Janusz

Premier assistant, cadreur et photographe, je passe depuis mon plus jeune âge la plupart de mes vacances dans le Nord. La maison familiale fut pendant la guerre un hôpital militaire, la seule du village à avoir le chauffage central. Ma famille ne fut pas résistante. Même Pas du tout. Mon grand-père regardait d’un mauvais œil que l’on puisse s‘amuser en jouant « à la guerre », avec des armes. Peut-être une certaine culpabilité, de ne pas avoir pu ou voulu en prendre une à l’époque. Nous passions, mes cousins et moi, notre temps à en fabriquer pour se tuer virtuellement, à défaut de jeux vidéo. Un peu plus tard, avec mes amis, nous concoctions dans le garage, des cocktails Molotov que nous lancions au nez des bunkers, face aux falaises blanches d’Angleterre. Les musées du débarquement étaient mes sorties préférées. Jouer à se tuer entre les cadavres d’obus, les tags et les pics de fer rouillés ; bombardés par la pluie salée et la bière acheté en cachette. Entre les histoires du village - toutes dramatiques : enfants débiles, alcoolisme, morts sur la route, violences conjugales, endettement - et le paysage clairsemé de blockhaus, je fus bercé des stigmates de la guerre. D’autre se souviennent d’été au camping des flots bleus, je me rappelle des miens, la mer grise, les bunkers gris, le ciel gris. Et la bière brune, blanche, blonde, rousse, noire.