Minuteros

Aidez-nous à éditer "MINUTEROS", le livre de Justine Montmarché et Sébastien Bergeron.

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03/05/2021
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Minuteros

Corridor Éléphant propose une collection de livres papier en édition limitée, numérotée et signée. Ces livres sont disponibles dans sa librairie en ligne.  
La maquette, l’impression et le choix du papier sont réfléchis avec l’artiste afin que l’ouvrage corresponde avec le plus de justesse possible au travail du photographe. Le livre de Justine Montmarché et Sébastien Bergeron sera imprimé sur un papier couché semi-mat 170 gr.

Édition limitée, numérotée, signée par les auteurs et certifiée par un cachet à froid.
Format 15x21 cm (format cahier). 
110 pages. 74 photographies



Il y a quelque chose de l’ordre de l’enchantement à découvrir les portraits de Justine Montmarché et Sebastien Bergeron. Le travail photographique comme le procédé sont en dehors et à l’abri de la course du temps, leurs photographies, le fruit de rencontres fortuites ou désirées. 

Avoir l’autre pour principal sujet derrière l’objectif, c’est en fixer sa perception, un portrait donne finalement autant à voir la personne photographié que le photographe et il est rare de découvrir dans un travail une humanité telle qu’il en devient involontairement témoignage de l’époque.



INTERVIEW DES PHOTOGRAPHES

 

Pourquoi avoir choisi le portrait ? Quelle est votre démarche ?

Chacun de notre côté, nous avions toujours eu un attrait pour le portrait, les rencontres, les échanges, nourris visuellement par les photographes humanistes, et les photoreportages, depuis des années. Réussir à poser sur film ce qu’est une personne, et non juste ce à quoi elle ressemble, fait du portrait une discipline plus subtile qu’elle ne peut en avoir l’air. 

Lorsque nous nous sommes rencontrés, nous travaillions chacun sur nos travaux respectifs, principalement de la photographie documentaire. On photographiait, dans les écoles en Afrique de l’Ouest, les gens de la débrouille, beaucoup de personnes travaillant dans le domaine du recyclage, des ferrailleurs, etc.

Notre démarche a été transformée, chamboulée, suite à la rencontre d’Issa, un photographe malien qui travaillait en direct dans les rues, avec un appareil photo laboratoire deux en un : une vieille boîte usée par le temps et les chimies, qui sortait des petites photos noir et blanc, pleines de défauts, mais avec un charme fou. Il prenait la photo, se faisait payer, et se reposait pour discuter avec des personnes. Le fait d’interagir en direct dans les rues avec les personnes, la place plus humble que le photographe reprenait dans son environnement, le fait de redonner de la vie à une ruelle en proposant une activité utile, gagner sa vie de cette manière, tout ça a joué un rôle déterminant dans l’évolution de notre démarche. En une journée, nous avons trouvé un métier lié à la photographie, qui réunissait beaucoup de nos critères recherchés : rencontres, nomadisme, travail manuel, labo photo, et gagne-pain.

Dans nos imaginaires personnels, nous avions aussi en tête cette photo de Roger Fenton et sa charrette-laboratoire ambulant. 

En rencontrant ce photographe malien, nous nous sommes dit que c’était finalement peut-être possible de faire revivre ce type de photographie.

 

Pourquoi avoir choisi de photographier avec un minutero ?

La toute première fois que nous avons vu cet appareil, nous avons été bluffés par le simple fait de pouvoir, à la fois, faire la prise de vue, et ensuite développer directement à l’intérieur de l’appareil. Un gros Photomaton, mais avec une sorte d’aura particulière.

L’objet en lui-même est extrêmement intrigant, surtout lorsqu’on aime la photographie argentique et que l’on n’a jamais entendu ni vu ce type d’appareil.

Pouvoir réaliser un tirage en direct permet de créer très rapidement une relation de confiance avec la personne qui pose. Quoi qu’il arrive, elle sait qu’au bout de cinq, dix minutes, elle aura son tirage. Ça n’a l’air de rien, mais le simple fait de tenir sa promesse vous fait entrer dans un autre niveau de relation très rapidement. Une confiance est établie. Pas de promesses d’hypothétiques tirages envoyés plusieurs semaines après. En Afrique de l’Ouest, ces mensonges à répétition ont rendu les gens méfiants, c’est vraiment dommage. Auparavant, nous avions déjà utilisé des polaroïds pour établir des échanges gagnant-gagnant. Deux polaroïds pris, un donné, un gardé. Mais cette pratique revenait relativement cher. La photographie ambulante est certes plus encombrante, mais beaucoup moins coûteuse.

C’est aussi un merveilleux outil pédagogique pour expliquer la création d’un tirage photo !

Tout cet attirail paraît lourd, encombrant, fastidieux, mais il faut comprendre que, paradoxalement, vous avez un commerce de photographie complet condensé dans une grosse boîte en bois, un labo argentique portatif, un trépied, un petit siège, et un bout de trottoir. Il y a beaucoup de poésie dans cette pratique.

