Aidez la publication de "Carlo Crivelli et le matérialisme mystique du Quattrocento", premier livre français sur ce peintre exceptionnel.

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Présentation détaillée du projet

Grâce à la solidarité des premiers contributeurs, mon projet a déjà atteint son objectif ! Merci. Mais si vous poursuivez vos dons, ce sera très utile : je pourrai alors acheter des images de très bonne qualité aux différents musées et bases iconographiques pour améliorer la qualité éditoriale du livre. Je compte sur vous !

 

INTRODUCTION

 

Les rendez-vous manqués

 

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Carlo Crivelli (v. 1430-1495), peintre vénitien, est un des rares grands artistes du XVe siècle à n’avoir suscité que très peu d’études. Aucune publication n’existe sur lui en français. Ce silence des historiens de l’art a des causes profondes. Comme le disait  Bernard Berenson, pour rendre pleinement justice à un peintre tel que Crivelli, il faut complètement revoir notre vision de l’art du Quattrocento. En effet, celle-ci est fondée, depuis Vasari, sur l’idée d’un progrès des arts en Italie qui se manifesterait par une coupure entre le Moyen Âge religieux et la Renaissance humaniste, par une opposition entre des centres artistiques « avancés » (Florence, Rome, Venise) et des périphéries retardataires.

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Or l’art de Crivelli, qui a travaillé dans la Marche d’Ancône, région marginale et peu connue, impose une autre façon de voir. Car il est inclassable : sa peinture est à la fois médiévale et renaissante, religieuse et mondaine. Elle est, en fait, à l’image de la société du Quattrocento, complexe et hybride, où se mêlent divers tempos culturels. Pour apprécier Crivelli à sa juste valeur, il faut donc sortir du mythe vasarien de la Renaissance comme moment de rupture. Il faut au contraire la considérer comme l’aboutissement d’un processus historique qui commence au XIIe siècle : celui d’une « paganisation » de la société chrétienne, qui passe par une approche sensible du divin, par le développement du culte de l’image, par le rapprochement entre la sphère du mondain et la sphère du sacré, jusqu’à ce que la crise protestante fasse voler en éclats ce que j’appelle le « matérialisme mystique » de la société du XVe siècle.

 

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Le livre vise à décrire les différents aspects de ce matérialisme mystique – sociaux, religieux, artistiques – et à montrer que Crivelli en est un des meilleurs représentants. Il commence par expliquer comment il est possible que les saints de Crivelli soient peints comme des aristocrates à la dernière mode et que ses tableaux servent de retables aux églises de franciscains qui faisaient l’éloge du plus grand dépouillement. La solution, on la trouvera dans l’imaginaire paradisiaque de ces derniers : le paradis est pensé comme une récompense ; pour les privations subies ici-bas, on n’en deviendra que plus riche dans l’au-delà. Cet imaginaire matérialiste de l’autre monde, où Dieu est pensé comme un roi tout puissant, on doit l’expliquer comme la conséquence d’un système culturel où la puissance s’exprime par la dépense, donc par le luxe et l’ornement. Le christianisme tardo-médiéval adhère à ce système, et la peinture de Crivelli le montre magnifiquement : la gloire divine s’y exprime ornementalement.

 

 

La relation matérialiste du fidèle avec le divin implique, de plus, un théorie de l’échange : aux dons matériels du fidèle (qui servent à orner l’église ou les images sacrées) doivent répondre les dons physiques ou spirituels de la divinité.On analysera ainsi comment, dans le XVe siècle chrétien, comme chez les païens de l’Antiquité, la pratique des offrandes est corrélative du culte des images du divin ; comment ces échanges sont mis en abyme dans les tableaux de Crivelli, eux-mêmes offrandes ; et comment la singulière démarche artistique de ce dernier a rencontré un large succès auprès de commanditaires à la recherche d’images dévotionnelles efficaces.

 

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Mais si ceux-là cherchaient la puissance du divin dans les images, celui-ci cherchait à manifester le pouvoir du peintre à travers ses œuvres. La religiosité païenne du Quattrocento sert à Crivelli de cadre social pour développer la possibilité d’un culte du peintre, alors que la théologie de l’Incarnation, qui domine cette époque, lui sert de cadre théorique pour prouver la sacralité de l’image en général, de sa peinture en particulier. C’est finalement à une autre modèle de la création artistique que ce livre aboutit : non plus celui qui se fonde sur l’individualisme humaniste, qui rompt avec l’artisanat médiéval et repose sur une généalogie linéaire des grands créateurs, mais celui qui part du culte chrétien de l’image et qui s’appuie sur une théorie de l’histoire comme montage de temporalités hétérogènes, sur une théorie de la création comme hétérogenèse ou bricolage. 

