre, et Marion Cros à la prise de son. Cela nous permet également une grande liberté de déplacement et d’improvisation.

Lors des différentes situations en mouvement, la caméra est à l’épaule ou sur steadicam et évolue librement de personnage en personnage. Les paysages ou les situations “calmes”, en intérieur, sont quant à elles filmées en plan fixe sur tripod.

Les plans sont globalement moyens sur les personnages et larges sur les paysages. L’attention peut parfois être portée sur un visage ou un détail par un gros plan (par exemple les mains de Lukaš au travail lors de la fabrication d’un objet, un regard concentré lors d’un travail minutieux de restauration, les mains d’Aniška tressant sa longue chevelure). 

Les mouvements de la caméra, ou les bribes de dialogues en français entre moi-même et l’ingénieur du son, les regards des protagonistes à notre encontre, sont des détails révélateurs de notre présence. Cependant nous n’intéragissons jamais directement avec les protagonistes en apparaissant à l’image où en conversant directement avec eux. Parfois par une question que nous leur adressons (et que nous coupons au montage), nous amorçons une conversation entre les protagonistes eux-mêmes, nous créons des débats que nous captons ensuite.

 

 

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Le son, lors de ces manifestations mouvementées, est capté en stéréo M/S à presque 360°, de façon à ce que le spectateur se sente au coeur de l’action. 

Les divers échanges en tchèque ne sont pas tous traduits, afin de concentrer l’attention du spectateur sur l’atmosphère globale de l’instant plus que sur des échanges parfois superficiels. Certains dialogues au contraire seront sous-titrés, lorsqu’ils soulignent un des centres d’intérêt de ce film: le rapport à l’Etat, à la société, la place de l’homme dans la Nature, l’identité tchèque en relation avec la culture amérindienne. Le son des voix off au contraire est un son clair, chaud, détaché de tout environnement extérieur. Cette juxtaposition du son et de l’image se fera au montage de façon intuitive, dans le but de créer une couche de sens supplémentaire et non pas d’illustrer ce qui est dit. Ces choix ne suivront donc aucune règle systématique mais s’efforceront d’être logiques et de ne pas créer de confusion pour le spectateur.

 

 

Fiction

Les indianistes, lorsqu’ils sont dans un camp indien, ou lors du festival de Pow Wow, jouent un rôle, “entrent” dans un personnage différent de ce qu’ils sont dans leur vie quotidienne.

La vie réelle se mêle alors à la vie rêvée.

En faisant vivre leurs rêves et leur savoir par leur action, les indianistes questionnent les concepts d’Histoire, de culture, de jeu, de réalité.

Les protagonistes de ce film ont été choisis pour leurs différences. Qu’il s’agisse de leur statut particulier dans le mouvement, ou de leur point de vue sur le monde, chacun a une vision très personnelle de l’indianisme. Ils modèlent leur propre univers que je souhaite transmettre dans ce film à travers différentes dimensions, aussi bien poétique, qu’éthique ou politique.

 

 

Humour

Quand je parle de mon projet autour de moi, les gens, sans être pour autant mal intentionnés, ont tendance à sourire, voire même à rire. C’est que l’idée même de Tchèques sérieusement engagés dans la reproduction de la vie amérindienne telle qu’elle était au XVIIIe siècle, sans autres explications sur le sujet, semble tellement saugrenue qu’elle prête à rire.

Par chance, les Indiens-tchèques ne manquent pas d’auto-dérision. Et s’ils sont très sérieux et exigeants quant à leurs connaissances et leur respect de la culture qu’ils s’approprient, ils ne se prennent pas au sérieux et rappellent régulièrement qu’une passion est un plaisir avant tout, qu’il faut donc être capable d’en rire. 

Ainsi, le film Indiani ne manquera pas d’humour, dans les faits filmés comme dans les techniques de réalisation.

 

 

8

 

 

LÉA TROULARD - réalisation et cadre

 

Étudiante en cinquième année en photo / vidéo aux Arts Décoratifs de Paris, ce film est mon projet de diplôme et mon troisième film documentaire. Comme pour mes précédents films, mon intérêt pour un sujet vient de ma curiosité pour des modes de vie différents, des univers que je n'aurais pu soupçonner et des rencontres enrichissantes. C'est un profond besoin d'expériences originales et de découverte qui stimule ma créativité, et sans lequel je ne saurais travailler.

 

 

MARION CROS - prise de son - http://marioncros.net/

 

Marion est diplômée des Arts Décoratifs de Strasbourg. Elle a développé un travail artistique en vidéo, photo et principalement radio. Elle a notamment réalisé plusieurs pièces radiophoniques entre fiction et documentaire diffusées par Arte radio, et s'intéresse comme moi à des sujets peu communs.

 

Mais ce film ne saurait voir le jour sans la collaboration de Juan Sebastian Quebrada au montage et à l'étalonnage et de Filip Cizek pour le sous-titrage.

 

                                                                     

 

                               NOUS AVONS BESOIN DE VOUS !!!

 

C'est en effet grâce à votre aide financière précieuse que je pourrai réaliser ce film qui me tient énormément à coeur.

 

 

 

 

 

Why fund it?

Le tournage est composé de 5 sessions d'une semaine à 10 jours entre début janvier et début mai.

 

- Les billets A/R pour Marion Cros et moi-même = 350 € x 5 = 1750 €

 

L'accomodation sur place (hébergement, nourriture...) = 210 € x 5 = 1050 €

 

- L'achat d'un disque dur de sauvegarde = 170 €

 

- Les aléas sur la route = 250 €

 

- Les 8% de frais pour KissKissBankBank = 280 € 

 

 

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LéaTroulard

Etudiante en dernière année en photo et vidéo aux Arts Décoratifs (ENSAD), j'ai commencé par une pratique photographique avant de m'intéresser à la vidéo. J'ai déjà réalisé deux documentaires : "Partenaires", suivant le quotidien d'un couple préparant son mariage "sponsorisé" avant de se séparer quelques semaines avant la date prévue du mariage, puis ... See more

Last comments

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about one year
pas peu fière d'être la 50eme et d'avoir fait pété le score! aller ma belle, je suis sure que tu auras encore des contributeurs. Et si tu inclues Sitting Bull dans le reportage, je veux une photo du film dédicacé avec lui en pagne à franges! bisoux Cat
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about one year
Bon courage petite squaw, Je suis sûr que tu vas faire un truc super Bisous Philippe Lh
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about one year
Salut Léa, Ton projet me parle car tu pourras demander confirmation à ta mère mais moi aussi j'ai eu ma période indien... C’était quand j'étais petit, c'est vrai mais j'ai toujours des vieux potes qui sont sur le coup. Par exemple, si tu fais une suite, je peux t'en présenter un qui fait des stages de gestion du stress via le tir à l'arc, c'est te dire ! Biz, Tonton Manu