The project
Les femmes Banjara et leurs enfants, comme presque trois milliards de personnes qui dépendent du bois, du charbon ou d'autre biomasse pour cuisiner et chauffer, présentent les symptômes de l'exposition chronique aux produits toxiques dérivant de la mauvaise combustion: difficultés respiratoires, mal à la tête, yeux irrités, fatigue, ... Un million six-cents mille personnes, dont la grande partie des enfants, meurent dans le monde par année suite à ces expositions. En outre, la mauvaise combustion des biomasses produit, selon les estimations, entre 20% et 50% des gaz à effet de serre. Sans compter l'effet sur la déforestation de la coupe de bois irrationnelle.
Les villages de Jaji Thanda et de Nagonikunta Thanda sont à 7 kilomètres de la route et on y accède par des sentiers qui traversent les champs de riz et de maïs. Dans les deux cas les chefs de village sont des femmes, Jaji et Bibli, et donc particulièrement sensibles au projet. Jaji Thanda compte 39 familles et Nagonikunta Thanda en compte 34, pour un total entre les deux villages de 340 adultes et presqu’autant d’enfants. Ils vont tous participer à ce travail: incroyable? Et pourtant! La forte cohésion, l’enthousiasme et la curiosité sont des traits caractéristiques de cette population.

On s'est connus par hasard en 2009, on s'est rapprochés, un ami commun, Sathish, a réalisé le lien. On a parlé de cohésion sociale, d'interaction paritaire, de savoir informel, de préservation des forêts, de santé, de la valeur des traditions, de la curiosité réciproque. Formidable expérience ! On s'est revus en 2010 et, en explorant notre premier prototype de cuisinière à bois ("rocket stove"), on a tous eu envie d’une suite, car nous sentons d'avoir beaucoup de points en commun et quoi de mieux que réaliser un projet concret qui justifie notre synergie.
Serons nous capables d'aller plus loin que la sauvegarde du patrimoine culturel actuel? Saurons nous enrichir ce patrimoine avec des nouvelles coutumes bien enracinées dans le tissu social?
Le but pour l'hiver 2011 est d’améliorer le prototype de cuisinière fait l'hiver passé car on constate que comme prévu elle produit bien moins de fumée du foyer ouvert et nécessite de bien moins de bois; mais celles-ci ne sont que des impressions, fruit de quelques essais faits surtout pour s'amuser. On veut tester la nouvelle cuisinière et vérifier ses caractéristiques sur la base de données fiables.
Dans les deux villages des discussions sont déjà en cours pour bien cibler l'effort et développer des questionnaires pour la récolte des données: consommation de bois, temps de cuisson, fumée, dangers de brûlure, toux, yeux rouges, maux de tête, vertiges, ... Les villageois proposeront une trentaine de familles, quinze dans chaque village, auprès desquelles le test sera effectué: ces familles récolterons les données en cuisinant, pendant trois jours, avec le foyer ouvert, comme d'habitude; puis elles utiliseront la cuisinière pour trois autres jours et récolterons les mêmes observations. Les données de toutes les familles seront analysées, présentées et discutées. Des améliorations seront apportées à la cuisinière. Chemin faisant, les femmes vont se raconter, expliqueront comment elles vivent dans ces villages ruraux, leur travail, celui de leurs hommes, les jeux de leurs enfants. Elle cuisineront leur mets, à base de produits locaux: maïs, mouton, riz, épices, légumes, poulet, ... Cette expérience sera condensée dans un livre dont elles mêmes décideront le format, la structure, le contenu. Tout ça pour démontrer qu’une collectivité peut faire les choses pour elle même, sérieusement, en s’informant, en mettant en commun les compétences de chacun, pour améliorer les conditions de vie mais aussi pour s'offrir des moments de convivialité. Si tout se passe comme prévu, ce projet sera suivi d'un autre, à bien plus grande échelle et plus ambitieux, qui mesurera de façon plus objective l'impact de ce type de cuisinière sur la santé, l'environnement et l'économie familiale. L'esprit sera toujours le même, exprimer la cohésion sociale qui nous inspire, partager des intérêts, fusionner nos connaissances, valoriser l'autodétermination.
Qui suis-je ?
Je suis statisticien et j’exerce ma profession depuis 1984 dans le domaine de la recherche en médecine et en santé publique. Mes connaissances formelles ne sont qu'une partie de mes points de repère et pas les plus importants. Ne croyant pas qu’elles soient applicables que dans le milieu académique, je les mets au service des questionnements collectifs, car quand les gens se posent des questions et veulent trouver des réponses ensemble, quand ils bénéficient de la confiance réciproque, alors le savoir de chacun s'exprime pleinement et devient puissant savoir collectif. C'est dans cette optique que mon parcours s'est croisé avec celui de ces deux villages Banjara, et de Sathish, leur grand amis, dans un pays, l'Inde, que je fréquente régulièrement depuis 15 ans en participant toujours à des projets splendides avec des collectivités locales.

