Cette enquête sur la sexualité fait l'objet d'un film documentaire que nous voulons réaliser cet été en France. C'est tout au long d'un parcours sur le littoral français que nous voulons interroger les français sur des questions relatives à la/leur sexualité. Notre réflexion vise à mettre en évidence les contraintes auxquelles nous sommes soumis en permanence sur le plan sexuel. Contraintes physiques, morales ou économiques nous voulons démontrer que notre sexualité est en train de nous échapper et les dangers que nous encourons à continuer sur cette voie.

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The project

Synopsis

Tout comme Pasolini en 1963, se présentait tel un  « commis voyageur parcourant l'Italie pour sonder les italiens sur leurs goûts sexuels », nous souhaiterions faire de même l’espace d’un été : sonder les français sur les questions sexuelles en parcourant les plages du littoral du nord au sud.

Equipe

Réalisation: Vanessa Bonnet

Image: Flore Bleiberg

Son: Simon Hannin

Réflexion préliminaire

Aujourd’hui, plus rien ne semble pouvoir choquer. Internet nous inonde d’images pornos, la télé ne se gène plus pour dévoiler les problèmes sexuels de qui veut bien les étaler et nous assaille de ses publicités obscènes, dans la presse, les jeunes femmes sont présentées comme de véritables icones sexuelles, le sexe se dissimule partout derrière ces images qui hantent notre quotidien.

Parallèlement, on constate de plus en plus une tendance, des hommes et des femmes,  à se livrer, à s’avouer, à s’afficher ; la prévention est devenue affaire nationale et les discriminations et atteintes faites à autrui punissables par la loi. Et malgré quelques difficultés d’acceptation de certaines pratiques déviantes ou d’incontrôlables dérives morbides, tout porte à croire que nos efforts de justice et d’égalité nous guident vers la voie pour atteindre cette liberté tant espérée, cet endroit utopique où chacun pourrait vivre sa sexualité sans tabous et avec confiance.

Mais cette liberté est-elle vraiment tangible en chacun? Ou n’est-ce pas plutôt ce que l’on nous fait croire ? Appréhendons-nous réellement le sexe sans tabous, sans pudeur et sans préjugés ? Comment peut-on agir librement dans nos corps quand on sait toutes les normes que nous nous sommes (inconsciemment ou non) imposées ?

Si on part de ce principe que le sexe est un concept universel qui nous défini en tant qu’être humain soumis à des pulsions, des instincts animés par des désirs d’amour, de violence, de pouvoir et de tendresse. Qu’il se situe donc au-delà de tous concepts moraux, esthétiques et idéologiques, puisque ne répondant qu’aux seules lois de la nature ; comment peut-on prétendre être véritablement libre sexuellement dans nos sociétés où le sexe lui-même est régi par la loi, par l’économie, par les médias, par l’industrie de la pornographie et la morale?

Réflexion à priori élémentaire mais qui nous pousse à nous demander comment font les hommes pour parvenir à vivre avec ce compromis permanent ? D’autant plus dans une société où le sexe n’est plus seulement un acte soumis à des réglementations mais aussi a acquis une valeur marchande indéniable ?

Ces hommes de loi, journaleux, businessmen et dictateurs de l’image et de la pensée, nous laissent espérer- en nous donnant des bribes de liberté conditionnée - une raison de croire que nous sommes maîtres de notre corps et de notre sexualité. Mais les normes sociopolitiques et le marché imposent leur tyrannie : avec des lois absurdes et contradictoires. Pas de racolage pour les prostituées. A la télé des publicités vulgaires, mais pas de sexe avant minuit. Libre accès des images pornographiques sur internet mais pas d’atteinte à la pudeur. Enfin la politique, faisant de ses lois les grandes garantes de l’intimité, se retrouve aujourd’hui enlisée dans des scandales toujours plus crapuleux.

Des classifications complexes voient le jour : hard-sex, sex-friend, Gonzo, érotisme, porno-chic etc... Des genres ont été bien établis : le sexe pour les gays, le sexe à plusieurs, le sadomasochisme, la bombe sexuelle. Des guides pour bien jouir, des manuels du sexe oral, le sexe pour les nuls, des sextoys suréquipés ont été inventés.

Cercle vicieux et machination absurde où l’homme est à la fois gavé, inondé, mal informé, trop informé, abusé, contaminé et pour finir réprimé.

C’est pourquoi dans ce système infernal, il a semblé prudent à l’homme de se coller des étiquettes, de se définir conforme, normal, sain ou déviant selon les cas. La chose est désormais soumise à classifications.

A celui qui s’essaye un peu trop, il sera vite taxé de Dom Juan, de salope ou d’obsédé. Il nous faut, sans cesse, nous ranger, nous cataloguer pour trouver notre place dans les rayons de la société. Nos attributs permettent de nous reconnaître dans la masse. Nous nous copions pour mieux nous ressembler, pour mieux entrer dans une case, correspondre à un style et être sûr de trouver sa place dans un monde où tout est normalisé. Et dans cette société d’étiquettes et de codes barre, plus question de ne pas porter les siens sous peine d’être non-identifié donc inexistant.

Nous portons tous les stigmates de cette « société de l’apparence »,  nous sommes devenus des poupées habillées par les tendances de la mode, des idoles en silicone, des pantins en slim ou en casquette, des monstres obèses en survêtements, des obsédés de notre propre image dans tout ce qu’elle contient de sexuelle.

Et inutile de glisser dans l’amalgame pour entrevoir à quel point notre personnalité est limitée et loin de cette curiosité naïve et primaire qui font de nous des êtres uniques.

