Co-créons: Bienvenue aux Délices du gel, une aventure théâtrale et humaine! Parce que vous avez le pouvoir d’irradier nos possibles!!

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Présentation détaillée du projet

Bienvenue aux Délices du gel 

D' Asja Srnec Todorović

Traduction Uta Muller et Denis Denjean 

Mise en scène Sabrina Ahmed 

 

Soudain m’apparut un espace blanc, froid et très éclairé. C’est un magasin. Ici, tout est possible parce que tout est congelé. 

Mais cette blanche perfection cache un monde blessé. Un monde d’angoisse. Un monde sombre et étouffant. Dehors la beauté du gel, une guerre horrible se fait voir peu à peu. C’est une guerre finie qui n’en finira jamais. Et les gens ne guériront jamais. Personne ne peut échapper à son chemin congelé. On ne peut rien faire d’autre que crier : Bienvenue aux Délices du gel ! 

Asja Srnec Todorović 

 

 

 

 

Photodistrib-1411805110Assistant à la mise en scène Yohan Bret Scénographie Claire Saint Blancat Lumières Rémi Godfroy Création sonore Basile Robert, Gérôme Ferchaud et Géraldine Marquier Régisseur général Pierre Bourel

Administrateur Fabien Le Prieult

 

Production : Compagnie l’Oiseau Bleu 

Avec le soutien du Théâtre national de Toulouse Midi-Pyrénées, du Théâtre du Ring, de Mix’art Myrys 

L’Espace d’un instant est éditeur du texte représenté 

 

 

Résumé: l'élégance du desespoir 

 

Zagreb, été 1999, début 2000.

 

Sébastian, psychiatre douteux dont une partie de la thérapie est basée sur le silence, rêve de transformer son pays en un immense camp de concentration. Dans l’asile où il travaille, vont se croiser sa femme suicidaire en panne de libido, une tueuse rêvant de changer de sexe sous l’œil complice et fantaisiste de Jésus, un ex-soldat traumatisé par les massacres qu’il a commis, et sa compagne dévouée, vendeuse dans un magasin de surgelés tout droit venu d’Amérique, Les Délices du gel

 

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Rien n’est plus drôle que le malheur …

Note sur la pièce

 

Je viens d'un contexte où des gens ont commis des choses atroces et n'ont pas le sentiment d'avoir commis de crime. Ivana Sajko

 

Dans Bienvenue aux Délices du gel, Asja Srnec Todorović confronte deux formes de comique différentes : le comique du « mal banal » et le comique de la farce carnavalesque traditionnelle. Todorović s'attache à représenter un monde d’oppression, d'étouffement et de forces de mort. Fortement marquée par la guerre d’ex-Yougoslavie, comme tous les dramaturges de sa génération, elle propose une théâtralisation de la banalité, voire du caractère habituel du mal. Mais ce mal rappelle aussi le fascisme croate des années 30 et 40, où de nombreux Serbes furent exterminés dans les camps de concentration des oustachis[1]. Bienvenue aux Délices du gel dresse le portrait d'un après-guerre toujours travaillé par le fascisme et par la pratique quotidienne du « crime contre l'humanité ».

 

Les personnages de la pièce sont tous des enfermés : enfermement de Lizika dans ses Délices du gel, magasin aseptisé dont le nom n'est pas sans évoquer une torture, enfermement de son ami Bongo, traumatisé par la guerre, ou encore de Klara, l'épouse suicidaire du  psychiatre, enfermée dans le lit conjugal où elle doit manger tous les soirs aux côtés de son mari, un plateau sur les genoux, dans l'espoir de retrouver sa libido perdue...

