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Équipe // Quentin Dumay : Né en 1987. Après une licence d’art du spectacle à Paris X-Nanterre, il intègre le département Réalisation Sonore de l’ENSATT sous la direction de Daniel Deshays et Michel Maurer. ConCeptions sonores : King, Malcolm, Baldwin les chemins de la révolte (2009) – sous la direction de Frédéric Leidgens, Anisia Uzeymann et Françoise Lepoix. Q.G (Quartier Général) – Julie Rossello- Rochet, mise en scène de Guillaume Fulconis, Cie Ring Théâtre. «J’ai envisagé le son dans toutes les étapes de son élaboration comme un matériau proposant du jeu au comé- dien et avec lequel il puisse entrer en interaction. Depuis la captation jusqu’à la diffusion et aux outils qui permettent son surgissement, nous avons réfléchi ensemble aux conditions d’existence de chaque événement sonore. Qu’ils aient leur place dans un temps et un espace défini et que les comédiens s’en emparent pour les interpréter. Un individu peut réagir de différentes fa- çons face à un téléphone qui sonne ou un bébé qui pleure. Sa réaction témoignera de sa manière d’être au Monde à cet instant et il me semble que c’est ce que recherche le comédien lorsqu’il rentre sur scène : une manière d’être au Monde à un instant donné, le « Monde » étant ici la scène.» // Noémie Edel : Née en 1987, elle s’oriente tout d’abord vers les arts plastiques. C’est après une licence d’Arts Visuels à l’université Marc bloch de Strasbourg qu’elle décide de se spécialiser dans le costume de scène. Après un apprentissage tech- nique en DMA costumier-réalisateur à Lyon, elle approfondit ses recherches en intégrant la section costumier-con- cepteur à l’ENSATT. «J’ai intégré le projet car j’ai d’emblée été séduite par son aspect expérimental ; la matière dont nous disposions au départ était très simple : trois comédiens et nos yeux, nos sensibilités de concepteurs. Le champ des possibles était énorme. A travers le costume, j’ai cherché à expérimenter avec les comédiens l’effet produit par tel vêtement sur le corps, ce que raconte un textile, comment naît un personnage à la suite d’un changement, mais aussi quels sont les gestes mécaniques de la couture. Le costume est aussi parfois objet d’accidents de manipulation, ou de confrontation avec le corps. C’est un objet de jeu à part entière. Le fait que le texte ne prime pas sur le reste des disciplines laisse d’autant plus de place à la gestuelle, au mouvement, au corps du comédien – et de fait à son rapport au costume. Cette absence de texte nous projette aussi dans un autre théâtre, avec d’autres codes, permettant ainsi au costume de raconter et de se raconter.» // Lucie Gautrain : Née en 1989. Elle intègre la section scénographie à l’ENSATT après trois années d’étude à l’ÉSAA Duperré (Paris). «Issue d’une formation croisant design et arts vivants, mon rapport à l’espace de la représentation se constitue en friction avec le réel et ses composantes ; l’illusion théâtrale à grands frais me semble dépassée. C’est pourquoi je prospecte en m’appuyant autant sur mon observation du monde contemporain, mon expérience de la danse, et mes impressions quotidiennes que sur une culture artistique hétéroclite. Ce projet cristallise une volonté de trouver une méthode d’expression col- lective où la matière poétique naîtrait à la fois de besoins de dire et d’intuitions ; ce qui en ressortirait se structu- rerait et par associations d’idées et par le raisonnement du groupe. La recherche scénographique pour une telle tentative avance également par associations : les objets s’intègrent à une logique combinatoire. Association physique, hybridation, mise en parallèle du sens, de la fonction des éléments amenés sur le plateau, tout converge vers une pluralité du sens de ce que l’on donne à voir, aucune interpréta- tion n’est figée a priori. C’est aussi pour cette raison qu’il m’a paru intéressant d’extraire du réel des objets, porteurs d’une signification précise que l’on va pouvoir détourner, confirmer, modifier. Il ne s’agit donc pas de construire un monde de toutes pièces mais de prendre la réalité comme terrain de jeux. Tout cela donne au travail de l’espace et de l’objet un caractère relatif ; la perte est donc essentielle et rien n’a de nécessité absolue préexistante.» // Mathilde Martinage : Née en 1989, elle intègre après des études d’anglais, de théâtre, et deux années passées au conservatoire du 8ème à Paris sous la direction de Marc Ernotte et Elizabeth Tamaris, le dépar- tement comédien de l’ENSATT. Elle travaille sous la direction d’Olivier Maurin, Philippe Delaigue, Agnès Dewitte, Christian Schiaretti, Alain Françon, Ariane Mnouchkine, Sophie Loucachevsky, Pierre Guillois, Arpad Schilling. «Le travail de Password consistait pour nous à s’emparer des matières, des pensées, des situations imaginées par les concepteurs et de les investir par le corps et la voix. C’est un peu vertigi- neux de se voir couper d’une