Aidez à la postproduction d'un film documentaire sur Titi, dernier Juif Égyptien au Caire, son balcon et les révolutions

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Présentation détaillée du projet

 

Une rencontre

 

Je rencontre Titi fin Avril 2011. A l’époque, je suis en train de filmer la communauté juive du Caire. Présente pendant les événements de Janvier, je me rends  régulièrement sur la place Tahrir et les rues du centre ville, filmer les évolutions du mouvement, ce que continuerai de faire jusqu'en 2013. Souvent, Maggie, amie et présidente de la communauté Juive du Caire, me parle de Titi. Un soir, Titi est là. Assis sur une chaise en bout de table, il m’apparaît fatigué et ailleurs. J'apprendrai plus tard qu'il vient de subir une opération à coeur ouvert à plus de 80 ans. Nous ne sommes pas présentés et restons à nous observer de loin quelques temps. Finalement nous nous parlons. Je lui raconte mon projet de le filmer. Il me posera quelques questions puis me donnera le feu vert. Je le filmerai pendant près de deux ans. Dès le début, c’est une évidence. A travers notre rencontre, celle en plein mouvement révolutionnaire d’un homme dont l’Egypte n’est plus, avec une jeune femme qui appartient à celle en devenir. L’intimité se fait dès le début en présence de la caméra. Titi regarde droit dans l'objectif.

 

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Cette rencontre humaine renvoie à celle de plusieurs temporalités. Cette trame est omniprésente dans le film. Une sorte de mise en perspective visuelle et sonore du fil de l’histoire. Je dispose d’un ensemble d’archives privées (photographie, son) que je mets en relation avec les rushs déjà tournés (Titi, La place Tahrir, les rues du Caire) et les tournages à venir. De l’intimité d’une vie, le récit amènera peu à peu à la sensation d’une universalité historique, d’un joug à l’autre. Titi est à la fois un homme à part  et un homme de son temps, un homme hors norme et un homme normal. Notre rencontre éveille en lui des réflexions, des doutes, des regrets parfois. Titi porte en lui une forme d’universalité. L’homme devient le pays et le pays l’Homme.

 

 

 

Histoire

 

Titi a 83 ans. Il est égyptien, communiste.

Titi est aussi Juif. Le dernier homme de la communauté juive du Caire.

De son balcon, il regarde le centre ville depuis 1935.

Au bout du balcon, une ouverture sur la place Tahrir.

 

Titi personnifie la trace d’une Egypte cosmopolite en pleine disparition. Par son identité, ses amitiés, ses combats et ses choix citoyens, il incarne une Egypte plurielle, polyglotte, laïque et politique qui n’a cessé de s’effacer à travers les années. Cette époque renvoie à des personnes mais aussi à une forme de conception du vivre ensemble et de la ville. Titi est l'un des derniers témoin de cette réalité disparue.

 

Pour écrire une nouvelle page, il semble qu’il faille effacer la précédente. Faire de la place dans les souvenirs. Titi lui n’a rien oublié, pas une date, pas un visage, pas un nom. Il est l’ensemble des minutes de son existence et de celle de l’Egypte contemporaine. Du même appartement, il a connu le coup d’état des officiers libres en 52, l’incendie du Caire, la clandestinité puis l’emprisonnement jusqu’en 64, les grèves, la libéralisation de Sadate, la corruption de Moubarak, le 25 Janvier 2011 et le 30 Juin 2013. Ce jour là et les suivants, il observe de son balcon son bout de Tahrir, coincé entre deux immeubles. Il regarde au loin et voit à la fois ce qui fut et ce qui se fait.

 

« Tu sais j’étais à une réunion au centre Goethe là, en bas. Il y avait beaucoup de jeunes, des autres et ils parlaient de Tahrir. Un homme s’est levé et il a dit « Avant le 25 Janvier, il n’y avait pas de vie politique ». Alors moi j’ai pris la parole et j’ai dis « non c’est pas vrai. On ne peut pas laisser dire ça. Le 25 Janvier et le mouvement des jeunes c’est l’aboutissement d’un long processus de révolte. On ne peut pas l’isoler de toute l’histoire de l’Egypte, toute l’histoire du mouvement de libération égyptien ».

