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Le lieu ne ressemble à aucun autre, et Marie en est ravie. Ici, c‘est chez elle. Chez Marie-Caroline, plus exactement, la mère et la fille, qui ont fait d‘un bâtiment en ruines l‘un des incontournables de Châlons. Ancienne commerçante de la Haute-Mère-Dieu, où elle vendait des vêtements, Marie vit ses cinquante ans comme une claque. « J’avais besoin de faire quelque chose », explique-t-elle. Elle visite en 2005 le bâtiment de la rue Croix-des-Teinturiers et tombe amoureuse. « Cette maison avait une âme, c’était la mienne, je le savais, mais elle était dans un état… » «Il me faut des rêves, des projets, je dois faire quelque chose, c’est vital» Sol en terre battue, murs branlants, humidité maximale, plafond effondré et 17 m3 de fiente de pigeons dans le grenier. Son entourage lui parle de « folie ». Qu’importe, elle le sait, c’est ici, maintenant ou jamais. Alors la quinquagénaire s’endette et s’invente une seconde vie. Qui ne prend pas immédiatement la direction escomptée. Alors qu‘elle s‘échine à faire tourner sa boutique de vêtements tout en préparant la suite, une entreprise de menuiserie lui laisse sur les bras un chantier plein de malfaçons. « Ils ne savaient même pas mettre de la frisette ! » L’anecdote pourrait être drôle mais la situation s’envenime. Huissiers, avocats, tribunal : la société est en faillite et traîne près d’un million de dettes. Alors, les 83 000 € de Marie ne sont pas prioritaires. L’embryon de rêve aurait pu en rester là. Mais Marie et Caroline ont fait le choix de « se retrousser les manches plutôt que rendre les clés ». C’est le début d’années de véritable labeur. Elles apprennent à poser du parquet, à manier les outils et négocier les devis. Derrière les portants de fringues, elles ouvrent un petit restaurant, suivi d’une chambre d’hôtes. « On commençait à 5 h 30 et on terminait… quand les clients arrivaient ! » Une époque usante et un résultat gratifiant. La folie prend forme. atypique et unique Puis les robes et les manteaux disparaissent pour laisser place à La Maison de Marie – Caroline, concept indéfinissable. Une grande salle où boire un café en dégustant des pâtisseries, des tableaux d’artistes locaux au mur, des produits du terroir en vente, des fauteuils vintage, une autre salle où déjeuner de plats maison, surplombée de trois chambres d’hôtes aux airs de maison de poupée. « C‘est atypique oui, sourit la propriétaire. J‘aime dire aux clients anglais que ça n‘est pas «house» ici, c‘est «home» . » Un chez-soi désormais débarrassé des problèmes de trésorerie et des angoisses du lendemain. Mais Marie n’est pas prête à se reposer, pas tout de suite. « J’ai déjà d’autres projets pour la suite… » "Extrait du journal l'Union" Il y a des endroits où l’on se sent comme chez soi dès que l’on passe la porte. La Maison de Marie Caroline, c’est avant tout une aventure mère-fille. Celle de Marie Gié et de sa fille, Caroline Lecoq. Deux femmes pleines d’énergie qui ont su créer un chaleureux pied à terre au cœur du vieux Châlons pour une autre façon de séjourner en ville. Rencontre avec Marie, une maîtresse de maison pas comme les autres. Marie Gié est commerçante en centre-ville depuis 1985. D’abord à la galerie de la Haute-Mère Dieu, puis rue des Lombards où elle vendait des vêtements, des cadeaux, des produits de bain, etc. Avant de travailler par passion dans le commerce, elle était préparatrice en pharmacie, puis représentante. Un tournant important En janvier 2005, après avoir déniché l’emplacement idéal, elle s’associe avec sa fille pour se lancer dans un gros projet : créer une maison d’hôtes – salon de thé – restaurant – boutique de décoration. La Maison de Marie Caroline prend forme. Un nom tout trouvé qui rassemble leurs deux prénoms : Marie la mère et Caroline la fille. Pour Marie, qui cherchait sans chercher un lieu pour donner vie à ce concept unique, c’est un tournant important. À la fois renouveau professionnel et coup dur personnel puisqu’elle se sépare au même moment de son mari. À la Maison de Marie Caroline, on peut déjeuner, prendre un thé, dormir ou les trois à la fois. Tout est fait maison, l’endroit est superbe et l’équipe sympathique. Marie et Caroline ont dû faire des travaux titanesques pour redonner au bâtiment son cachet d’antan. Marie raconte : « Nous sommes très contentes de ce qu’on a fait parce qu’on en a bavé. Nous avons eu de gros travaux et des complications à gérer mais j’ai une fille bricoleuse, ça aide ! » Caroline a mis au jour le magnifique carrelage ancien, caché sous du béton. « Il nous a fallu des heures et des heures de travail pour le récupérer, mais aujourd’hui, il est de nouveau mis en valeur. » Des idées, Marie et Caroline n’en manquent pas. Le salon propose des cafés lecture tous les samedis matin en partenariat avec la bibliothèque Pompidou ; un rendez-vous pour les aidants une fois par semaine ainsi que des ateliers de dessin et de pastel. « On essaie d’organiser plein de choses. L’espace est là, autant qu’il serve ! » Depuis son ouverture, la Maison séduit de plus en plus de clients et de curieux mais, surtout, Marie et Caroline peuvent se réjouir de compter de nombreux fidèles parmi leur clientèle : des commerciaux, les membres du jury de l’agrégation d’histoire-géographie qui reviennent tous les ans, des intervenants du Cirque et de la Comète. Prendre son petit-déjeuner en chaussons « Certains se sentent tellement chez eux, qu’ils descendent même prendre le petit-déjeuner en chaussons ! » Pour le déjeuner, elles retrouvent aussi des clients réguliers dont des médecins qui sont devenus des amis proches. Des gens qui comptent et à qui Marie aime faire plaisir, comme lorsqu’elle leur met de côté leur dessert préféré. "Extrait du journal l'Union"