20 LYCÉENS, UN ATELIER THÉÂTRE : QUAND LA JEUNESSE S'EMPARE DES MOTS D'UNE DÉPORTÉE.

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Présentation détaillée du projet

 

 

Cette année, on commémore le 75ème anniversaire du convoi du 24 janvier 1943 dans lequel 230 femmes ont été déportées à Auschwitz. Seules 49 d'entre elles ont survécu, mais plus aucune n’est là pour raconter ce qu'elles ont vécu. Nous sommes à l'aube de ce moment de notre Histoire dans lequel il n’y aura plus un(e) survivant(e) pour témoigner. La transmission aux générations futures ne se fera plus que par les archives, quelques films et par des écrits, rares et essentiels, comme ceux de Charlotte Delbo. Résistante, femme de lettre et de théâtre, elle faisait partie des 49.

 

 

 

 

Au lycée Rodin, en 2017, commence une aventure. Une vingtaine d'adolescents de Terminale, en option théâtre, tous issus de milieux divers, vont se plonger, pendant un an, dans l'oeuvre de Charlotte Delbo, sous la direction d'une professeure passionnée, Gabrielle Brun. A la première lecture de ces textes, les larmes coulent sur les joues d’Élisa, alors que Chelsy s'extasie sur la puissance des mots. Loïc, lui, est particulièrement impressionné par la description de la solidarité entre ces femmes et espère que leur petite troupe en sera à la hauteur. Faire entrer ses mots en eux, se relier à travers le temps à l'horreur vécue par d'autres, la responsabilité est immense au fur et à mesure qu'ils se rendent compte qu'eux aussi, sont les enfants de cette histoire. 

 

 

 

Au fur et à mesure de l’année, les élèves s'approprient ces textes pour créer leur propre spectacle. Au delà de la force du témoignage sur l'expérience des camps, les textes de l'écrivaine rescapée posent des questions essentielles, inédites pour ces adolescents en pleine découverte d’eux-mêmes.

 

 

 

Les élèves voyagent. Pendant une semaine à Bergame, en milieu d'année, ils partagent leur travail avec d'autres lycéens italiens et les questions se multiplient. Loin de chez eux et de leur quotidien, ils se rapprochent encore les uns des autres et cherchent des réponses communes en eux et autour des valeurs portées par les textes de Charlotte Delbo.

 

Au fur et à mesure, ce travail de création révèle ce qu’ils ont en eux : des liens, des révoltes mais aussi des douleurs. En conjuguant leur propre vécu à la parole de Delbo quelque chose se transforme définitivement en eux et entre eux. Le film raconte cette aventure intime et collective, résultante de la conjugaison entre l’art et la vie. Cette année, Elisa, Chelsy, Loïc et leurs camarades vont vivre une transformation qui les marquera pour toujours. Ils rapporteront les paroles d'une rescapée de la Shoah. A travers elle, leur conscience que cette histoire est aussi la leur s'éveillera.

 

 

 

 

 

 

 

MAINTENANT, BATTONS-NOUS. 

 

Toute la parole de Charlotte Delbo est un hymne à la vie.

 

A la lecture de ses textes, j’ai envie de me battre, envie de vivre… Envie de déplacer des montagnes ! A l’image du personnage de Grisélidis Réal (artiste, écrivain, prostituée) dont j’ai fait le portrait dans mon précédent film, Delbo nous propose de transformer nos faiblesses en forces, de ne pas se soumettre, de résister! Et pour un lycéen, un adulte en devenir, sa parole libératrice devient un atout essentiel.

 


Ses mémoires se conjuguent au futur.  Son idée  n’est  pas de ressasser un passé douloureux mais d’en sortir grandi. Elle a produit, ainsi, de grands textes d’affirmation de la joie, de la création, de l’optimisme. Faire ce film à partir de ses textes et de ces adolescents, c'est armer la jeunesse de cette mémoire.

