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Article paru dans Saphirs News le 25 mai : A Tombouctoun un savoir vivre l'islam quise transmet par les bibliothèques

 

Les événements de 2012 dans le Nord Mali ont attiré l’attention de l’opinion publique mondiale sur les fameux manuscrits du désert, autrefois transportés par les caravanes sur les routes commerciales. Dans Tombouctou, ville réputée être protégée par 333 saints, se vit depuis le XIe siècle un islam ouvert, nourri des sagesses venues d’Andalousie, de Bagdad, de Damas, du Caire et produites sur place grâce à la présence de nombreux savants et maîtres spirituels… Chaque famille de lettré fondateur d’une bibliothèque est comme un « écomusée » vivant d’un savoir vivre l’islam nourri aux meilleures sources. Portraits de l'une d'elles.

 

 

Abdoulwahid Haidara, maître d’arabe à Tombouctou, est héritier de la bibliothèque Mohammed Tahar, du nom de son fondateur, au XIIIe siècle, un savant lettré né à Arouane au nord du Mali, une oasis aujourd’hui envahie par les sables.

 

Tous les efforts mis en œuvre depuis une dizaine d’années pour sauvegarder les manuscrits familiaux (plus de 2 500) sont partis en fumée pendant l’occupation des rebelles en 2012. L’explosion d’une voiture piégée à quelques mètres de la bibliothèque a sapé les murs qui venaient d’être restaurés, les pluies en ont endommagé le toit, et les manuscrits dissimulés dans des malles enterrées ont souffert de ce traitement d’urgence.

 

Père de quatre enfants, âgé d’une quarantaine d’années, chargé de famille (nièces, neveux, cousins…), Abdoulwahid fait face à de réelles difficultés pour faire vivre les siens et sauvegarder la bibliothèque. Elle a été constituée par son ancêtre, un grand connaisseur du Coran et des hadiths, maître d’exégèse, copiste et correcteur renommé en son temps.

 

A Tombouctou, un savoir vivre l’islam qui se transmet par les bibliothèques

Des secrets de famille à préserver

Comme de nombreux Tombouctiens, Abdoulwahid a été élevé dans un esprit de piété, d’ouverture et de tolérance. Environ 14 ethnies cohabitent à Tombouctou en bonne intelligence grâce à l’action convergente des trois imams principaux de la ville : ceux de la mosquée Djingareiber, de la mosquée Sankoré et de la mosquée Sidi Yahiya, qui fut endommagée par les rebelles pendant l’occupation.

 

Leur guidance bienveillante, comme on le voit dans le film Timbuktu, a joué un grand rôle pour préserver un esprit de solidarité fondé sur le principe du respect de l’autre incarné dans « des classes d’âges » : tous les enfants nés la même année sont liés par une solidarité en cas de problème, quelle que soit leur origine ethnique.

 

Dans les années 1970, quand l’Unesco, conscient des trésors menacés contenus dans les bibliothèques familiales – il en existe des dizaines –, a permis de créer un centre de préservation des manuscrits, les familles, comme celle d’Abdoulwahid, ont hésité à confier leurs possessions et ont préféré les garder pour les restaurer elles-mêmes. Une réaction facile à comprendre quand on sait que ces manuscrits sont investis d’une baraka protectrice particulière, et qu’ils contiennent parfois des secrets que personne ne souhaite voir dispersés aux quatre vents…

 

A commencé alors pour Abdoulwahid un chemin difficile. Les moyens nécessaires à la protection de ses précieux manuscrits manquent totalement à Tombouctou, sauf pour de rares bibliothèques soutenues par des fonds européens ou américains. Avant l’invasion de 2012, Tombouctou commençait à susciter un tourisme « généalogique » : des chercheurs et des touristes venaient du Golfe, du Moyen-Orient, d’Amérique ou d’Asie pour trouver des textes rares parlant de leurs racines ancestrales. Mais, depuis 2012, toutes les bibliothèques sont tombées en sommeil, leurs manuscrits parfois transportés et entreposés jusqu’à Bamako.

