Contribuez à la réalisation d'un film sur Les Cireurs de La Paz (Bolivie) : la rencontre du cinéma et de l'enquête anthropologique !


Disponible

 

Dans tous les films de Michèle, il y a un compte à rebours : "one, two, free, four" dans PH<007, lancé-chanté par un enfant au milieu de Pey Harry. 

 

Plus que quatre heures de collecte, et le Kiss Kiss sera terminé ! Y aura-t-il encore des kisskissbankers ?

 

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Merci à tous ! 

 

Amélie.

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05 Jul

Lundi Matin

 

Lundi Matin, on avait tout reçu pour le matériel caméra, dont la dernière arrivée, une sorte d’épaulière pour gagner en stabilité lors de la prise de vue.

 

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C’était hier matin. Je suis aussi allée chercher une batterie supplémentaire.

On a également reçu quelques cartes mémoires SDHC car la vidéo HD, ça prend de la place, beaucoup de place. Non pas de la pellicule argentique, mais des bits, des bytes et des mégaoctets et même plutôt 2 To, volume à peu près de nos rushes à venir (j’ai un peu de place sur mon ordinateur au cas où).

J’ai également reçu une rycote autrement appelé « chien » ou encore « deadcat ». C’est une sorte de bonnette à poils pour le micro, afin de pouvoir prendre du son en plein vent (sans exagérer).

Je tiens d’ailleurs à remercier ceux qui m’ont accompagnée dans ce lent chemin vers l’équipement, qu’ils lisent ou non ce message.

 

 

Le départ approche. Pour ma part, cela fait longtemps que je n’ai pas voyagé, si bien que l’idée même de voyage, qui m’a toujours été étrangère, me rappelle néanmoins à quelques faits concrets : prendre l’avion 24 heures, aller dans un pays dont je ne connais pas la langue, et sur un continent qui ne connaît pas mes pieds fragiles.

 

Si je n’ai aucune « hâte » du point de vue du « voyage » car comme Deleuze je crois aux vitesses infinies et aux voyages immobiles, une chose mérite cependant d’être précisée : je vais en Bolivie un peu pour « allez voir » si ce que Colette raconte est vrai, pour ce qu’on pourrait appeler « vérifier ». Voir comment est la Place San Francisco où cire Alecks, voir un match de foot entre cireurs, voir comment Colette s’en sort avec l’enquête. Il s’agit de « voir » ce qui a déjà été « vu ». Et là, je me sens comme Serge Daney, ainsi que l’a si bien décrit Deleuze dans un de ses textes. Il dit du critique des Cahiers du cinéma : « Il fallait que vous alliez ‘’y voir’’ » et même « aller voir Kurosawa au Japon et vérifier comment le vent japonais gonfle les bannières de Ran ». Mais « il n’y a pas de vent ce jour-là », et Daney constate alors « de misérables éoliennes qui vont en tenir lieu, et, miracle, qui vont apporter à l’image ce supplément intérieur indestructible, bref, cette beauté ou cette pensée que l’image ne conserve que parce qu’elles n’existent que dans l’image, parce que l’image les a crées ».

 

Daney, lui, vérifie « que le monde fait bien du cinéma ». Oui, ça pourrait être ça. Mais plus que de voir si le cinéma « existe » dans le monde réel, moi, je me dis plutôt que je vais « saisir » le monde réel dans un film. Un des enjeux étant de trouver cette poésie du réel (les éoliennes à la place du drapeau au vent) mais aussi les points de vue de chacun sur ce dernier.

 

Amélie.

 

 

Vous pouvez lire le texte « Optimisme, Pessimisme et Voyage » consacré à Serge Daney dans Gilles Deleuze, Pourparlers, Les Editions de Minuit, Paris, 1990/2003.

 

 

Disponible

Certains d’entre vous ont (déjà) manifesté leur plaisir de recevoir nos messages. Et ce n’est qu’un début ! Car nous sommes bien décidées à nous surpasser pour vous! Cette expérience de partage est très stimulante.

« Ton rôle, c’est d’être l’anthropologue qui enquête ! » Voilà, je sais désormais un peu mieux me situer dans cette expérience nouvelle qu’est le documentaire. Michèle et Amélie s’affairent sur des questions de matériel auxquelles je n’entends rien… « Je ne fais rien sans plaisir ! » aime à nous répéter, citant Montaigne, un de nos proches amis. Alors moi, l’anthropologue, qu’est-ce qui m’enthousiasme ?