 

« Tu comprends, on oublie tout ça. On oublie l’histoire. »

 

L’oubli orchestré par un régime amnésique, une détérioration catastrophique du système scolaire et le lavage de cerveau, devient effacement. L’oubli est le pire ennemi de Titi. Lui n’oublie rien. Comme s’il voulait se souvenir pour tous. Il souffre de voir le fossé abyssal entre sa génération et celle des jeunes de la place.

- « Tu me filmes et moi je te regarde.

- Et tu parles.

- Oui, je parle et je filme en même temps. Je vois ton sourire, tes moues, je vois tes réactions à ce que je dis. Je suis en train de filmer aussi

 

 

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Titi, vit depuis soixante dix huit années dans le même appartement. Celui où il grandit, où il fut arrêté puis libéré, où il fonde une famille et élève deux fils. Tout le long de cet appartement, un balcon, objet central du quotidien de Titi. En Juin 2013, Titi m’envoie une longue lettre intitulée « Le Balcon ». Il me raconte l’omniprésence du balcon dans sa vie. Celui où il est pris en photo enfant, puis jeune adulte et plus tard avec ses propres enfants. Il termine par « Bientôt je partirai et le balcon restera lui, avec d’autres acteurs ». Le balcon, immortalisé par des années de photos, devient un membre de la famille. Régulièrement, la coutume veut qu’il soit pris puis prenne en photos ses enfants le premier jour de la rentrée. Au Balcon défilent plus de 70 années d’histoire. Le balcon devient le lieu symbolique de l’ancrage du temps.

 

   

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Né d’un père turc juif séfarade et d’une mère russe juive ashkénaze en 1930, Titi grandit dans un milieu commerçant de classe moyenne. Ses parents ne parlent pas l’arabe et insistent pour qu’il aille dans une école égyptienne. Son père a depuis quelques temps, fait le choix de prendre la nationalité égyptienne. Peu d'étrangers en vivant alors en Egypte font ce choix. C'est sûrement aussi ce qui fera que Titi ne partira jamais vivre ailleurs.

 

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A 6 ans il refuse catégoriquement. Il ne veut pas porter le tarbouche qu’il trouve « dégradant ». Ses parents l’envoient alors avec sa sœur dans une école française où l’éducation est laïque. Cela le marquera à vie. Titi est un des derniers juifs d’Egypte, peut être le dernier. Sur papier il est musulman, converti pour épouser Soheir en 1964. De filiation il est juif, à la fois séfarade et ashkénaze. De nationalité il est d’origine turque et russe mais est né en Egypte. Sa langue maternelle n'est pas l'arabe mais le Français.

 

 

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Je questionne Titi sur ce qu’est pour lui être le dernier juif d’Egypte. Il soupire doucement.

 

« Pour moi être juif c’est ma culture, mes parents, les dîners, la langue. Ma mère n’aimait pas aller au temple, elle disait qu’une institution qui la sépare de son fils ne l’intéresse pas. Mon père n’était pas très croyant. C’était nos origines, notre histoire, celle de mes parents qui avaient du fuir les pogroms et qui ont atterri en Egypte. C’était la terre promise»

 

A 10 ans, il écoute la radio libre de De Gaulle et à 15 ans se déclare communiste après une mission anti choléra dans les quartiers pauvres du Caire dont l’ancien quartier juif, Haret el jehud.

 

« J’écoutais le poste, c’était tard le soir. Ma mère se fâchait, me disait qu’il fallait que je me couche. Tout ce que je sais aujourd’hui de l’engagement je l’ai appris avec la guerre, la résistance, la bataille de Stalingrad… J’ai mélangé tout ça et c’est devenu ma culture politique ».

 

Il ne transigera pas, ni en prison ni ensuite. Titi entre en clandestinité en 1953 et sera arrêté, enfermé puis condamné au bagne. Il n’y a pas de durée de peine, Titi restera enfermé 11 années. Pour passer le temps il plante des roses puis des légumes, des fruits. En peu de temps lui et les camarades, nourrissaient la prison.

 

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                                                                                                 Fleurs au balcon de Titi, Janvier 2013

 

Titi s’avance sur le balcon et arrose ses plantes machinalement comme chaque matin à la même heure, il regarde au loin la ville se lever. Sa voix se fait entendre, il raconte les prémisses de son engagement politique quand à 15 ans il découvre la pauvreté des rues du Caire. Il voit encore les dizaines d’enfants couverts de mouches, agglutinés autour de sa voiture tandis que sa mère le serre fort contre elle. « Je n’ai jamais oublié ces mouches, partout sur ces gosses ».  Puis c’est le début de l’engagement avec les prémisses du parti communiste égyptien. Il devient l’agent de liaison entre les chefs de partis, le spécialiste des situations difficiles.

