Aude LAURANS

Photographe, passionnée du désert, je suis particulièrement intéressée par celui du sud Sinaï et j'y ai établi depuis 5 ans des relations personnelles avec une population extrêmement attachante. Souleïman et Frajah son épouse sont devenus des amis et m'ont offert de merveilleux moments en leurs compagnies ainsi qu'en celles de leurs proches. J'ai pu constater les difficultés quotidiennes liées à leur statut de "peuple nomade" (leurs droits ne sont pas les mêmes que ceux des égyptiens d'Egypte), la rigueur de leur mode de vie, le respect et la joie en toutes choses, la qualité et la sincérité de leur accueil... Mais les touristes se font rares, de plus en plus... et certains bédouins des montagnes, au défit de la loi, se sont orientés vers la culture du pavot en délaissant les vergers ancestraux. Les jeunes, jusque là très impliqués dans un tourisme naissant et déjà florissant, subissent de plein fouet la crise politique et économique qui a vidé le Sinaï de ses nombreux touristes. Le choc des générations aidant, ils peinent à revenir à de rudes traditions. Rares sont ceux qui ont l'opportunité et la capacité d'étudier, encore plus rares sont ceux qui peuvent prétendre à des postes d'organismes d'état (police, militaire). Les mémoires se perdent doucement, les vieux disparaissent et emportent avec eux leur science du désert, des étoiles, des vents, des bêtes et de la vie en communauté. Alors, contribuer à la naissance d'une oasis et y permettre l'exploitation d'un jardin paraît être une des réponses offerte à un peuple en mal de reconnaissance et de moyens de subsistance. Souleïman est un homme reconnu et respecté des ses pairs, ses fils lui vouent un amour dévoué et sont extrêmement impliqués dans ce projet, il peut être un passeur d'espoir pour ceux qui l'entourent. Je tiens ici à attirer l'attention sur le fait que le sud Sinaï n'a rien à voir avec le nord où de nombreux événements font la Une de l'actualité. Ce ne sont pas les mêmes tribus, pas les mêmes tempéraments, pas les mêmes rêves... et les conflits sont lointains, aussi bien géographiquement que moralement.