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Mercredi 28 mai, à Calais, ils se sont à nouveau trouvés face à face. À l'aube, des dizaines de CRS ont encerclé des centaines de migrants. Sur ordre de la préfecture du Pas-de-Calais, ils les ont obligés à quitter leurs camps de fortune. Et dans les prochaines semaines, les mêmes CRS poursuivront les mêmes migrants, forcés de trouver refuge sous des ponts ou dans des parcs. Ce que faisaient déjà nombre d'entre eux qui ne souhaitaient pas se retrouver dans des campements. « Vous imaginez à quoi nous en sommes réduits : demander aux autorités locales de ne pas chasser les migrants, de les laisser dormir sous les ponts, leur seul abri », confiait il y a quelques semaines Christian Salomé, responsable de l'association l'Auberge des Migrants.

 

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Crédits SIPA

 

En 2002, le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, avait fermé le centre d'accueil de la Croix-Rouge de Sangatte, commune voisine de Calais d'où partent les ferries et l'Eurostar pour l'Angleterre. Et déclaré : «Nous mettons fin à un symbole d’appel d’air de l’immigration clandestine dans le monde. » Depuis, les migrants continuent à affluer en nombre, et les conditions sanitaires se détériorent. La situation repose quasi essentiellement sur la présence d'associations, nationales et locales (Médecins du Monde, Secours catholique, Salam, l'Auberge des Migrants...), qui offrent vêtements, nourriture et soins. Un repas par jour, cinq douches... pour cinq cents personnes, sans compter les maladies qui se développent à grande vitesse, comme la gale, apparue récemment.

Quelques jours avant cette opération de police décidée par le ministère de l'Intérieur, nous avions rencontré un soutien actif des migrants depuis plus de quinze ans, Jean-Pierre Boutoille.

 

Aujourd'hui prêtre à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), il a longtemps officié à Calais où il a été pendant plusieurs années le porte-parole des associations sur ce sujet. Son franc-parler et son interpellation constante et vigoureuse des politiques font parfois débat parmi les associations, mais révèlent une colère sincère. L'entretien qu'il nous a accordé annonçait déjà la radicalisation à venir. Alors que les associations se retrouvent seules à gérer cette situation, et pour mettre les politiques face à leurs responsabilités, il en appelle à une grève des bénévoles.

 

Propos recueillis pas Martin Brésis et Nina Robert.

 

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