 

TOUS ENSEMBLE.         ​​​  

 

 

 

 

Les thèmes de l’amitié et de la solidarité entre les femmes déportées traversent toute son oeuvre. Dans Aucun de nous ne reviendra, elle répète à plusieurs reprises que c’est l’amitié avec ses camarades qui lui a permis de survivre.

 

Au lycée Rodin, sur le plateau et au fil de l’année, les relations au sein du groupe se renforcent, le travail créatif les oblige à se souder eux aussi, à s’entraider - car au théâtre, on n’est rien l’un sans l’autre. Les relations entre les élèves se transforment, petit à petit, dans un jeu d’échos avec les paroles qu'ils prononcent.

 

 

Là où notre société veut leur insuffler l'idée de compétition, de concurrence et d'individualisme, j’observe ce groupe d'adolescents  se souder de plus en plus, à travers la création artistique. Pour nos lycéens, c’est une aventure collective qui les marquera à jamais.

 

DE LA NÉCESSITE DE L'ART :

 

 

De retour en France en 1945, convalescente, les gens lui apportent des livres à l’hôpital. Or, ces livres ne l’intéressent pas, ils la dégoûtent presque: “Ces livres ne parlent de rien” écrit-elle.

Dans son œuvre, Charlotte Delbo raconte comment, tous les jours à l’appel dans le camp, elle se récitait Molière, et reconstituait des poèmes jadis appris par cœur, pour tenir le coup. Si elle prouve que la culture peut sauver des vies, elle pose parallèlement la question de celle d’aujourd’hui, la nôtre.

Comment penser ? Comment dire ? Comment transmettre ? Comment continuer à créer face à l'impensable et à l'horreur ? Tout l'enjeux est là, vital. Ces questions m’interpellent à nouveau en tant que cinéaste: Quelle culture faut-il produire aujourd’hui pour raconter le monde? 

 

 

 

 

Pour Grégoire, Pamela, Noa et les autres qui n’ont pas vécu ces heures dramatiques, l’art comme la culture pouvaient apparaître comme secondaires. Mais la lecture de ces textes leur confirme l’importance de cette dimension de leur vie pour (sur)vivre.

 

Faire un film pour eux, pour nous tous. Essayer de redonner un sens collectif au mot "création". C'est tout l'enjeu du travail que j'entreprends avec Gabrielle Brun et les merveilleux jeunes comédiens de sa troupe.

 

 

 

 

 

Pendant la guerre, mon grand père paternel a été fait prisonnier dans des camps en France et en Suisse. Il s’est enfui et s’est réfugié en zone libre. A Nice, il a rencontré ma grand mère qui avait, elle aussi, fui l’Allemagne. Mon père nous a transmise cette histoire dont ses propres parents n’ont que très peu parlé …

 

Dès mon enfance, les grandes images en noir et blanc de “ De Nuremberg à Nuremberg” faisait partie intégrante de ma culture - tout comme “Le journal d’Anne Frank”, “Un sac de billes”…

 

Au fur et à mesure que je grandis, je bâtis ma propre vision de cette Histoire, une vision très différente de celle de mon père et à fortiori de celles de mes grands parents. Et je me demande ce qu’il en sera pour mon fils et pour les générations futures pour qui cette Histoire est de plus en plus lointaine.

 

             

 

Le devoir de mémoire n'est pas qu'un simple principe brandit au milieu de tant d'autres. C'est une prière muette et essentielle des morts aux vivants. La seule façon de construire un avenir meilleur. 

Alors aujourd'hui, vous aussi, vous pouvez nous aider à rapporter ces paroles... et à leur donner les visages rieurs, intenses et vivants, qu'un jour les déportés ont perdu et que Charlotte Delbo a eu l'immense courage de faire renaître.