 

A Tombouctou, un savoir vivre l’islam qui se transmet par les bibliothèques

Des messages vivants

Des membres de l’association française Les Amis d’Eva de Vitray Meyerovitch ont eu l’occasion de découvrir en 2006 la situation des manuscrits de la bibliothèque Mohammed Tahar et ont décidé de lancer en 2015 une campagne de crowdfunding (mécénat participatif) pour attirer l’attention du public européen sur l’urgence à ne pas laisser disparaître ces témoins d’une sagesse qui, au contraire, doivent se diffuser.

 

Un émissaire envoyé par l’association en janvier 2015, le photographe Abdou Diouri, a mis au point, avec la famille d’Abdoulwahid et quelques propriétaires de bibliothèques, un système de numérisation des contenus à partir d’un iPhone.

 

C’est l’occasion d’une expérience innovante et équitable car la rencontre avec la famille d’Abdoulwahid nous fait découvrir une manière d’être au monde, un état d’esprit et un mode de vie nourri de l’islam humain et universel : tous les participants à la campagne de récolte de fonds pour la bibliothèque Mohammed Tahar pourront recevoir, en fonction de leur don, une œuvre originale composée par les copistes de la famille (Abdoulwahid, ses cousins Waly, Judna et Baba Sidiyaje, sa cousine Lalla Moulaty formée à la calligraphie selon les règles de l’art). Ces œuvres originales sont puisées dans les paroles de sagesse de Hadj Omar Tall, un souverain toucouleur de Guinée, érudit musulman partisan de la paix et de la réconciliation.

 

Une mobilisation générale

Désireuse de se réapproprier son patrimoine et de le faire connaître au monde après les événements de 2012, toute la famille s’est mobilisée pendant des semaines pour créer, composer, des calligraphies originales inspirées des enluminures et des textes appartenant à la bibliothèque familiale. Les enfants d’Abdoulwahid ont eux-mêmes préparé les encres à partir d’ingrédients traditionnels, safran, charbon, gomme arabique… et calames de Taouedni.

 

C’est peut-être là l’un des effets positifs de l’occupation : tous les membres de la famille de Mohammed Tahar ont pris conscience qu’ils possédaient des savoirs qui demandaient à être mis en valeur et proposés comme dépôts sacrés pour une transmission d’âme à âme au-delà des frontières. Comme un message de paix et d’amour venu du passé et préservé jalousement par des héritiers conscients de cette richesse. Alors que pendant des siècles les manuscrits ont été cachés aux étrangers, cette famille, comme beaucoup d’autres, prend conscience de ce qu’elle a à transmettre à l’humanité au moment où des forces régressives mettent les vraies valeurs en danger.

 

La vision d’un avenir de paix et de partage, chacun peut y contribuer à construire en cofinançant le projet.

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Quel est le lien entre le poète mystique Rûmî, en Turquie, et une petite bibliothèque privée de manuscrits à Tombouctou ?

 

Découvrez- le dans l'article de Marie-Odile Delacour :

 

http://www.saphirnews.com/Des-vers-de-Rumi-a-l-or-de-Tombouctou-sauver-le-patrimoine-islamique_a20612.html

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Clara Murner, membre de l'association des "Amis d'Eva de-Vitray Meyerovitch" a entrepris l'édition scientifique et la traduction en français d'un manuscrit inédit dont une copie est conservée dans la bibliothèque "Mohamed Tahar". Elle nous le présente ici :

 

L'auteur de ce texte, Alî b. Maymûn b. Abî Bakr al-Idrîsî al-Maghribî est né en 1450 et mort en 1511. Il est d’origine berbère mais son lignage le rattache à Alî.

