Un club sans terrain ni vestiaires. Un héros du rugby en Géorgie. Une histoire d'espoir, d'éducation et d'amitié.

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Présentation détaillée du projet

Tbilissi en Géorgie. Gosha Shkinin, joueur de l'équipe nationale de rugby de Géorgie dirige l'entrainement des jeunes du Hooligana Rugby Club. C'est un club "sans domicile fixe" qui a été créé il y a vingt ans en hommage à  Michiko Koridze, jeune joueur de rugby disparu en 1993 pendant la guerre d'Abhkazie. Pas d'herbe grasse, pas de vestiaire, ils s'entraînent sur un terrain vague. La veille, Gosha participait à un atelier sportif à Bavchvta Colonia. Depuis quelques mois, la fédération géorgienne de rugby envoie ses joueurs  dans ce pénitencier pour sensibiliser les jeunes détenus à la pratique du rugby. Le but de cette démarche est simple, utiliser le rugby et ses valeurs éducatives pour faciliter la réinsertion de ces mineurs et éviter, une fois libres, qu'ils ne récidivent.

 

 

Depuis quinze ans, je parcours le monde ovale pour raconter mon histoire du rugby. Cela n'a rien de prétentieux, juste le désir de donner un regard plus sociologique de ce sport. Déjà neuf films composent la collection "Du Rugby et des Hommes". Ils répondent ainsi à une exigence récurrente, comment parler de rugby en sortant volontairement de la problématique strictement sportive pour se pencher sur la réalité culturelle, sociale voire économique du pays concerné.

 

Aujourd'hui, la majorité des clubs de rugby professionnels français comptent au moins un géorgien dans leur effectif. Quand on écoute les compositions d'équipe d'avant match, on entend les noms de Mamuka Gorgodze, Davit Kubriashvili, Giorgi Jgenti, Vasil Kakovin, Zirakashvil, Tetrashvili, Peikrishvili, Sheklashvili… Ces joueurs font le bonheur de club comme le Stade Toulousain, Clermont, Montpellier ou Toulon en Top14 mais aussi Albi, Aurillac ou Béziers en ProD2.

 

Comment le rugby, un jeu d’origine anglaise est-il arrivé en Géorgie ? La Géorgie, c'est une des plus ancienne terre chrétienne du monde, c'est aussi le pays mythologique de la toison d’or. Au fil des siècles, la Géorgie a subit les invasions grecques, ottomanes, arabes, perses, mongoles, russes… Malgré cela, le pays a toujours gardé son identité, sa culture, une mystérieuse singularité. Les géorgiens affirment que c'est grâce à leur force physique et leur force de caractère.  C'est de ce peuple de combattants, durs et fiers, que sont issus les joueurs géorgiens… On dit souvent que le rugby est le seul sport collectif où les adversaires se rencontrent, alors que dans les autres ils ne font que s'éviter. Ceux qui croisent les géorgiens sur un terrain de rugby peuvent témoigner de la rudesse de ces rencontres.

 

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La Géorgie est un pays à part. Difficile de parler du rugby géorgien sans faire le lien avec l’Histoire du pays et de ses multiples résistances. La puissance physique, la stature massive des joueurs géorgiens, leur caractère entier est l’héritage d’un pays qui n’a cessé de lutter pour son indépendance.

 

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En les interrogeant, la plupart des joueurs géorgiens disent avoir débuté leur carrière de sportif en pratiquant la lutte. La lutte, c'est le sport national individuel en Géorgie. Mais beaucoup de ces lutteurs ne trouvaient pas leur compte dans cette activité. Ils avaient besoin de collectif, d'appartenir à une équipe, de participer à de vraies batailles. Ils se sont naturellement tournés vers le rugby. Pourtant la force physique ne suffit pas. D’ailleurs, un joueur comme Mamuka Gorgodze, un homme imposant, impulsif mais bienveillant, et qui a fait sensation lors de la dernière coupe du monde, avoue modestement qu'en France, il n’est pas le plus fort physiquement. « Il y a beaucoup de joueurs français bien plus fort que moi, mieux entrainés. Mais quand je suis sur le terrain avec l’équipe de Montpellier, je pense à mon pays, j’ai le poids de son Histoire dans la tête, je me vois en costume de guerrier traditionnel caucasien. Cela me donne une force. Me pousse à donner le meilleur de moi, pour mon équipe, pour mon pays. »

 

Derrière l’aspect imposant de ces corps faits pour combattre, se cache des gens d’une profonde modestie et simplicité. En effet, la Géorgie est un pays qui souffre encore de la pauvreté. Tous viennent de quartiers populaires, de la campagne. Il y a ce combat qu'ils livrent sur le prés, et il y a celui qui les a poussé à s’émanciper du quotidien difficile que supportent beaucoup de leurs compatriotes.

