Les Bourgeois de Kiev

Poitiers, France

C'est au Conservatoire à Rayonnement Régional de Théâtre de Poitiers, que les membres fondateurs de la compagnie se sont rencontrés. En son sein nous avons appris à travailler ensemble autour d'un travail de texte de répertoire, en faisant nos armes avec Shakespeare, Molière, Strindberg, Ibsen, Marivaux, Tchekhov, Beckett, Koltès et des auteurs contemporains vivants tels que Dea Loher, Philippe Malone, Barker, Bond etc... En dehors du conservatoire, certains ont exploré l'univers de l'improvisation théâtrale sous des formes performatives comme les matchs et Catchs d'improvisations. Cette expérience fut fondamentale : d'une part était née un vrai goût pour le travail de l'improvisation mais d'une autre une réelle frustration quant à ses possibilités théâtrales. La nécessité de créer un collectif qui explorerait les richesses de l'improvisation au service d'un théâtre de dramaturgie, nous a paru être une évidence. Ainsi, les premiers pas de la compagnie « Les Bourgeois de Kiev » se sont articulés autour de spectacles d'improvisations de cinq heures. Ces représentations étaient composés de différentes pièces de 30 à 45 minutes autour d'univers d'auteurs que nous avions choisi au préalable. Ces « pièces-longues à canevas» étaient entrecoupées de petite formes d'improvisations performatives seul, en duo ou collectives. Au fur et à mesure des spectacles d'improvisation, nous avons tissé notre univers, nos goûts et nos affinités communes. Le travail d'écriture de plateau et d'improvisation est devenu la pierre angulaire de toutes nos créations. Dans notre travail d'improvisation nous avons choisis des auteurs comme Ibsen, Lars Noren, Beckett, Daniil Harms et l'univers cinématographique du films noir et de gangsters. Ces auteurs interrogent tous les malaises d'une société et de ses individus. Pour nous, Lars Noren pose la question fondamentale du fonctionnement de la famille, socle sociétale si déterminant à la construction d'un individu. Plus particulièrement toute la thématique des non-dits, source d'empêchements et de conflits. Chez Ibsen ce qui nous intéresse c'est de mettre à l'épreuve les mécanismes tirés de ses pièces dites réalistes (Hedda Gabler, Rosmersholm...), notamment tous les doubles jeux que mènent certains personnages pour échapper au jugement de leur entourage, à leur propre mécanisme d'enfermement, leur propre cloisonnement. Nous y avons expérimentés le principe d'appartenance et de positionnement d'un individu dans une société en réponse à l'assimilation parfois aliénante de cette même société sur l'individu. Et la figure de la Femme, personnage central, venant prolonger et densifier cette thématique. C'est aussi les codes sociétaux très précis, les clichés des rapports homme/femme, et les jeux de corruptions infinis qui nous interpèlent dans le genre du film noir. Daniil Harms, quant à lui, remet en cause le fonctionnement de sa société sous le joug de Staline, en opérant de façon dissimulée, codifiée et jouant de « l'apparemment bien », de «l'apparemment normal » pour révéler un disfonctionnement, un bug, c'est de l'absurdisme total. C'est sa forme de langue brute inachevée,ce foisonnement de codes, de langages et de mise en scène complètement incongrues de situations quotidiennes qui nous ont beaucoup inspirés. Enfin chez Beckett, ce qui nous intéresse ce sont principalement les thématiques de l'isolement, du no man's land, de l'incompatibilité de cohabiter ensemble et les situations sans issues, comme l'attente d'un événement ou d'une personne extérieure venant déterminer et donner un sens à la suite de notre existence.