Et au-dessus de ce monde d’opprimés, règne le psychiatre Sébastian. Figure du fascisme au quotidien, convaincu de sa philanthropie, il prône la purification et la normativité, y compris pour sa femme et ses patients, en niant la singularité des êtres dans leur humanité. Ne rien dire, c'est faire que ça n'existe pas. Obsédé par le motif de la clarté, il ne comprend pas pourquoi sa femme continue d’évoquer l'obscurité de son ventre et ne guérit pas. Mais Sébastian est, avant tout, une figure grotesque, un descendant d'Ubu ou encore d'Eichmann : enfermé lui-aussi dans son délire despotique, il ne perçoit jamais la monstruosité de son idéal. Ce qui résonne avec le propos d'Hannah Arendt : Aucune question de conscience ne troubla jamais Eichmann. Aussi, comme Eichmann, Sébastian est un homme de bureau, de conception et d'organisation, et non pas un homme de terrain. On le voit d’ailleurs utiliser Johnny, une de ses « patientes », comme homme de main mais jamais lui-même ne tue.

 

Avec Asja Srnec Todorović, les camps ne sont pas à proprement parlé le sujet de la pièce. Il n'y a aucune mise en représentation de la purification ethnique en ex-Yougoslavie, elle dépeint le quotidien de cet après-guerre hanté par des images de mort et de camps. Dans la pièce, le mal banal est là, partout présent, même au cœur des scènes intimes. Ce qui fait la force troublante de Bienvenue aux Délices du gel, c'est qu'à aucun moment les personnages ne perçoivent de décalage avec ce que devrait être leur vie. D’ailleurs il n'y a aucune représentation de la « méchanceté » dans la pièce, ni de spectacle de la mort. Il n'y a aucune conscience du caractère hors norme ou inhumain des camps. Tout, même le pire, est pris dans le ronronnement des congélateurs…

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“Nous sommes tous obligés de supporter ce que la vie nous destine, pas vrai ?” 

Entretien avec Sabrina Ahmed 

 

Asja Srnec Todorović est une auteure croate assez méconnue en France. Comment avez-vous découvert Bienvenue aux Délices du gel ?

En 2013, je suis partie à Belgrade pour un atelier de mise en scène autour des écritures contemporaines d’ex-Yougoslavie. Je connaissais très peu le contexte politique de cette région, pourtant si proche géographiquement ! J’ai découvert alors une génération d’auteurs fortement inspirée du théâtre In-yer-face, ce mouvement initié par Sarah Kane dont l’écriture me bouleverse par sa brutalité gracieuse. Ces nouveaux dramaturges, nés dans les années 60, ont mûri dans un pays déchiré par les nationalismes, hantés par le souvenir des horreurs d’une guerre fratricide. L’explosion de la société et le capitalisme, tel un remède insensé au vide sociétal, leur ont paradoxalement donné une plus grande liberté que celle de leurs pairs : ils peuvent enfin oser se questionner au-delà du désespoir. À la première lecture de Bienvenue aux Délices du gel, je me suis tout de suite dit que cette pièce était un ovni, autant dans le propos que dans l’écriture qui est très fragmentée, à l’image du morcellement de l’identité des personnages. On se questionne constamment au fil de la pièce et les réponses sont données au compte-goutte, notamment sur leur passé. Dès qu’on ouvre une porte, on en trouve une autre derrière qui laisse entrevoir un monde finalement pas si éloigné du nôtre : le délitement d’une société dans ses valeurs et ses repères.

 

Quelle a été votre approche dramaturgique ?

Ne pas tomber dans ce que pourrait inspirer la pièce au premier degré. Ce n’est pas seulement l’histoire de six personnages traumatisés, mortifères ou cruels. Il y a un humour fou dans la pièce, on balance constamment entre le grotesque et un humour très fin, voire sarcastique. L’univers imaginé par Todorović est « glaçant », mais elle nous empêche de sombrer totalement dans la noirceur avec ce décalage entre ce dont on parle et de comment on en parle. Ce qui devient clownesque, c’est aussi la désarçonnante naïveté des personnages, tant dans leur cruauté que dans leurs idéaux. On est face à un manque de conscience du bien et du mal, le rire fait alors surgir de l’humanité là où il n’y en avait plus. Ici, la drôlerie est dénonciatrice, presque militante : on admet enfin l’absence de moralité en convoquant un rire de survie face à l’absurdité d’un système replié sur lui-même. Même Jésus ne remplit pas son rôle de moralisateur, Todorović nous en offre une vision très fantaisiste et débridée !