 

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Lors d'un premier séjour en Géorgie, j'ai eu la chance de rencontrer Gosha Shkinin. J'étais à la recherche d'un joueur géorgiens qui avait joué en France et qui était rentré chez lui. Gosha répondait parfaitement à ce profil. Depuis l'adoption du modèle professionnel, le rugby est devenu pour certain un métier. Et c'est naturellement que les championnats professionnels des pays économiquement riches accueillent depuis quelques saisons un nouveau type de joueur: l'immigré. C'est l'opportunité de pratiquer son sport à haut niveau et de gagner sa vie beaucoup mieux "qu'au pays".

 

Il n'y a que trois pays au monde où le rugby peut se valoir du titre de "sport collectif national". Parmi eux, on retrouve naturellement la Nouvelle Zélande et le Pays de Galles, cela ne surprendra ni l'amateur ni le profane du rugby. Mais qui sait que la Géorgie fait partie de ce tout petit cercle? Car oui, tout comme chez les All Blacks Néo-Zélandais et chez les diables rouges Gallois, le rugby est une passion populaire dans ce petit pays du Caucase.

 

Alors que j'imaginai faire le tour des institutions du rugby géorgien, Gosha me donna rendez-vous à la fin de l'entrainement qu'il dirige un fois par semaine dans le quartier de Vazissoubani. C'est un quartier en bordure de périphérique, dans la banlieue de Tbilissi. Un vestige de l'époque soviétique, vétuste, l'image même de la grandeur déchue. La fin de journée donnait une lumière de cinéma à la scène. Gosha, assis sur un ballon observait avec attention, ses jeunes joueurs répéter leurs gammes. Pour tout espace de jeu, un terrain vague sans lignes et poteaux, avec quelques touffes d'herbe en guise de gazon… Un arbre sert de vestiaire, à son pied les sacs de sports s'entassent, de ses branches pendent vestes et pantalons.

 

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Gosha m'explique: "Tu vois, notre club existe depuis plus de vingt ans et il ne possède ni terrain, ni vestiaire et la plupart du temps on s'entraine ici, après avoir ramassé les seringues usagées des toxicomanes qui hantent le quartier." Puis il continue: "Le Hooligana Rugby Club a été créé par la famille et les amis de Michiko Koridze pour lui rendre hommage. Michiko était un jeune rugbyman plein d'avenir, il est mort à la bataille de Gagra pendant la guerre d'Abkhazie. Aujourd'hui, nous participons aux différents championnats de Géorgie, même si comme tu peux le voir, nous ne disposons des meilleurs conditions pour cela." Il finit son exposé de la situation par un sourire généreux, accentué par son regard très bleu et très profond. Gosha, enveloppé de sa parka camouflage a une tête d'ange. Mais il n'avait fait que révéler une partie de sa personnalité et de son engagement à travers le rugby. D'abord, Gosha est international, il représente donc son pays dans l'équipe nationale de rugby de Géorgie. A ce titre, c'est quelqu'un de respecté, et il s'est donné une mission. Se servir du rugby et des valeurs éducatives qui lui sont liées pour venir en aide aux jeunes en difficulté. Et pour cela, il participe à un programme bien particulier.

 

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Gosha: "Depuis quelques mois, la fédération géorgienne de rugby organise des interventions et des ateliers dans un pénitencier pour mineurs. Et naturellement j'ai postulé pour encadrer cette initiative. Si ça t'intéresse, je peux d'emmener avec moi, il n'y a pas de problème." Il a du lire sur mon visage ma réponse, qu'il ponctua d'un éclat de rire et d'une franchement poignée de main. Voilà, comme souvent dans mes aventures documentaires, en une rencontre, le film que j'étais venu chercher se déroulait devant moi.

 

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Ce film, ce sera l'histoire de Gosha. Ce sera aussi l'histoire d'une rédemption, un film plein d'espoir et d'humanisme qui raconte comment le rugby devient un instrument pédagogique au service de l'éducation et de la réhabilitation. Une histoire comme une métaphore de cette société géorgienne facturée.

 

Un film raconte une histoire, mais en tant que documentaire, ce film doit aussi se nourrir du contexte. Nulle part ailleurs je ne pourrais tourner ce récit. Et ce n'est pas un hasard si aujourd'hui le rugby est utilisé pour ces programmes à destination de jeunes délinquants. La Géorgie, c'est une terre de légendes, celle de Prométhée enchaîné au Mont Caucase par les Dieux pour avoir donné le feu aux hommes, ou encore celle de Jason et les Argonautes venus y chercher la Toison d'Or. C'est aussi la terre du Lélo, que l'on considère comme un ancêtre du rugby. Le jeu de "Lélo" était très populaire dans les campagnes géorgiennes. Il donnait lieu à des joutes villageoises très viriles. Certains le font remonter au Moyen Age, d'autres à une époque encore plus ancienne. Aujourd'hui quelques villages perpétuent cette tradition qui n'a rien de folklorique. Les quelques règles sont simples à énoncer : le village s'affronte pour s'emparer du ballon. « Ceux d'en bas » contre « ceux d'en haut ».