Je mesure d’abord ma chance de participer à toutes les étapes de la réalisation de ce film, partie prenante du tournage, observatrice attentive plus tard de l’écriture, du montage jusqu’à la projection. J’ai hâte de découvrir leur univers. Mais aussi de retrouver Alecks, Coleth, les cireurs. De revenir à La Paz, de voir le téléphérique qui était juste en projet lors de mon dernier voyage…

J’envisage aussi de faire un article sur les bénévoles allemands qui travaillent auprès des cireurs pendant une année. Par chance, le départ des uns et l’arrivée des autres s’opèrent au mois de juillet. J’ai pu constater les effusions des adieux (puis  les rancœurs  exprimées en privé par les cireurs) et les opérations de séduction de ces mêmes cireurs qui tournent  autour des arrivants comme des abeilles autour d’un pot de confiture.  Mon objectif est de recueillir les propos des partants et des arrivants, ainsi que ceux des cireurs et d’examiner les éventuels décalages dans leurs discours.

Bien sûr, si d’autres opportunités se présentent, je n’hésiterai pas à explorer d’autres pistes de recherche. Nous avons pris le parti de nous laisser guider, porter par l’enquête et les circonstances c’est pourquoi ne vous attendez pas à ce que l’on vous écrive au préalable ce que nous allons faire ou encore ce qui va se passer ! Cette tension de l’enquête en train de se construire, vous la vivrez avec nous et nous comptons réellement sur vos interventions.

 

Colette

Disponible

À ce jour nous avons dépassé le montant que nous nous étions fixé. Mille mercis à tous les Kisskiss Bankeurs ! Nous revenons d’un tournage dans le Sud de la France où j’ai fait la prise de vue en focale fixe, objectif 50 mm. Nous en avons parlé avec Amélie et nous avons fait le choix de privilégier cette focale pour filmer les cireurs, non pas pour filmer Aleks très près et en gros plan mais plutôt pour le filmer en nous approchant de lui, car ce choix de focale oblige à se déplacer vers le sujet…

 

Aussi, il est dit que cette focale est une des moins onéreuse du marché des objectifs. Cependant, celui que nous avons choisi pour faire les images des Cireurs de La Paz est un Panasonic construit par Leica… qui est de très bonne qualité mais qui n’est pas donné, puisqu’il coûte 500 euros. Nous avons fait les comptes pour le matériel de tournage, nous avons déjà dans notre besace un boitier embarqué avec un objectif 12-35 (zoom) et il nous reste encore à acheter l’objectif photographique qui nous fait rêver le 50 mm et plein de consommables types : cartes mémoires, batteries additionnelles, etc.

 

Alors maintenant que nous avons atteint la somme pour le coucher et le manger, les neufs jours qui nous restent, amis Kiss Kiss Bankers, vont servir à finaliser ces derniers achats de matériel tournage ! Merci encore de la confiance et de l’attention que vous portez à notre film Les Cireurs de La Paz.

 

michèle

 

 

Disponible

Merci ! Voilà le premier palier franchi !

 

Les soutiens à venir permettront de financer le matériel dont Amélie et Michèle ont grand besoin !

 

Hier Alecks a répondu à mon message annonçant notre arrivée. Un petit miracle car il m’envoie un mail par an, souvent en juin afin de savoir si je reviens… Il nous attend et, s’il ne parle pas du film dans son message, il est quasi certain que tous les cireurs de La Paz sont déjà au courant. Dans moins de 20 jours, vous partagerez nos retrouvailles !

 

Colette

Disponible

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Ce serait une si bonne surprise qu’il ne soit plus cireur… C’est ce que je me dis à chaque retour…

Originaire de Tarifa (sud de la Bolivie), il est arrivé vers 18 ans à La Paz, dans l’espoir d’y faire des études. Il n’a jamais abandonné ce projet, après l’apprentissage de l’anglais, l’envie de faire une école hôtelière, il apprenait le dessin industriel en 2012. Et maintenant ?

Il a un frère en Amazonie, un autre au Chili et en 2012 il m’a expliqué que sa mère vivait désormais à La Paz. Il ne la voyait pas beaucoup car elle s’occupait surtout de son église évangéliste. C’est tout ce que j’en sais.

En 2006, il me dit au moment de mon départ que s’il avait une fille, il l’appellerait Colette. En 2009, il disait ne pas avoir d’enfant, en 2012 il me présenta ses trois enfants dont l’aînée, née en février 2006 : son deuxième prénom, ajouté après mon passage est… Coleth ! Il comptait alors adopter deux enfants abandonnés qui vivaient dans son camp.