 

Quels sont les avantages et les inconvénients de cet appareil ?

Bien évidemment, ce procédé n’est pas exempt de défauts. Tout dépend de ce que vous recherchez visuellement, mais d’un point de vue technique, il paraît évident que le procédé est limité. Le laboratoire rudimentaire, composé d’un révélateur et d’un fixateur, va être plus sujet aux variations de température, à la pollution des bains. Des taches peuvent apparaître sur les tirages, suivant la manière de développer, la dextérité du photographe avec le processus jouant beaucoup. Ces tirages sont bruts. Pas ou peu de retouches sont possibles, en tout cas, c’est beaucoup plus limité qu’en laboratoire classique.

Du fait de la configuration de l’appareil, d’avoir des bacs de chimies installés à l’intérieur, les mouvements, donc les cadrages, sont plus limités. On oublie les contre-plongées et les plongées extrêmes, à moins de retirer au préalable les bacs et de les réinstaller ensuite. Les cadrages sont donc généralement très frontaux, se rapprochant visuellement de certains courants de la photographie documentaire.

Le fait de travailler en direct dans la rue peut être repoussant pour certaines personnes. Dans les festivals photo ou autres événements de ce type, vous pouvez attirer des gens régulièrement, toute la journée, mais quand vous vous posez dans un petit village perdu, par exemple, il faut accepter que vous puissiez parfois « bider » et ne faire que cinq, six portraits en une après-midi. C’est un commerce ambulant. Le spot est un choix important à bien réfléchir, surtout si cela devient un gagne-pain.

Les avantages sont multiples pour nous, sinon nous n’aurions pas déjà consacré dix ans de notre vie à cette pratique. Réaliser un vrai tirage argentique dans les rues reste un petit luxe !

Visuellement, ces tirages ont un charme fou, renforcé par tout l’artisanat réalisé en direct.

Nous ne connaissons pas beaucoup de pratiques photographiques qui permettent d’établir une bulle de confort entre inconnus aussi rapidement. Mais cela dépend énormément de la personnalité de celui ou celle qui pratique, il faut aussi le reconnaître.

C’est un outil de travail avec un fort pouvoir social, et pédagogique.

En remettant le photographe à une place plus humble, la photographie ambulante permet de faire découvrir de manière vulgarisée et pédagogique le travail de photographe portraitiste et de laborantin, dans des versions allégées et simplifiées.

Certaines personnes qui n’auraient jamais franchi le pas d’un studio photo y réfléchissent après avoir réalisé leur portrait avec un photographe de rue, redécouvrant que la pratique professionnelle de la photographie demande un savoir-faire, du temps d’apprentissage, et que c’est un métier à part entière. Faites un pas en arrière, sortez de la petite bulle du monde la photographie, et vous vous rendrez compte que peu de gens savent comment développer un film et réaliser un tirage, et surtout beaucoup de gens s’en foutent complètement. Le numérique a rendu la photographie faussement accessible. Le retour de l’argentique redonne un peu de crédibilité au métier, surtout pour la nouvelle génération qui vit une époque ultra-concurrentielle, et qui a dû valoriser certains savoir-faire et connaissances pour se démarquer.

L’important pour nous a été de trouver une pratique qui nous ressemble, avec laquelle nous sommes à l’aise, qui puisse nous permettre de voyager et de gagner notre vie.

 

La photographie est souvent une activité solitaire. Comment et pourquoi êtes-vous venus à travailler ensemble ? 

Après nous être rencontrés et avoir voyagé ensemble, nous avions monté l’Atelier des Petits Photographes, des ateliers de vulgarisation de la photographie argentique, à destination des enfants des écoles primaires. Être deux pour gérer ces séances n’était pas un luxe.

D’abord, d’un point de vue purement physique, la charge de travail est moins grande, car partagée.

Ensuite, comme dans tout binôme qui fonctionne bien, nous tirons profit des qualités de chacun, et comblons nos lacunes mutuelles. 

La photographie ambulante a renforcé cette complicité dans le travail. Au début, nous travaillions aussi avec une seule chambre ambulante ! L’un gérait la prise de vue, pendant que l’autre gérait le développement, et vice-versa. Il est certain que cette époque nous a aidés à tisser des liens forts, et à être de plus en plus efficaces.

C’est aussi une manière de fonctionner très enrichissante, car ça permet de mettre son ego à un pied d’égalité avec l’autre, prendre en compte les avis mutuels, afin de ne pas rester bloqué trop longtemps sur une idée parfois mauvaise ou qui n’a pas vraiment de profondeur, et de faire aboutir des travaux dans une belle ambiance. 

Quand l’un des deux a un coup de mou, l’autre le motive. C’est comme une cordée en escalade. Soit on monte tous les deux, soit on se pétera la gueule tous les deux. Cela oblige à se faire confiance, et à être très honnêtes l’un envers l’autre.

Les sensibilités masculine et féminine sont mélangées, dans une belle complicité.

Bref ! Montez des binômes !



 

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