 

« J’aimais ça échafauder des plans pour le déplacement des camarades dans le Caire. ».

 

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A leur arrivée au bagne en 1957, il n’y a rien, quelques tentes en plein désert. Peu à peu,  ils construisent une salle à manger, une cuisine, puis une école où les gardiens comme les prisonniers viennent apprendre à lire, écrire, compter. A cette époque, plus aucun analphabète au campement. Un peintre donne des cours de dessin, un autre de menuiserie.

 

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« Tu comprends chacun avait un talent à partager. C’était une période dure mais quand même excitante. Il se passait beaucoup de choses, on réfléchissait ensemble, même totalement isolés du monde extérieur. »

 

Son père vient une fois par mois, les valises pleines de nourriture et journaux cachés dans le double fond. Ce père qui mourra tandis qu’il espère une libération de son fils qui ne vient pas. Son cœur lâche 3 ans avant la sortie de Titi. Dans le regard de Titi, un mélange de tristesse, d’une jeunesse perdue, d’une coupure qui ne s’est jamais refermée, et une joie inconditionnelle, celle d’une époque d’intense activité politique, de résistance et de grands idéaux. De corvée de pain, Titi se réveillera aux aurores pendant 5 ans pour pétrir la pâte aux côtés de l’ancien guide suprême des frères musulmans.

 

Titi raconte cette fois où ses amis communistes et lui parviennent à faire passer une radio en prison avec la complicité de son père. Ils la cachaient chaque soir dans un endroit différent et se relayaient pour écouter les informations.

 

« Ils voulaient nous isoler de la société, c’était ça leur but. Pour être libre, nous avions besoin de savoir ce qu’il se passait dehors.

 

« Je me souviens d’une fois. On me transférait à la prison du Caire, je regardais les rues, je n’avais pas vu autre chose que la prison et le désert depuis 4 ans. La mode pour les femmes à l’époque c’était les robes avec le décolleté dans le dos (il fait le signe du V avec ses doigts). Je regardais ces femmes avec leurs décolletés dans le dos… Rien, c’était beau à voir ».

 

 

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Titi ouvre les volets de son balcon. La lumière jaillit dans son salon. Un mouvement qu’il répète tout au long de la journée.

Ouvrir. Fermer. Ouvrir. Fermer.

 

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Dès le 25 Janvier 2011, Titi est à son balcon, devant son « Morceau du Midan » (un bout de la place Tahrir). Il se rapproche, on entend le brouhaha de la foule, au loin le discours d’un homme dans un micro saturé. Titi soupire, tourne son regard vers la caméra puis au loin. Entre les mots s’installe le silence d’un homme. En un sens, il a raison quand il dit qu’il filme aussi. Titi est unique, en tant qu’homme mais aussi dans ce cas, en tant que personnage. Il comprend instinctivement le sens de l’image, la plastique d’une narration, le mouvement.

Notre intimité permet au silence de s’installer, comme une autre forme de parole.

 

 

 

 

 

À quoi servira la collecte ?

 

Le projet en est aujourd'hui à l'entrée en postproduction image et son (à partir de Novembre 2014)

 

J'ai d'abord tourné avec mes propres moyens puis l'aide en matériel d'un ami producteur en Egypte et plus tard du Fresnoy.

 

Les atouts sont importants:

Le tournage du film est terminé (2 ans)

Le projet  a été sélectionné à la résidence de montage Périphérie, Paris (montage image)

Le projet a été sélectionné au Fresnoy, Studio National des Arts Contemporains, en tant que projet extérieur (mixage son).

Une équipe post-production motivée dont une partie a travaillé sur le sujet avec moi auparavant, dans le cadre de l'installation.

Titi, un personnage fort et attachant qui a touché le public de tous âges, sous la forme d'une installation documentaire exposée au Fresnoy (Panorama 15) et récemment aux Champs Libres de Rennes (L'instant de Voir).

 

A ce stade nous cherchons à compléter le financement du montage et de l'ensemble de la postproduction.

Le budget Total nécessaire s'élève à 18 000 euros.