 

 

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Un camp ? Alecks est sans doute la personne la plus malchanceuse qu’il m’ait été donné de connaître. Cocard en 2009 (foot ?), cocard en 2012 (agression), victime de vols, imbroglio sur ses papiers d’identité, sa maison a été emportée par un grave glissement de terrain et, un an après, il était toujours logé dans un camp provisoire, de sommaires cabanes en bois sans confort…

 

 

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Y vit-il encore?

Il n’est pas non plus très fiable, d’ailleurs il a été exclu d’une des grandes compagnies de cireurs. Il est cependant un doux rêveur, gentil et attachant… Et s’il n’était plus cireur ?

 

Colette

 

Disponible

 

 

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1-      Nous ne savons pas nous vendre car nous avons d’autres préoccupations liées à la qualité de notre travail mais, et vous le savez, ceux qui se vendent le mieux ne sont pas toujours ceux qui font un travail de la meilleure qualité…

2-      Nous aimons le collectif. Dans d’autres contextes, nous le privilégions toujours : dans des associations, dans nos milieux professionnels, dans nos relations aux autres.  Ce projet sera réussi si vous êtes très nombreux à le partager avec nous.

3-      Vous avez un réel rôle à jouer : là-bas, nous attendrons vos messages avec impatience car nous enrichirons mutuellement notre réflexion.

4-      Vous pourrez vous autoriser à  poser toutes sortes de questions, même si elles vous semblent naïves ou bêtes : nous ne sommes pas dans le jugement mais dans une démarche d’initiation à l’enquête en train de se faire : profitez-en !

5-      Nous allons travailler en équipe en expérimentant la complémentarité de nos compétences. Nous sommes déjà curieuses de nos différentes manières de travailler, du décalage de nos approches et nous mettrons en partage nos étonnements.

6-      Vous allez vraiment prendre du plaisir !

7-      Grâce à ce projet de collecte, nous avons déjà passé un joli moment avec Chantal, que nous connaissions peu, qui a souhaité en savoir plus de vive voix. Nous avons abordé d’autres sujets tout aussi passionnants ! Bientôt, ma copine Viviane qui débute dans le documentaire va rencontrer Michèle et Amélie, ravies de lui  prodiguer quelques conseils. Par passion. Ces liens qui se tissent valent de l’or (pas de l’argent) pour nous !

8-      Les cireurs, quel intérêt ? Comme le souligne Amélie, c’est effectivement un vrai challenge de filmer des hommes qui portent une casquette surmontée d’une cagoule, utilisent des surnoms, ces hommes qui font autant d’efforts pour disparaître. Et cependant ce « No nos olvidas ! » (« ne nous oublie pas ! ») que certains me lancent quand ils apprennent que j’écris un livre sur eux. Qu’est-ce qui se cache/se joue derrière le mystère de la cagoule ?

9-      L’anthropologie travaille sur la singularité et des relations prolongées, voire profondes. Je connais Alecks depuis 10 ans maintenant, il est à l’origine de mes enquêtes boliviennes. Je vous le présenterai mieux bientôt mais vous allez découvrir un personnage attachant : très pauvre, très malchanceux mais avec un grand cœur : capable d’adopter deux enfants abandonnés alors qu’il en a déjà trois (en 2012) ou de vous offrir un pendentif au moment de votre départ…

10-   A partir des cireurs et de leurs regards (ce peu si fort qu’ils nous donnent à voir) nous allons élargir la focale et appréhender la réalité sociale, politique, syndicale et urbanistique d’une grande métropole, vous vivre cette expérience de l’intérieur avec nous.

Disponible

08 Jun

Live

 

Je voudrais rappeler une situation qu’aucun des participants par internet à l’enquête de Colette Milhé en 2012 ne pourra jamais oublier. Elle allait à la rencontre d’Alecks, un cireur qu’elle avait connu lors d’un passage à La Paz. Arrivée sur place, elle se met à sa recherche et pour cela s’adresse à ceux qu’elle croisait. L’un d’eux lui dit : « il est parti au Brésil ». Dans une large mesure son projet s’effondrait et un certain nombre de correspondants ont vécu « en temps » réel ce désarroi. Pour l’atténuer, je lui avais écrit qu’elle pourrait enquêter sur d’autres.

Puis peu de jours plus tard, Colette est interpellée par un cireur masqué qu’elle ne peut reconnaître. C’était son locuteur privilégié qui autorisait la reprise du projet initial. Il n’avait jamais mis le moindre pied au Brésil…

            Mon seul regret est que les mots, les siens ou ceux des autres, ne puissent reproduire les émotions nées de ces coups de théâtre successifs mais je ne les oublierai jamais. Pourrons- nous en revivre d’analogues cet été à l’occasion de son nouveau projet ?