narration, d’une histoire racontée à l’avance. C’est une forme qui se construit en partageant l’imaginaire et les interrogations de chacun, pour aboutir à une histoire collective. Il s’agit de se laisser guider par d’autres sens en réagissant à ce que l’on entend et à ce que l’on voit . Ce qui m’intéresse particulièrement et me touche c’est que c’est un théâtre qui se fait ensemble, qui se construit chaque jour de ce que nous vivons, voyons et entendons. Par ce travail, j’ai l’impression de parler et de questionner le monde d’aujourd’hui.» // Florent Penide : Né en 1987. Après des études d’audio- visuel dans l’exploitation des supports où il apprend les techniques liées à la vidéo-captation et la vidéo-diffusion, il entre à l’ENSATT en régie lumière. Il travail régulièrement pour une compa- gnie de théâtre d’improvisation et pour un festival de musique baroque. «Pour Fragment(s), devenu Password : s.o.s., la lumière se devait d’être une matière à jouer, à l’égal du texte, et des autres composantes du théâtre. L’objectif étant la recherche de l’ins- tant, de la connivence avec le public, j’ai travaillé sur la limite de la distinction chez le spectateur. Que la lumière soit un guide pour le regard sans qu’elle prenne en charge des espaces ou des temporalités. Elle reste donc simple, épurée mais modulable, à bords flous, pour qu’à chaque instant je puisse suivre le jeu et ces variantes quotidiennes.» // Julie Rossello-Rochet : Née en 1987, elle intègre après des études de Droit, de Lettres Modernes et d’espagnol à Lyon, Montréal et Madrid, le département d’écriture dramatique de l’ENSATT sous la direction d’Enzo Cormann et Mathieu bertholet. En pa- rallèle de sa formation à l’ENSATT, elle suit des Etudes théâtrales à l’Univer- sité Lumière Lyon 2. Textes : Valse, (2008), commande de Lucie Rébéré, Cons. Vème arrondissement, Paris, festival «Second Sight» à Saint- Ouen ; Zone (2010), mes. Guillaume Fulco- nis, Exposition universelle de Shanghai ; Cage (pièce pour marionnettes, 2011), commande Eloi Recoing ; Q. G. (Quartier Général), mise en scène de Guillaume Fulconis, Cie Ring Théâtre, Théâtre 145, Grenoble et TNP, Lyon. «Le travail de recherche entamé avec Quentin Dumay et l’équipe de Fragment(s) vient questionner le théâ- tre de sens et interroge la perception du spectateur. Il ne s’agit pas d’un théâtre de texte, c’est sans doute, et paradoxalement, pour cela que ce tra- vail me nourrit ; il m’interroge sans cesse quant à la nécessité de l’expres- sion par les mots. (...) Les propositions dramatiques des trois comédiens s’élaborent à partir de celles de chacun des concepteurs de l’équipe (un réalisateur son, une cos- tumière, une scénographe et un éclairagiste), il s’agit de voir comment le comédien entre en interaction avec la matière proposée. Mon travail est donc d’abord celui d’observateur, ensuite vient le temps de l’agrémentation par le mot, comme des touches de peintu- re qui seraient rajoutées à la dernière minute au tableau.» // La Compagnie Ring-Théâtre (qui accueille le projet Password) : Le Ring-Théâtre s’est formé en 2009 autour de jeunes comédiens sortis du conservatoire d’art dramatique de Grenoble. Après la création de leur premier spectacle, Hollywood, ils partent poursuivre leur formation dans différentes écoles supérieures de théâtre (à Lyon, Montpellier, Saint Etienne...) avec l’intention de se retrouver à la sortie. Au gré des rencontres de chacun, le collectif de travail s’élargit : des nouveaux comédiens, une auteur, une scénographe, un créateur son, un éclairagiste rejoignent l’équipe. Avec ces personnes d’horizons divers, les aspirations, les esthétiques, les propos se diversifient. Tantôt complémentaires, tantôt contradictoires... mais avec toujours la volonté partagée d’un théâtre actuel qui questionne son époque et s’efforce d’engager un débat avec la «cité» dans son ensemble, héritier en cela du théâtre populaire et de la décentralisation. Pourquoi le ring ? Parce que nous croyons que le théâtre est le lieu d’un conflit. Parce que l’opposition permet de penser. Parce que la prétendue “fin des idéologies” nous apparaît trop souvent comme un nouveau visage de l’éternelle raison du plus fort. Parce que nous préférons la considération pour le vrai adversaire à l’indifférence polie du consensus. Pourquoi le ring ? Parce que nous pensons que le théâtre n’a pas à rougir de ses origines spectaculaires. Parce qu’il doit plus que jamais rester un lieu de réunion populaire et festive. Parce que le divertissement n’exclue pas la pensée et l’intelligence. Parce que voir le lieu du débat se réduire à l’arène des talk-shows télévisés nous attriste profondément. Parce qu’il s’agit de se passionner pour le combat des idées comme on suivrait un match de “bonne boxe”. Pourquoi le ring ? Parce que nous voulons un théâtre de lutte et de fair-play. De provocation et d’élégance. Un théâtre pour ceux qui ne seraient pas encore “revenus de tout”...