 

                                    

 

 

 

          

 

 

 

Charlotte Delbo (1913-1985), fille d'immigrés italiens, communiste engagée dans la Résistance française dès 1941, a fait partie en 1943 du «convoi des 31 000», parmi 230 femmes déportées politiques. Elle a alors 30 ans. Son mari, arrêté en même temps qu'elle, vient d'être fusillé. Au milieu de l'horreur d'Auschwitz, elle décide qu'à son retour elle écrira. Ce que ces êtres y ont vécu. Elle sera effectivement l'une des 49 rescapées et dès son retour elle écrit «Aucun de nous ne reviendra». Mais avec une étonnante lucidité, elle sent que les gens ne sont pas encore prêts à entendre ce qu’elle raconte, et elle attend 1965 pour publier ce texte. Il constituera le premier tome d'une trilogie : «Auschwitz et après» (Editions de Minuit). Elle écrira aussi d’autres ouvrages dont plusieurs pièces de théâtre, notamment « Qui rapportera ces paroles ? », pièce pour 24 comédiennes, qui se situe dans un camp.

 

 

 

 

Après avoir obtenu une licence en journalisme, Natacha Giler a décidé de se spécialiser dans le film documentaire. Elle a tourné son premier 52 minutes, “Ngwane, le royaume du Swaziland” en Afrique en 2007. Plus récemment, elle a écrit et réalisé “Grisélidis Réal, carnets de bal”, une exploration dans la vie et le travail de Grisélidis (1929-2005) une femme unique qui était, à la fois, une écrivain populaire et une prostituée révolutionnaire. En 2012, elle a déménagé à New York pendant 3 ans afin d’enrichir son expérience professionnelle. Son film “Woman in the sky”, une autre histoire de femme (américaine) au destin extraordinaire, est actuellement en post-production. Elle est maintenant de retour à Paris et partage son temps entre le montage de documentaires et ses projets de films.

(Site internet: www.natachagiler.com)

 

 

 

"Ce qui nous a touché dans le projet de Natacha Giler, c’est de voir comment l’art peut transformer la vie. A l’image des "Rêves dansants" de Pina Bausch de Ann Linsel et Reiner Hoffman, ou encore de "A voix haute" de Stéphane de Freitas et Ladj Ly, NOUS RAPPORTERONS CES PAROLES offre le spectacle quasi merveilleux d’une transformation : celle d’adolescents souvent intimidés par le groupe qui deviennent des individus légitimes à penser leur monde, leur vie, tout ce qui les fonde et à vivre enfin en société.

 


Ce petit miracle est le fruit d’un travail théâtral porté par une enseignante passionnée, figure centrale du film. Mais c’est d’abord les visages de Noa, de Loïc, d’Elisa et de tous les autres, dont nous suivrons l’évolution pendant un an, jusqu’au spectacle de fin d’année, apothéose de leur parcours en compagnie de Charlotte Delbo.

 

Pour nous ce film est essentiel. Dans la société dans laquelle nous vivons, les textes de Charlotte Delbo résonnent sans fin : on pense aux camps de rétention, aux réfugiés politiques, à la lutte pour la liberté de presse et de parole, aux droit des femmes. Mais on pense aussi au devoir de mémoire, au témoignage sur les valeurs de la vie, au combat pour des idées. Et, surtout, on pense à ce désir et cette force dont elle nous parle pour bâtir un autre monde. NOUS RAPPORTERONS SES PAROLES est donc aujourd’hui un acte important, nécessaire, mais aussi une démarche originale de transmission.

 

Aujourd’hui plus que jamais, il nous semble fondamental d'aller chercher de nouvelles voies d'accès à l’Histoire pour les rapprocher de la jeunesse.

Natacha a à coeur de trouver une forme au film qui soit généreuse et puissante. Nous avons toute confiance en elle, tant elle est habitée par son sujet et par la joie des lycéens qui vivent cette aventure devant sa caméra."

 

Francesca Feder et Arnaud Louvet, producteurs à Aeternam Films

(Aeternam Films sur Unifrance)

À quoi servira la collecte ?

Derniers commentaires

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bravo à tous , spectacle magnifique et émouvant ! vous êtes formidables !
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Tous mes voeux de réussite pour ce beau projet porteur de mémoire er d'espoir. Nous attendons de voir le résultat !
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Bravo pour ce magnifique projet, la jeunesse est notre avenir à tous !