 

Bernard Traimond-dit-Cazeaux

Disponible

L'enquête participative a déjà une petite histoire. En 2012, Colette en a fait usage dans son enquête auprès des cireurs de chaussures. Un entretien de l'anthropologue sur le blog antropologia éclaire quelques-uns des motifs qui anime le dispositif de l'enquête participative : https://antropologiabordeaux.wordpress.com/2012/05/20/au-coeur-de-lenquete-sur-des-cireurs-de-chaussures-boliviens-entretien-avec-colette-milhe/

 

Aujourd’hui, cette réflexion se poursuit avec le projet d’un quatrième retour en Bolivie et un tournage. Voici un texte rédigé pour l’occasion !

 

 

 

 

De l’incertitude comme moteur de l’action…

 

par Colette Milhé

 

 

L’enquête participative

Bien sûr le dispositif a été inventé sous cette forme en 2012 avec un arrière-fond financier : l’envoi de chroniques était la contrepartie d’une contribution monétaire. Mais grâce notamment à Internet qui a accéléré la communication et effacé les délais postaux, je l’avais déjà expérimenté comme tant d’autres auparavant lors de l’enquête de 2006. J’avais bénéficié des conseils et du recul de mes amis anthropologues.

Dans cet aspect financier, il y a tout de même une dimension importante : la transformation de la contribution qui n’est plus un don mais la rétribution d’une prestation. Nous travaillons pour vous qui nous soutenez. Et vous soutenez ainsi une recherche libre. Mieux, vous pouvez intervenir, par vos remarques, vos questions. Parfois on enquêtera juste pour répondre à l’un de vous, soit en privé soit en intégrant votre question, notre réponse dans une chronique suivante.

Au-delà cet aspect, il y  a la possibilité d’initier à l’anthropologie et de la promouvoir en recourant à des formes nouvelles et créatives. Les retours enthousiastes de 2012 vont dans ce sens : l’expérience permet de vivre la tension et l’incertitude de l’enquête en train de se faire. De mon côté, l’obligation d’écrire et d’avoir du contenu fut un puissant stimulant pour enquêter et surmonter les moments d’abattement. Un remède contre ce qui aurait pu être de l’ennui, seule dans une chambre glaciale à des milliers de kilomètres de mes amis…

Et que dire de la satisfaction de cette écriture à chaud stimulée par cette lecture à chaud ? Car le livre est écrit depuis longtemps maintenant, il n’attend plus que l’édition (elle est annoncée) et pour l’auteur ce temps est long…

 

Joyeux méridiens

J’aime l’anthropologie qui s’amuse. La lecture de Tristes tropiques m’a profondément ennuyée… L’ennui comme marque de sérieux, je n’y adhère pas un instant. J’aime l’anthropologie joyeuse de Nigel Barley, à l’enquête enfermée dans un écrin, je préfère l’enquête les mains dans le cambouis car le cambouis, c’est la « vraie vie » pour reprendre une expression galvaudée. J’aime vibrer en lisant Le vol et la morale de Myriam Congoste, ce petit bout de femme qui a enquêté dans le monde des voleurs, j’aime lire Chauvier qui réinvente à chaque livre l’écriture de l’anthropologie. J’aime l’anthropologie avec de la chair. La crise de l’anthropologie ? Oui, sans doute celle de l’anthropologie triste et sclérosée, celle qui s’(nous) ennuie…

 

Expérimenter…

Nous avons jeté le corset de la prévision, de l’organisation, de la programmation qui nous étreint tout au long de l’année… Seules certitudes, nous partons en Bolivie et nous y resterons 5 semaines environ, notre point de départ, ce seront les cireurs… mais après ? Laisser le hasard nous guider, celui des rencontres, des circonstances, des situations. Le laisser inventer notre voyage. Notre étonnement pour seul guide. Lâcher prise…

Je ne sais pas comment se fabrique un film et là, j’aurai la chance d’en observer tout le processus, du tournage des images à l’écriture puis au montage. L’écriture sera notre point de rencontre, une fascination partagée.

 

 

 

Disponible

Après 5 jours complets de collecte, il nous reste un peu moins de 30 jours pour atteindre notre but initial. 

 

Nous tenons à remercier nos premiers donateurs : Julie Campagne, Bernard Traimond, Frédéric avec un C cédille, Daniela et Isabelle Genty grâce auxquels nous sommes déjà  à 20% du montant que nous avons sollicité via notre Kiss-kiss-bank-banK.

 

Merci à tous !

 

Amélie et Colette.