 

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Tous les moyens sont bons pour amener le ballon dans son camp. Les hommes y jouent à mains nues, et en reviennent souvent les vêtements déchirés, le nez cassé, les jambes flageolantes. Tout un rituel entoure cette festivité populaire. La fabrication du ballon est une première étape : la balle de cuir est remplie de terre mouillée et doit peser 16 kilos. L'un de ses ultimes ingrédients est du vin local. Ce ballon est ensuite donné au pope, qui le bénit et le conserve dans son église, en attendant le début du jeu. Une fois les hommes du village rassemblés au centre du village, le pope lance le ballon en l'air, et les deux équipes s'empoignent pour l'attraper, le conserver, le cacher, et le faire parvenir jusqu'à son camp. Le jeu, une mêlée gigantesque, peut durer quelques heures.

 

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Le "Lélo" terminé, le ballon est offert à un défunt préalablement choisi. Les cimetières ont ainsi des tombes honorées des ballons des années précédentes. Les équipes, un temps adverses, se retrouvent alors autour d'une table géorgienne, où le "tamada" (le doyen de la table)   prononce des toasts traditionnels. Les blessés sont chez eux, certains seront dans l'incapacité de travailler pendant plusieurs jours...

 

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Ainsi, au delà de l'aspect strictement informatif d'une séquence qui mettrait en image le "Lélo", elle devra servir aussi à montrer une expression collective qui doit nous renseigner sur l'âme géorgienne. Une manière de nous retourner sur l'Histoire, de capter une expression archaïque qui continue de véhiculer une dimension collective et initiatique dans une société traversée par l'individualisme et la réussite à tout prix.

 

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J'ai revu Gosha avant de repartir pour la France. Il m'a proposé de l'accompagner pour aller voir une petite église orthodoxe du 5ème siècle, perchée au sommet d'un pic, loin de l'agitation de la capitale. Depuis cette église, on a un point de vue exceptionnel sur le fleuve Koura et sa rencontre avec l’Araqvi. Un fleuve impétueux et agité descendant de la montagne qui en rencontre un autre, large, calme et réservé, qui occupe la plaine. Leur union est comme une métaphore qui plus loin va traverser Tbilissi et passer en contrebas du pénitencier de Bavchvta Colonia. Ghosa me montre la route et pointe une direction: "Par là, c’est Erevan". Puis une autre direction: "Et là, c’est vers Bakou et plus loin: Téhéran". Puis il me propose de rentrer dans la petite église, austère. Avant d'ouvrir la lourde porte, il se retourne vers moi : "Tu es chrétien?", "Je suis athée", "C'est pas grave" me reprit-il accompagné de son sourire bienveillant. "Viens, on célèbre un baptême."

 

 

L'équipe du film

 

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Jean-Christophe Gaudry - Images

Jean-Marc Pedoussaut - Son

 

Gilles Pedoussaut - Montage/Étalonnage

 

Julien Taillefer - Musique Originale

 

Christophe Vindis - Auteur Réalisateur

 

Production : NoLiTa Prod

Pierre Bascoul et David Grinfan 

 

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À quoi servira la collecte ?

Le tournage du film est aujourd'hui terminé. Nous avons donc toute la matière, images et sons, entretiens et séquences qui nourriront le film. Cette collecte de fonds doit nous permettre d'assurer les contreparties et surtout finir le film pour envisager une diffusion télé, VOD et DVD. Les sommes récoltées permettront à la production du film, NoLiTa Prod, de payer les professionnels qui travailleront sur le montage, l'étalonnage, le mixage, l'enregistrement des voix off... C'est à dire assurer sa post-production et plus si votre générosité le permet!

 

Avec 6000 euros

Nous pourrons faire le montage et l'étalonnage du film.

 

Si nous arrivons à 9000 euros

Nous pourrons mixer le film dans un véritable auditorium et nous acquitter des droits pour la musique originale que Julien Taillefer composera.

 

En franchissant la barre des 12000 euros, nous pourrions financer la fabrication d'un fichier numérique DCP pour une exploitation du film en salle de cinéma et faire l'affiche qui l'accompagnera.

 

14000 euros? À nous les festivals internationaux! La langue du film, c'est le géorgien. Nous avons bien sûr prévu une version française. Si nous atteignons cette somme, nous pourrons alors faire une version anglaise.  

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Christophe Vindis

Galilée l'a pourtant certifiée ronde. Lui la voit définitivement ovale. Pour ravaler sa frustration de n'avoir pu tâter les pelouses du haut niveau, le réalisateur Christophe Vindis, né à Agen, parcourt la Terre, porté par sa passion pour le rugby. Globe trotteur, réalisateur engagé, il a promené sa caméra sur plusieurs terres mythiques de l'Ovalie... Voir la suite

Derniers commentaires

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Salut Christophe ,juste avant la sirène ...une petite contribution pour cette fabuleuse histoire en image !
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Bonjour Christophe et félicitations; j'espère que les contributions vont encore monter. De toutes façons, ce film sera le bienvenu à la prochaine édition du Festival Rugbymages. Et vive le SUA !!! Bises (ainsi qu'à tes parents). Daniel
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Bravo pour tes films et je suis sûr que ce projet aboutira