 

Dans sa jeunesse, il aurait été émir d’une branche de la tribu des Banû Rashid du djebel Ghumara et y aurait renoncé, n’ayant pas réussi à imposer l’interdiction du vin à cette tribu. Il quitte Fes en 1495 et se rend dans la région du Caire, puis à Damas, Alep, La Mecque et Brousse. Il s’installe enfin à Damas où il meurt en 1511. Il a écrit huit traités dans le domaine du tasawwuf, dont la Risâla al-maymûniyya fî tawhîd al-jurûmiyya, rédigée en sha‘bân 1509.

 

C’est cet ouvrage inédit que nous nous proposons de traduire (La Grammaire du coeur. Traité d’Ibn Maymûn sur l’unicité d’après la Jurûmiyya).

 

Le manuscrit de la Risâla al-maymûniyya fî tawhid al-jurûmiyya conservé dans la bibliothèque d’Abdoulwahid Haidara contient 80 pages (40 folios). La copie, de style calligraphique maghribî est exécutée « de la main de ‘Ubayd Allâh ». C’est une belle écriture, très esthétique et harmonieuse, avec des hampes spectaculaires mais toujours dans une cohérence de l’ensemble. Le calame utilisé est fin, il a peu de pleins et de déliés. Le style maghribî est caractérisé par une graphie droite, des traits réguliers, des verticales modestes.

 

Ce traité semble avoir eu une certaine importance car on connaît à ce jour quatre autres copies : deux à Berlin à la Bibliothèque Royale, une autre au Caire, et une quatrième, partielle, à Rabat. Il s’agit d’un commentaire théologique (sharḥ) du célèbre livre de grammaire d’Ibn Âjurrûm (auteur du XIVe siècle), et pour être plus précise, d’un traité sur les rapports entre le cheikh et son disciple.

 

La jurûmiyya est un petit livre de description des règles de la grammaire arabe composé à La Mecque par Ibn Âjurrûm, alias cheikh al-Sinhâjî de la tribu berbère des Sinhâj (m.1324). Ce petit livre présentant la grammaire arabe d’une manière simplifiée et pédagogique est devenu célèbre dans le monde arabo-musulman et a donné lieu à de nombreux commentaires. La grammaire traditionnelle de la Jurûmiyya continue d’être enseignée de nos jours dans les pays arabes. Ce succès provient du statut sacré de la langue arabe chez les musulmans (voir le verset : idhâ qaḍâ amran fa-innamâ yaqûlu lahu kun fa-yakûn (« Lorsque Dieu a décrété une chose, Il lui dit seulement “soit” et elle est. ») (Coran, III, 45-47). En effet, la parole, la langue, les mots, les lettres, ont une fonction créative et agissante. Il est par conséquent essentiel de comprendre le mieux possible le fonctionnement de la langue dans cette perspective pour accéder au noyau signifiant.

 

Le commentaire d’Ibn Maymûn, rédigé au début du XVIe siècle, s’inscrit dans cette perspective. Il consiste en un approfondissement des règles linguistiques syntaxiques exposées par Ibn Âjurrûm dans le contexte mystique. C’est en réalité une quête du sens qui est recherchée par l’auteur avec un focus sur les rapports entre maître et disciple et « les conditions et l’éthique de la voie ».

 

Il se présente sous la forme de nombreuses citations du Coran et de hadiths, suivies du commentaire proprement dit qui consiste à opérer un parallélisme entre les textes cités (aṣl) et un passage de la Jurûmiyya. Ce qui situe le genre dans le commentaire mystique de la grammaire arabe.

L’auteur définit lui-même son point de vue sur le langage, en rapport avec l’essence divine, au début du manuscrit :

 

« Le langage est la parole articulée en vue de sa compréhension. Sache qu’il y a deux sortes de langages, l’éternel et le créé, tous deux spécifiques...

Et les existants sont en totalité les actions d’Allâh, la création d’Allâh et la fabrication d’Allâh qui crée à la perfection toutes choses. »        

                               

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Abdoulwahid l'actuel représentant de la bibliothèque Mohamed Tahar, nous fait partager ses impressions sur le retour de mission de l'asso à Tombouctou...