Jamaisbattu

LE PORTEUR DU PROJET : ALAIN TENENBAUM Les Lapidiales et son prolongement « La Galaxie des Pierres Levées » reflètent les préoccupations de ma vie d’artiste et de citoyen. J’ai joué toute ma vie au décorateur, au comédien, à l’auteur dramatique et, plus tard, au sculpteur et au réalisateur de films et de documentaires. Formé un peu dans les écoles (Académie de Charpentier et Conservatoire National d’Art Dramatique) et beaucoup sur le tas, j’ai connu au cours de mon existence des succès et des échecs à peu près comme tout un chacun. Parvenu au seuil du troisième âge, j’ai voulu me « résumer » dans un projet global que d’autres feront vivre longtemps après ma disparition. Après dix années de maturation et de recherches ( de 1991 à 2000), Les Lapidiales ont vu le jour. Il en aura fallu des rapprochements et des combinaisons aléatoires pour enfanter cette improbable conjonction : rassembler dans une même idée l’envie de vivre un long rêve, la rencontre avec un lieu, l’apprentissage de l’autre et la fête de l’humanisme, le respect de la matière et la volonté de laisser une trace comme un cadeau fait à ses descendants, une marque infime flottant à la surface du temps. Et puis, oh surprise ! Dès la préfiguration, le projet a fait l’unanimité, tant auprès des sculpteurs que dans le public, qu’il soit « averti » comme on dit, ou simple passant, voisin ou touriste. À partir de là, l’aventure artistique a vécu sa vie. Il ne me restait plus qu’à l’accompagner en restant attentif à ne pas dévier des principes fondamentaux dont elle découle. La collecte sur KissKissBankBank s’inscrit dans le droit fil de l’échange et du partage qui ont toujours conduit mon action. LE SENS DE MA DÉMARCHE Nous vivons un temps où la création artistique se prend les pieds dans le tapis de l’animation culturelle à la portée de tous (voir le débat vicié entre « Culture pour tous » et « Culture pour chacun »). Parallèlement, nous pataugeons dans un foisonnement de chapelles artistiques de plus en plus nombreuses, de plus en plus étroites et … éphémères. L’honnête homme s’interroge tandis que les oukases dégringolent au détour de savantes exégèses : - Malheur à qui n’innove pas ! - Honte à qui considère et apprécie une œuvre pour ce qu’elle transmet d’émotion sans lui coller une étiquette en « isme » ! - Quiconque ne se rappelle pas qu’il pisse chaque matin dans un Duchamp original risque l’excommunication le soir venu ! Et les gens dans tout ça ? Sont-ils tous à ce point obtus qu’ils ne reconnaissent en art que ce qui les rassure ? D’où vient que la fosse s’élargit entre, d’un côté, certains artistes et de l’autre, le public et son goût réputé mauvais ou vulgaire ? Qui attribue les bonnes et les mauvaises notes aux créateurs comme aux spectateurs ? Et que dire de la formation aux arts plastiques en France ? La copie d’œuvres anciennes ou pas, l’étude documentaire ou les simples séances de croquis ont-elles encore un sens ou une quelconque utilité éducative ? Quel rôle l’État et les Institutions peuvent-ils jouer ? Celui du paravent ou celui de maison de verre ? Doivent-ils « en être » ou bien entre-t-il dans leurs attributions de former et d’éduquer un public à des langages qu’on dit nouveaux… Même si, en l’occurrence, cette nouveauté date des premières décennies du siècle dernier ? À toutes ces questions, bien sûr, Les Lapidiales ne prétendent pas apporter de réponses définitives. Toutefois, nous croyons que la transparence peut aider un public déboussolé à trouver sa voie dans le dédale de l’art d’aujourd’hui. Nous qui prétendons innover avec notre concept d’œuvres à la fois individuelles et collectives, de quels modèles nous inspirons-nous ? Quel fil rouge ou quel chemin de cailloux nous a poussé à relever le défi de la confrontation avec la matière mais aussi, avec les passants d’un jour ou d’une saison ?