The project

Mon projet ? Travailler des techniques de photographie qu'on utilisait au XIXe siècle. J'ai 24 ans ; on m'a souvent demandé pourquoi, à mon âge, je voulais absolument utiliser une chambre, des plaques de verre, tout un tas d'ustensiles bizarres, quand je pouvais parfaitement imiter le rendu d'une vieille photographie sur Photoshop.
C'était, sûrement, sans compter l'odeur de la chimie, le bonheur de tenir la plaque entre ses mains, la création d'une image qui est plus qu'une image, mais aussi un objet.
J'ai commencé à travailler au collodion humide, un procédé qui remplaça le daguerréotype au XIXe siècle parce qu'il était plus rapide et moins coûteux. Le collodion est une émulsion visqueuse que l'on verse, en chambre noire, sur une plaque de verre ou de métal, avant de sensibiliser la plaque et de l'installer dans un châssis opaque à la lumière ; ensuite, on peut prendre la photographie, en utilisant une chambre. La mienne a 150 ans, je l'ai dénichée chez un antiquaire parisien.
Depuis un à deux ans, je développe une série de portraits autour de la féminité des cas-limites ; j'essaie de travailler en prison, ou avec des femmes qui ont traversé des violences ou des traumatismes dont elles ont su sortir. J'essaie de développer, avec elles, une autre forme de témoignage. Étonnamment, le collodion, avant d'être utilisé dans la photographie, avait un usage médical : il permettait de créer une pellicule de vernis, comme une seconde peau, au-dessus d'une blessure pour la protéger et l'aider à cicatriser. Travailler au collodion avec ces femmes prenait alors tout son sens.

J'ai récemment décidé d'utiliser un autre type de technique photographique « primitive » : le daguerréotype. Jusqu'à récemment, j'ignorais que des photographes pratiquaient encore cette technique ; puis, dans le cadre de mes recherches de thèse, j'ai rencontré un spécialiste du daguerréotype préparant une thèse d'Etat sur une technique aujourd'hui disparue : le daguerréotype couleur, que personne n'a jamais réussi à mettre tout à fait au point, et qui est aujourd'hui tombé dans l'oubli. Je voudrais continuer à développer ma série de portraits, en alternant le collodion et la daguerréotype.
Ce spécialiste propose des stages individuels de formation au daguerréotype, ce que, jusqu'alors, je n'avais trouvé nulle part ; ces stages sont payants, évidemment, et leur coût, justifié par l'achat du matériel, la difficulté des connaissances à acquérir, reste au-delà de mes moyens.
Cette formation sera l'occasion de créer un blog sur les techniques alternatives, racontant les avancées de la formation, ce que j'y apprends, documentant les manipulations, racontant aussi le travail antérieur autour de la technique du collodion, donnant des "trucs" et des liens vers les fournisseurs, les formateurs, etc.


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