Incroyables Comestibles Poissy

“ Que doit faire une communauté avec la terre qu’elle n’utilise pas ? Planter de la nourriture, bien sûr ! ” Il existe un langage universel qui permet aux citoyens d’interagir différemment, de se reconnecter, de réfléchir autrement aux ressources qu’ils utilisent, d’avoir un nouveau regard sur les espaces qui les entourent, d’oeuvrer pour l’éducation des plus jeunes tout en favorisant l’économie locale et ce, quelque soit la génération, l’origine, la culture, la religion, la catégorie socio-professionnelle à laquelle ils appartiennent. Ce langage, c’est la nourriture ! C’est en ces termes que Pamela Warhurst présente le programme des Incroyables Comestibles qu’elle a initiée avec Mary Clear en 2008 à Todmorden. Avec 15 000 habitants, cette ville située à 20 km au nord de Manchester a vu naître un mouvement qui conquiert chaque jour de nouvelles villes dans le monde entier. L’idée est incroyablement simple et accessible à tous: S’approprier les espaces urbains inutilisés et cultivables pour en faire des potagers produisant une nourriture saine pour tous. A Todmorden, on peut voir pousser des herbes aromatiques, de succulents légumes et des fruits près des bâtiments officiels, des collèges, des parkings et même dans le cimetière. Les parcelles de jardin, des plates-bandes surélevées et même de simples petites bandes de terre de ces zones débordent de produits frais, accessibles gratuitement pour qui le souhaite. Le programme exploite pour l’instant 70 espaces dispersés dans la ville. Les habitants ont vite compris le principe et ont commencé à venir chercher des produits avec respect et civisme. De plus, ils ne se sont pas comportés comme de simples profiteurs mais se sont impliqués dans l’entretien de ces espaces. La démarche repose sur trois pilliers: 1.1 – La communauté Par le simple de fait de s’impliquer dans une dynamique de co-création collective, les habitants se sont reconnectés les uns aux autres dans de nouveaux rapports non plus basés sur la compétition mais sur de la coopération. Chaque individu, quelques soit sa compétence trouve matière à l’exprimer dans ce processus communautaire. Avec un système proposant de la coopération à tous les niveaux, en privilégiant la proximité immédiate avec son entourage, ses voisins, son quartier, sa commune, tout le monde est gagnant. Il n’y a plus d’exclusion car la dynamique générée est inclusive pour toute la communauté dans sa plus grande diversité, et c’est cette diversité de talents, de compétences et de sensibilités qui fait sa richesse. Dans ce climat de confiance restaurée, il y a un réengagement de chaque habitant devenu co-responsable dans un projet ouvert, convivial et bienveillant. 1.2 – La pédagogie Les enfants, témoins de ce nouvel art de vivre sont associés très tôt au respect de l’environnement, au fonctionnement de la nature, aux bénéfices de l’action collective. Et surtout, ils savent enfin comment poussent les légumes qu’ils mangent. A Todmorden, comme dans beaucoup d’autres villes, des partenariats ont été conclus avec des collèges ou des lycées. La culture potagère est devenu une activité périscolaire pour beaucoup d’élèves. Les cuisines de certains établissements valorisent les efforts de leurs élèves en cuisinant ces légumes dans l’enceinte de l’établissement. “Des touristes du monde entier viennent visiter la ville” 1.3 – L’économie locale L’économie locale est indirectement favorisée et notamment la production maraîchère. Ce programme joue un vrai rôle promotionnel au profit des circuits courts et les consommateurs, ainsi sensibilisés, s’orientent vers la production locale et privilégient les acteurs locaux. D’après un sondage réalisé à Todmorden en 2012, 49% des commerçants ont vu leurs chiffres d’affaire augmenter depuis la naissance du mouvement. L’économie touristique de la ville s’est aussi développée: des visiteurs viennent du monde entier pour la découvrir au travers de parcours spécialement conçus autour des potagers. Les Incroyables Comestibles dans le monde Le concept a été un grand succès et beaucoup d’autres communautés tant dans le Royaume-Uni qu’à l’étranger se sont engagés dans la mise en oeuvre de ce programme. En france … En France le mouvement est particulièrement dynamique avec déjà plus de 400 villes conquises et connaît un taux de pénétration d’environ 3 villes par semaines (chiffres annoncés par François Rouillay, connu comme l’importateur du concept en France et coordinateur national). Aidé par les réseaux sociaux, il se propage sur l’ensemble du territoire très rapidement. “ALBI cible l’autosuffisance alimentaire pour 2020” S’il s’agit avant tout d’un mouvement citoyen, certaines villes ont de réelles ambitions comme la ville d’Albi (50 000 habitants), en région Midi-Pyrénées, qui cible l’autosuffisance* alimentaire pour 2020. * Bien sûr, cette autosuffisance n’est pas le simple fait de la culture de légumes au coeur de la ville: la surface cultivable ne le permet pas. Mais elle est surtout assurée par les producteurs qui appartiennent au territoire d’Albi. Ce qui démontre l’impacte d’un tel projet sur l’économie locale.