Parce que ressembler aux autres est plus facile que de chercher et montrer qui l’on est vraiment, nous nous fondons sans cesse dans la masse et avons cessé de réfléchir pour nous-mêmes.

Les règles de la société laissent-elles encore une place à la nature de l’individu, à l’expression de ses pensées profondes et primitives ? L’homme parvient-il encore à lutter pour préserver en lui ses mystérieux secrets ? Ou les souillures du monde sont-elles déjà parvenues à tout effacer ?

La sexualité étant selon moi, une chose universelle qui définit les hommes entre eux, elle est révélatrice de bien des maux, et symbole d’un mal-être qui nous menace tous. Voilà pourquoi l’idée de mener cette enquête me semble utile et il est important qu’elle soit retraduite à notre époque où je pense, la frustration reste le plus grand malaise de notre siècle.

 

L’idée 

La sexualité définit, dès le plus jeune âge, notre comportement : nous y sommes tous confrontés. Il est donc possible d’aborder le « problème de la sexualité» avec chaque personne qui veut bien en parler.  Le documentaire, dans sa réalisation spontanée et simultanée avec le réel opérera sa sélection arbitraire, faite de hasards, de rencontres et de discussions.  L’idée première, mais également celle qui animait Pasolini, étant de dépeindre fidèlement la société et d’offrir un tableau dès plus réaliste de l’époque. A la moitié de son enquête, Pasolini constate un manque indéniable, celui de ne pas représenter la bourgeoisie qui presque systématiquement refuse de s’exposer à la caméra. A mon tour, je devrais veiller à cette donnée, et établir mes approches en fonction de ce qui vient à moi et aussi en fonction de ce qui ne vient pas. Car à travers les personnages représentés, c’est toute une classe qui peut s’identifier. Et cette représentation populaire sera révélatrice d’elle-même dans ce qu’elle cache, ce qu’elle ignore et ce qu’elle décrit. Il est important pour ma part de toujours garder un regard compatissant et ne jamais laisser paraître de jugement de valeur. Toute la relation naîtra du discours entretenu ensemble, dans ce jeu de questions-réponses.

 

Les lieux

Nous avons choisi la plage comme lieu de prédilection pour mener notre enquête, et la période estivale de juillet, comme saison propice pour tourner. De jour comme de nuit, nous voulons parcourir les côtes sablonneuses et au fil des rencontres, filmer les corps avec la rigueur d’un portraitiste.

Nous nous déplacerons en Van Californien, un moyen peu onéreux et pratique qui permet de se déplacer facilement et sans contraintes. Nous suivrons un itinéraire établi qui servira de ligne de conduite à un parcours étalé sur deux semaines et long d’environ 2000km (voir cartes) mais qui est encore passible de changements.

Le but premier étant de parcourir le littoral du Sud au Nord en passant par l’Ouest. Grâce à notre véhicule, s’arrêter où on le souhaite, avec cette vigilance toujours en tête de dépeindre au mieux les spécificités de chaque territoire et des gens qui s’y trouvent, toujours dans le microcosme de la station balnéaire. Des zones plus reculées aux grandes plages touristiques, nous voulons ouvrir au maximum l’étendu de nos rencontres. Des vacanciers aux saisonniers, nous pensons que la plage a cette capacité à réunir les gens sans pourtant qu’ils appartiennent au même milieu.

 

L’atmosphère

L’ambiance solaire de notre film est à prendre au sens littéral du terme, les gens pour la plupart seront exposés au soleil, étendus sur la plage, livrant leurs corps aux rayons invisibles mais brulants d’un astre qui, dit-on, est source de bien des désirs.

Entre le soleil au zénith et l’atmosphère douce du soleil déclinant, les esprits s’échauffent aux rythmes des vagues et des boissons consommées dans l’insouciant climat des vacances. La peau rosie par le soleil frissonne à la moindre brise légère, les pensées divaguent dans le mouvement calme du temps et le foisonnement de la station balnéaire.

Le temps solaire opère donc un décalage dans la réalisation des interviews, puisque la relation tissée en plein jour avec des interlocuteurs exposés au grand public de la plage sera certainement moins complice que celle faite à la nuit tombante. Et quand on en arrive aux confidences ou aux allusions, cela se fait le plus souvent au détour d’un apéritif ou d’une soirée en plein air, dans le calme joyeux d’une réunion amicale. Je pense me laisser la possibilité d’intégrer à cette fresque sociale quelques portraits plus individuels, résultant de rencontres plus personnelles, de relations plus complices qui représenteront certainement les souvenirs émus, joyeux ou incongrus de ce voyage.

Photographies de Martin Parr, "playas"

Why fund it?

Notre film est financé partiellement par le F.I.J (Fond d'intervention Jeunesse en Pays de la Loire) seulement nous avons besoin encore de fonds pour le tournage mais aussi et surtout pour la post-prduction et pour la diffusion du film.Les fonds récoltés serviront à compléter le finacement du tournage et toute la postproduction du film. Pour cela 1500€ est encore nécessaire pour que nous puissions réaliser notre projet.

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La réalisatrice Vanessa Bonnet a suivi une formation de comédienne à Paris, à l’Ecole de la Comédie des Champs Elysées. Durant la dernière année de sa formation, elle jouera dans deux spectacles, Les Enfants, d’Edward Bond mis en scène par Vincent Poirier et l’Ecole des femmes d’Aristophane mis en scène par François Kergourlay, au Studio des Champs... See more

Newest comments

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Bonjour, un an plus tard, où en est le projet ? Merci.
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GO GO GOOOOO !
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Bravo pour ce projet intéressant, d'actualité. Bizzzzz