 

Mireille Losco Lena écrit à propos des personnages que ce sont des enfermés. Votre scénographie est-elle axée sur cette notion d’enfermement ?

La scénographie est plutôt basée sur ce qui existe au-delà de l’enfermement : une grande fenêtre, un soupirail… Un objet qui permet de rêver aux possibles, au-delà de ce que l’on voit, comme si le monde était à portée de main. Ou au contraire, elle peut imposer une fragmentation de la réalité, rétrécir notre vision du monde. Dans Bienvenue aux Délices du gel, on compte trente-huit scènes, certaines très courtes, dans six décors différents. 

Je voulais aussi imaginer un espace qui permet de respecter ce rythme soutenu, cinématographique, sans passer systématiquement par un changement de décor. La notion d’enfermement réside plutôt dans le son. Dans la pièce, il est dit qu’il y a toujours du bruit, un bruit lancinant tel une nappe de fond : le ronronnement des congélateurs, une mouche qui vole, la pluie, le vent… Cette absence de silence est pour moi la manifestation physique de l’oppression que vivent les personnages.

 

Cette oppression est-elle aussi politique ?

Nous sommes tous les enfants d’une société bien sûr, et du contexte politique qui en découle. Mais ce qui est frappant dans Bienvenue aux Délices du gel, c’est justement l’absence de conscience politique des personnages, même chez Sébastian qu’on pourrait imaginer comme l’archétype du pouvoir patriarcal, ou chez Lizika qui semble fonder ses espoirs d’un monde meilleur sur les élections à venir. En réalité, Sébastian n’explique à aucun moment le sens politique de son projet de camp de concentration et tout porte à croire qu’il n’en a pas. Pour Lizika, ce qui compte c’est qu’on brûle tous ces drapeaux et que des gens nouveaux arriveront : elle incarne à sa façon un certain bon sens populaire, concernée par les évènements mais dépourvue de militantisme ou même d’esprit partisan ou politisé. À l’image de l’obsession nationaliste et identitaire spécifique aux pays d’ex-Yougoslavie, Asja Srnec Todorović invente des personnages obsédés par leur propre identité, comme Johnny, femme rêvant de devenir un homme, ou Bongo dont le traumatisme est directement lié à la place qu’il a tenu pendant la guerre. Mais au-delà de ces questions récurrentes qui animent ces nouveaux auteurs d’Europe de l’Est, Bienvenue aux Délices du gel lève des interrogations sur la possibilité qui est donnée aux êtres à renaître après une réalité destructrice, et ce dans n’importe quel endroit du monde où la lutte fratricide est devenue le quotidien des peuples. La pièce est un constat de « l’après» et du « comment » : comme le dit Sébastian, Nous sommes tous obligés de supporter ce que la vie nous destine, pas vrai ? 

Août 2014

 

[1] Mot croate désignant les membres d'une société révolutionnaire et nationaliste croate fondée par Ante Pavélitch (1889-1959).

 

[1] Mot croate désignant les membres d'une société révolutionnaire et nationaliste croate fondée par Ante Pavélitch (1889-1959).

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À quoi servira la collecte ?

 

Bienvenue aux Délices du gel est programmé à la Maison d'Europe et d'Orient à Paris pour une lecture le 21 novembre 2014 à 19h30.

L'équipe étant toulousaine, ce sont les transports et hébergements qui nécessitent votre participation.

 

 

Et si la collecte dépasse nos espérances, nous pourrons alors acheter les matières premières pour commencer à concrétiser le décor.

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Cie l'Oiseau Bleu / Sabrina Ahmed

La Cie: La Compagnie l’Oiseau Bleu, créée en 2011, s’attache aux écritures du réel afin d’interroger l’humain et ses mécanismes. Sa première création Voi(s)(x)(e), s’appuyait sur des témoignages pour explorer l’impact des carcans de l’homophobie sur la construction identitaire. Sa nouvelle création, Bienvenue aux Délices du Gel d’Asja Srnec Todorović,... Voir la suite