"Au cœur de l'enquête" est un projet de recherche anthropologique participative. Ma démarche est interactive, vous pourrez réagir aux textes envoyés (questions, remarques...). Je vous propose de découvrir la Bolivie « d’en bas » appréhendée par le prisme d’une relation entre une Occidentale et un cireur de chaussures de La Paz ou comment une Occidentale peut approcher une Bolivie éloignée des clichés exotiques : flûte de pan, Andes, petit train, Indiens, coca... et des canons de l’anthropologie : études « ethniques », indigiénisme, dimensions linguistiques (quetchua, aymara…)…

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Présentation détaillée du projet

Acte 1 La rencontre

 

Juillet 2006. Je passe 24 heures à La Paz. 11h du matin, je suis abordée par un cireur, Alecksandro. Il me convainc de cirer mes chaussures, nous engageons la conversation, je lui demande combien il gagne par jour. 20 bolivianos (3 euros). Je lui donne cette somme et, contre toute attente, il arrête de travailler pour passer la journée avec moi. Persuadée qu’il allait continuer à cirer pour s’assurer une bonne journée et quelques économies, son attitude me renvoie en pleine figure une alternative, inenvisageable jusqu’alors, à mon rapport au travail et à l’argent.

Pendant 3 ans, je pense à cette rencontre fascinante puis fantasmée. En 2009, je projette de retourner en Bolivie afin de le retrouver.

 

 

 

Acte 2 Le retour

 

Avant juillet 2009. J’ai écrit un premier texte, Douze heures… et trois ans, rétroactif, qui relate cette journée, puis l’attente de nouvelles qui ne sont jamais arrivées… J’envisage de le retrouver et d’enquêter sur les cireurs de La Paz, questionne mon changement de statut, de touriste à anthropologue, échafaude des scénarii multiples…

 

Juillet 2009. Me voilà dans les rues de la capitale bolivienne, munie d’un nom et d’une photo. J’aborde des cireurs dissimulés sous une cagoule et une casquette, questionnant aussi des yeux qui pourraient être ceux d’Alecksandro. Au bout de quelques jours, je le retrouve.

 

La relation impossible ? Mue par l’euphorie d’un projet un peu fou, je décide de me laisser totalement porter par la situation et la relation. Je rédige chaque jour minutieusement une chronique. Je vis l’enquête sans objet précis comme une expérience relationnelle qui est presque une fin en soi. Je vois peu Alecksandro, il oscille entre plusieurs stratégies dont le seul objet est, me semble-t-il, de me soutirer de l’argent. Je suis à la fois déçue et méfiante.

 

Mais des pistes d’enquête. Il me présente son ami Felix, jovial et entouré d’autres cireurs. Je partage beaucoup de moments avec eux, joue au football, partage repas, conversations, attente… Alecksandro m’initie à son métier, je cire, une cagoule sur la tête…

Je découvre un univers insoupçonné, marché d'occasion, aspiration à faire des études, discours politique, solidarité, « débrouille »… Je n’explore pas vraiment ces diverses pistes.

 

Issue tardive. Je ne sais pas comment aborder le sujet d’une enquête anthropologique et m’enlise quand un ami français me conseille de dire que j’écris un article sur les cireurs de chaussures boliviens. Je donne enfin une explication à mon retour, l’idée réjouit Alecksandro, nous faisons un entretien, il me propose d’en faire d’autres et me met en contact avec d’autres cireurs, tout aussi enthousiastes. Hélas, trop tard,  mon séjour touche à sa fin…

 

 

Acte 3 Ici

 

Rentrée en France, je rédige ma chronique et m’aperçois, avec du recul, que j’ai placé Alecksandro dans une relation impossible, lui imposant un jeu dans lequel j’étais la seule joueuse… Seul l’article a autorisé la relation, devenue compréhensible. Dégagée de l’émotion « là-bas », je perçois la situation de manière totalement différente, ma colère légitime là-bas devient honteuse ici. Comment rendre compte de ce basculement ?

J’ai accumulé des matériaux : notes, entretiens, observations… Comment les exploiter ?