 

 Si la campagne dépasse le montant indiqué, les fonds seront utilisés comme indiqué plus bas:

 

 

La collecte de 6500 euros servira à payer:

 

- Une partie de la postproduction image (3 semaines) Budget: 6000 euros TTC

 

- 2 jours d'étalonnage: 500 euros TTC (Durée totale)

 

 

Si la collecte dépasse les 6500 euros:

 

- Si le montant additionnel est compris entre 1000 et 6000 euros: la somme totale sera utilisée pour compléter le paiement du salaire avec charges, du montage image.

 

- Si le montant additionnel est compris entre 6000 et 8000 euros: la somme additionnelle sera utilisée pour payer le mix son au Fresnoy, l'étalonnage et la sortie DCP du film.

 

- Si le montant additionnel dépasse les 8000 euros: le restant sera utilisé dans l'ordre des priorités suivantes:

 

1/ Imprévus et restants salaires.

2/ Communication autour du film et préparation de la diffusion (poster, livret, envoi en festivals, montage bande annonce etc.)

3/ Matériel et tirages des photographies d'origine et du tournage.

 

 

 

Aujourd'hui l'urgence c'est de terminer ce film et je compte sur vous pour m'aider.

Je suis heureuse que cela se fasse collectivement, c'est le sens même du film.

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Yasmina Benari

Le socle de mon travail se situe dans une vision documentaire d'auteur de l'image (film, vidéo, photographie). De formation musicale (violon classique), j'ai par la suite fait des études de sciences politiques et me suis spécialisée sur le monde Arabe qui m'a très vite fascinée. L'Egypte en particulier, où je tourne une partie de mon premier long... Voir la suite

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Lettre à La Fabrique de l'Humain, La Fabrique du Lien. Il y a en effet Dans un jardin je suis entré ... viens je t'emmène comme dit la chanson viens je t'emmène devant la pancarte de ta ville viens il n'y a pas de frontière tu passes tu traces. Ton chemin. Palestine. Liban. Syrie. Jordanie. Israël. Deux hommes. Deux mémoires d'enfance. Il y a El gusto. Cette jeune femme et d'ici et de là-bas qui regarde le miroir dans la petite boutique de l'homme dans la casbah d'Alger. Musique. Il y a Mafrouza. Cette jeune femme deux ans durant vit, filme. Dingue. Ces heures et ces heures avec les gens. La vie. A Alexandrie. Et dans quels lieux d'Alexandrie ! Il y a aujourd'hui Titi, son balcon, son Kouki et Yasmina et la vie et La Fabrique de l'Humain et La Fabrique du Lien et ... "tu m'vois là ?...non, j'te vois pas ... et là tu m'vois ... toi tu me vois moi je te regarde". C'est ça. C'est ça. Yasmina. Tu as regardé Titi. Il t'a vue. Vous vous êtes re-connus. Car il y a du Yasmina en toi Titi. Car il y a du Titi en toi Yasmina. L'un a nommé l'autre. L'autre a regardé l'un. Et l'histoire s'écrit. Vous êtes devenus de la même famille. Ce film trace l'arbre. Et poussent des fleurs et poussent des fruits. Et toi, Balcon, Superbe, tu as vu, tu vois, tu verras. Le Caire. Tahrir. La vie. Les luttes. La vie. La mort. La vie. Cours-y vite comme Poésie le dit. Et Poésie ne se trompe pas. Poésie va son chemin Poésie trace Les mots pour faire Les gestes pour dire La voix. Ta voix Titi Ta voie. Ta voie Yasmina La Vie. Image. Avec Image. Avec Son. Avec Lumière. Avec Moteur. Avec Silence. Avec Ca tourne. Avec Action. C'est magnifique. Faut y aller. Faut aller voir. Faut bouger. Faut foncer. A votre bon coeur s'il vous plaît. Je ne peux que vous aimer. Titi. Yasmina. Kouki. Le Balcon. Le Caire. Tahrir. Le film. La Vie. La Fabrique de l'Humain. La Fabrique du Lien. C'est comme la graine que tu fais pousser en prison Titi. Les tomates. C'est comme la graine que tu fais pousser dans notre coeur Yasmina. Comme le fruit. Comme la fleur. Yasmina. Rachel Rita Cohen
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J'ai eu la chance de découvrir l'installation originelle exposée aux Champs Libres à Rennes et de rencontrer une réalisatrice passionnée. Une vision et un engagement artistique à soutenir.
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Un film nécessaire en cette époque de dogmatisme identitaire. Un beau projet à soutenir.