The project
L'idée de consacrer une film au rapport que les mineurs de Potosi entretiennent avec la mort et les fantômes de leurs ancêtres nous est venue dès que nous nous sommes plongés dans la mine. Nous avons éprouvé une angoisse qui grandissait avec la distance, l'exiguïté et l'obscurité. Le travail dans cet univers cloisonné et asphixiant est d'une difficulté rare, et la mort y est omniprésente. Le Cerro Rico est un gigantesque fourmillière qui, en près de cinq siècles, a vu périr des millions de travailleurs. Dès que nous pénétrons dans ses gorges sombres, le geste le plus simple devient indéfinissable. Nous percevons des bribes de visages, des ombres qui passent et nous frôlent, des formes humaines partiellement éclairées par les lampes torches des casques qui apparraissent et disparaissent dans l'obscurité de la mine. Nous suffoquons et perdons la notion d'espace et de temps. Nous avons quitté ce microcosme empli de poussière et de légendes avec la sentation d'avoir pénétré dans un monde fantomatique qui nous rappelait, d'une certaine manière, nos peurs d'enfants.
PANCHO, LEONCIO, HIARION, CLAUDI et MARCO travaillent ensemble à Rebecca, une petite concession perdue dans l'immensité fourmiliante du Cerro Rico.





Chacun, selon son âge et sa situation familiale, entretient un rapport différent au travail et aux légendes. Nous avons passé trois semaines en leur compagie et dès que nous avons évoqué les croyances et légendes liées aux morts de la mine, tous ont souhaité nous conter leurs propres expériences de rencontres avec les fantômes ainsi que les récits tranmis par leurs parents.
C'est en ce sens que nous voulons entamer un voyage introspectif et viscéral avec le spectateur. Nous voulons l’amener à être sur place, suant, suffocant, perdu dans le corps de cette montagne qui, par ailleurs, menace de se refermer sur elle‐même. Et c’est grâce à cette observation minutieuse du travail ordinaire que nous voulons faire germer les éléments extraordinaires : le lien particulier qui unit le mineur à la minéralité, le fait qu'il semble se confondre avec la roche, la progressive érosin de son identité dans l'amas de poussière qui s'accumule sous sa peau...
Nous nous rapprochons des personnages afin d’amener le spectateur à saisir leur fragilité, le rapport qu’ils entretiennent avec la mort et les risques qu’ils prennent quotidiennement. Au travers de ces scènes, nous cheminons progressivement vers le dévoilement de leur devenir-fantôme. Par ailleurs, après plusieurs siècles d’exploitation, le Cerro Rico présente d’importants signes d’affaissement. Les glissements de terrains, les éboulements et les accidents se multiplient. L’exploitation des mines se poursuit alors que tout porte à croire que la montagne pourrait s’écrouler à tout moment.
La fragilité du Cerro Rico résonne avec la thématique du fantôme. Si la montagne disparaît, la ville sera désertée. Tous ces éléments entrent en résonance pour former un tout qui nous mène à ce qui nous touche le plus : la fragilité de la mine et de la ville, des hommes et de la vie.
Si vous souhaitez en savoir plus sur notre projet, nous vous invitons à consulter :
- notre site : http://www.agedesmorts.com/
- Notre page facebook : http://www.facebook.com/pages/Lâge-des-morts/329350160432865
Qui suis-je ?
Benjamin Colaux, né en 1981, est réalisateur, monteur et photographe. Il expose fréquemment son travail visuel et réalise plusieurs films institutionnels et publicitaires. "L'âge des morts" est son premier long-métrage documentaire.
Christopher Yates, né en 1978, est réalisateur et monteur. S'orientant principalement vers le documentaire, il réalise son premier long-métrage en 2009, un road-movie sur le groupe de rock belge, Girls in Hawaii. Il présentera ce fim, Not here, dans plusieurs salles en Belgique et à Paris. "L'âge des morts" est son deuxième long-métrage.


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