 

Pour aller plus loin 

 

J'ai publié plusieurs articles dans diverses revues scientifiques sur Crivelli, dont certains sont en ligne et accessibles :  

 

Les méta-trompe-l'oeil de Carlo Crivelli développe un point très original dans la peinture de Crivelli, à savoir l'usage d'objets en relief posés sur sa peinture, comme des couronnes, des parures.

 

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Carlo Crivelli et le matérialisme mystique du Quattrocento. Une introduction est une première version de l'introduction de mon livre qui sera publié l'année prochaine et pour le financement duquel je demande votre aide.

 

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Génération Crivelli est un article qui reprend partiellement la quatrième partie de mon livre et développe l'argument selon lequel il ne faut pas comprendre la peinture de Crivelli et l'écho qu'il a eu sur les autres peintres selon le modèle classique de la filiation (influence et dépassement d'un maître), mais selon celui de l'alliance - une création par montage de références artistiques.

 

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À quoi servira la collecte ?

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Carlo Crivelli et le matérialisme mystique du Quattrocento est un livre que je travaille depuis longtemps. Il est issu de ma thèse de doctorat, que j'ai soutenue en 2003, mais que j'ai profondément remaniée. C'est un livre novateur dans le sens qu'il constitue la première étude en français sur Crivelli. Il s'adresse à un public d'amateurs d'art et de chercheurs. 

 

Ce livre a connu une série de mésaventures : un éditeur l'a accepté mais a fait faillite avant d'avoir pu le publier, un autre a pris un an et demi pour le lire avant de le refuser, un troisième l'a accepté mais n'a pas trouvé l'argent pour l'éditer. J'ai bien cru, après toutes ces années, que mon livre sur Crivelli ne sortirait jamais.

 

Finalement, les Presses Universitaires de Rennes ont accepté mon manuscrit avec chaleur. Je leur suis d'autant plus reconnaissant que c'est l'une des meilleures éditions pour l'histoire de l'art actuellement en France. 

 

Cependant, comme partout, et plus encore, c'est la crise dans le domaine de l'édition. Mon éditeur me demande de participer aux frais de publication. J'ai pu obtenir, de la part de la Villa Arson, l'Ecole nationale supérieure d'art de Nice, où j'enseigne, une belle subvention. Mais ce n'est pas suffisant. J'ai encore besoin de trouver 1500 euros. En effet, c'est la somme que me demande l'éditeur pour compléter le budget global de fabrication du livre : relecture, maquette, achat de droits de reproduction des images, impression, diffusion (soit environ 10000 euros au total). 

 

C'est pour payer cette somme que je fais appel à vous, à votre générosité, à votre amour de l'art. Carlo Crivelli mérite d'être plus connu. Mon livre doit sortir pour réparer cette injustice invraisemblable.

 

Grâce aux dons déjà recueillis, j'ai déjà dépassé mon objectif initial ! L'essentiel est fait. Mais il y a mieux : si j'atteins 2500 euros, je pourrai publier le livre sous un format plus grand, avec des images dans le texte et en couleurs. Crivelli aurait alors une édition digne de lui et la qualité des reproductions rendrait pleinement justice à sa peinture. Je compte sur vous !

 

D'avance, merci.

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Thomas.Golsenne

Docteur en histoire de l'art, j'ai écrit ma thèse sur Carlo Crivelli et l’ornementalité au Quattrocento. Je suis un ancien pensionnaire de l'Académie de France à Rome et un ancien professeur aux Beaux-Arts de Paris ; j'enseigne actuellement l'histoire des arts visuels à la Villa Arson (Ecole Nationale Supérieure d’Art) à Nice. J'ai co-publié une nouvelle... Voir la suite

Derniers commentaires

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Joyeux anniversaire, voyou.
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Dans l'attente de vous lire ! Un ancien élève des Beaux Arts de Nice .
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je connais ce peintre et Vittore depuis 15 ans. Je le découvris sur un site des Marches, depuis disparu et tres bien conçu Carlo, Vittore et Almanno et les Crivelleschis; je traduis le Ronald Lightbown que je trouve intéressant mais qui se perd dans des digressions infinies . Bravo d'avoir vu l'immense génie de Carlo et maigres les stupides atteinte au corpus de ses oeuvres, nous n'y sommes pas étrangers ( Napoleon et Denon) ce qui arrangea les anglais Bravo il me tarde de vous lire.