 

Projet d’écriture

 

L’écriture pour restituer l’enquête est une préoccupation importante. Comment par exemple ne pas nier et intégrer la part de l’imagination qui guide largement l’enquête ? En effet, j’imagine et agis en fonction aussi de ce que j’imagine qu’il pense. L’imagination n’introduit-elle pas une part de fiction dans l’enquête ? Comment intégrer cela dans le texte ?

 

De multiples questions et la quête d’une écriture « au plus juste » m’ont conduite vers une voie exploratoire, la juxtaposition de textes de natures différentes, chacun dévoilant diverses facettes absentes des autres. La question ultime est : est-il possible d’inventer une écriture restituant tous les aspects de l’enquête ?

 

 

 

Acte 4 : Aboutir l’enquête…

 

L’enquête programmée pour l’été 2012 vise à explorer les pistes entrevues lors du dernier séjour, à retrouver bien sûr Alecksandro et Felix avec un projet clair dès le départ : terminer le livre sur les cireurs de La Paz…

 

Mon absence de statut institutionnel est ici aussi garante de ma liberté expérimentale et je ne m’interdis pas certaines audaces littéraires…

 

 

   

Comment je suis devenue anthropologue et occitane est le livre issu du journal d’une thèse portant sur la faiblesse de l’occitanisme politique. Il interroge à la fois la manière d’écrire l’anthropologie et le temps de l’écriture.

Au cœur de l’enquête pousse plus avant l’exploration en invitant le lecteur à participer à l’élaboration de l’enquête et de son compte-rendu.

À quoi servira la collecte ?

N'étant pas rattachée à un laboratoire de recherche, j'auto-finance mes recherches. J'ai déjà mon billet d'avion en poche alors cette collecte contribuera aux dépenses sur place (hôtel et nourriture).

Colette Milhé

Anthropologue indépendante, Colette Milhé a soutenu une thèse sur la faiblesse de l’occitanisme politique. A partir d’enquêtes circonstanciées, menées en Béarn auprès de militants occitanistes, elle a étudié les pratiques culturelles et politiques ainsi que les nuances dans les discours, notamment entre localisme et pan-occitanisme. Son premier ouvrage... Voir la suite

FAQ Questions les plus fréquentes concernant le projet

+ Pourquoi me soutenir ?

C’est une occasion unique de participer à une enquête, soit en suivant son déroulement, soit en intervenant par vos remarques ou conseils. Vous serez des précurseurs ayant participé à la première expérience d’enquête anthropologique participative !

+ Quel est l’intérêt de l’enquête ?

« No nos olvidas ! » (Ne nous oublie pas !) m’ont dit les cireurs quand ils ont su que j’allais écrire un livre sur eux. Le livre est déjà devenu ma dette envers eux… En tant que touriste, on regrette souvent de ne pas avoir eu de contacts avec la population locale : barrière de la langue, séjour trop court… Je vous propose de découvrir un regard authentique, la Bolivie vue d’en bas, auquel il est autrement assez difficile d’accéder.
C’est aussi un livre sur la relation entre une occidentale diplômée et des cireurs boliviens, avec tous les décalages, incompréhensions mais aussi tous les possibles que cela engendre. A cela s’ajoute une ambition scientifique : questionner et renouveler la manière d’écrire l’anthropologie.

+ En quoi est-ce une enquête scientifique ?

Il y a une démarche exigeante : séjour sur place, entretiens enregistrés, observations…, un questionnement, une critique des informations, et ma formation de docteur en anthropologie, je m’inscris dans une tradition universitaire.

+ Est-ce réservé aux spécialistes ?

Non, tout au contraire puisque l’expérience vise un public large et se positionne dans un courant de l’anthropologie qui ambitionne de l’extraire d’une certaine confidentialité, en transformant l’écriture, rendue plus accessible et cependant très rigoureuse, permettant au lecteur de devenir actif : il accède à la collecte des informations. Osez vos questions !

Derniers commentaires

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Chouette initiative ! Pour avoir été en Bolivie en 2008 et avoir croisé le chemin des cireurs de chaussures, ce travail anthropologique me tient particulièrement à coeur.
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Beau projet et belle démarche ! à suivre de près !
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Bon voyage Colette, dans l'attente de vous lire. A bientôt, Stéphanie