Guillaume Favray

Tout a commencé à l’adolescence, ces années charnières où les garçons, pour plaire aux filles et trouver un sens à leurs tourments, grattent des guitares et écrivent des chansons. Guillaume Favray n’échappe pas à cette règle immuable et trouve dans le calme de sa ville natale, Granville, le terreau idéal pour y faire fructifier ses multiples talents. Non seulement Guillaume se met à composer des chansons mais il devient le leader du groupe Kaliocha, qui après avoir égrainé les scènes locales, part à l’assaut de la redoutable capitale. Le petit succès confirme le talent du groupe mais ce qui aurait pu représenter un tremplin s’avère être un redoutable piège. La violence sourde des rapports humains parisiens, les codes stricts du monde de la musique donnent la nausée aux membres du groupe qui non seulement délaissent sans regret la jungle parisienne mais se séparent quelques mois après cette incursion avortée. Pourtant, la beauté des chansons composées par Guillaume Favray est telle qu’elle ne décourage pas des programmateurs curieux et obstinés tel Kevin Douvillez qui voit en cet animal sauvage un nouveau Gérard Manset. Il l’invite pour certaines scènes et quelques passages télés. Mais Guillaume a toujours préféré l’ombre, la lumière est à chaque fois pour lui une douleur sourde, ce sentiment si prégnant de ne pas se sentir à sa place. Il n’y a chez lui aucun code, il préfère toujours s’inventer plutôt que de mimer. Il ne pouvait que plaire à Damien Saez, qui par le truchement d’amis communs, découvre sa musique et l’invite illico à partager la scène, notamment pour des premières parties mémorables dans des zéniths à travers la France. Cette expérience fait comprendre à Guillaume qu’il n’arrivera jamais à rentrer dans les habits du chanteur. Trop petit ou trop grand, Guillaume n’a ni la taille ni le goût de se travestir et s’amuser à plaire. Il délaisse Kaliocha, reprend son patronyme et se replie chez lui, à Granville. Il reprend force grâce à l’écume et au vent. Les éléments naturels le soignent de la comédie humaine. Les mots des autres lui donnent le goût de vivre et d’écrire ses maux à lui. Hemingway, Balzac, Dostoïevsky sont ses compagnons quotidiens, il veut emprunter leur voie, devenir un auteur dans l’ombre, disparaître au profit de ses mots et de ses chansons. Même s’il n’est pas un fervent lecteur de poésie, c’est pourtant vers là qu’il tend, la sonorité parfaite, s’éloignant même des codes inhérents à la construction d’une chanson. Ni vrai refrain, ni orchestration, Guillaume invente ses propres codes d’écriture et compose avec pour seul compagnon, son ordinateur, dont il apprend les rudiments avec l’application d’un écolier. Proche d’un Mano Solo et de sa mélancolie sauvage, il écrit des textes bruts, d’une honnêteté sans artifice et le résultat est magnifique. Guillaume ne tend qu’à être lui-même avec ses doutes et ses forces, ses tempêtes intérieures et ses soleils. Dans la ronde des admirateurs arrive une nouvelle venue : la chanteuse Melissmell. Elle découvre quelques unes de ses chansons sur internet et lui en emprunte deux pour son premier disque, pour ensuite lui consacrer l’ensemble de son deuxième disque, « tu ne veux plus chanter, très bien, je le ferai à ta place » lui dit-elle. Le disque s’appelle Droit dans la gueule du Loup, sorti en 2013. Pendant ce temps-là, Guillaume travaille seul dans son coin et élabore un projet pour se reconnecter au monde sans pour autant réapparaître : l’énigmatique « espace potentiel ». C’est dans le plus grand secret et avec le soutien d’un nouveau venu, l’éditeur Laurent Bodin, qui sera immédiatement sous le charme de ses chansons à la mélancolie féroce, qu’il en dessine les contours. Guillaume retrouve aussi son ancien camarade producteur musical, devenu photographe, Benoit Courti, et décide de lui soumettre une idée : Pourquoi ne pas associer une chanson à une image, les relier le temps de l’écoute et proposer ainsi un temps d’arrêt, de pause dans le tourbillon de la vie ? Il lui a fallu passer tous ces chemins parfois rocailleux, parfois ombragés pour trouver ce son unique et précieux, ce juste accouplement,d’une chanson et d’une image, instantané fugace qui par ce dispositif restera longtemps dans les mémoires.