La Mosca

Paris, France

Parfois, dans les concerts, le spectateur voit des groupes qui sont vraiment très bien. Rien à dire. Et puis un autre groupe monte sur scène et il se dit : « Ah oui, là, il y a une différence… ». La différence ? Ces groupes-là ont un chanteur, un vrai. Ou une chanteuse, une vraie. Quelqu’un qui occupe la scène, qui impose une présence. Pas besoin de faire des vocalises ou de se rouler par terre. Non, il s’agit plutôt d’un magnétisme, d’une certaine façon d’habiter l’espace, fut-ce de manière timide. La Mosca est de ceux-là. Elle monte sur scène, le groupe se lance et quelque chose se passe. Qu’on ne s’y trompe pas, c’est pas tous les samedis soirs de bourrance que ça arrive à notre spectateur. Une attitude frenchy but chic, plus racée que France Gall, moins poseuse que les Anna Karina ou les Jeanne Moreau de la Nouvelle Vague. Pourquoi pas ? La Mosca échappe à toute posture trop nostalgique, trop revivaliste. Elle ne nous fait pas le coup de la chanteuse à moue façon Bardot. Ou de la lollypopeuse façon France Gall. Elle ne se prend pas pour une punkette 77, rageuse et arrogante. Elle ne se prend pour personne, en fait. Il se dégage d’elle quelque chose d’à la fois tendu et réservé, d’inquiet et de jubilant, qui indique que, pour elle, ça se passe là, ici et maintenant. C’est sa vie qu’elle joue et qui est en jeu. Comme tous les chanteurs de rock. Depuis qu’elle est montée à Paris, La Mosca a rencontré quelques-unes de ses idoles. Virginie Despentes, Daniel Darc ou Patrick Eudeline, l’incontournable Prince Noir, qui l’a adoubée et la couve de sa royale protection. Elle a usé ses fonds de bas et fait couler son mascara dans les concerts, dans les bars, dans les boutiques de fripes, dans les boulots pourris… Elle a fait ses classes et - vieille histoire toujours renouvelée – voilà que son moment est venu. Quand vous la verrez monter sur scène la prochaine fois – peut-être portera-t-elle son imper serré à la taille façon Mylène Demongeot dans « Tirez sur le pianiste » ? – approchez-vous donc. Vous verrez une chanteuse, une vraie. Patrick Williams Journaliste à « ELLE » Retrouvez là sur facebook ! https://www.facebook.com/gloria.sometimes