Mi Vida

Marseille, France

Sabine Zanon, selon le journaliste Manu Gros Vingt ans, un peu plus, un peu moins ? Entre ses voyages en Asie, Amérique du Sud ou ailleurs et ses retours dans le giron provençal, je ne me souviens plus depuis combien de temps je déguste les plats de saison de Sabine Zanon. Que j'arpente sa créative cuisine du cœur et ses portions aussi charnues que la silhouette de cette blondinette est restée menue. Dans les établissement des autres au début comme dans les siens ensuite, toujours avec l'impression d'être invité et choyé dans la propre maison de cette "mama" de poche. Le soir, propice à papoter avec elle devant un verre après le service. Et même en pleine bourre du midi.... Toujours un sourire, un mot d'accueil, un échange sur tout et rien, la vie, les voyages, les fonds marins, la musique latine, sa dernière trouvaille légumineuse, les petits secrets de la grillade à l'Argentine, ceux de l'émulsion qui fera décoller l'iode des délices de la mer à la plancha. Toujours un mot et un sourire pour moi comme pour tout le monde. Jeunes, vieux, hommes, femmes, enfants, cadres en costard, ouvriers venus prendre des forces le midi, artistes, sportifs... Dans sa maison, j'y suis allé un jour d'été. Et c'est là que j'ai compris l'air respectueux et complice des producteurs de fruits et légumes bio, quand ils venaient la livrer. D'un côté de la clôture, il y avait ses fleurs, plantes aromatiques, tomates, fraises. Et de l'autre, la tentative de jardin du voisin. J'ai bien ri de la différence, mais le voisin, lui, devait en pleurer. Non contente de sentir les hommes et les animaux, elle était donc aussi chez elle dans le monde végétal. Peu friand de pizzas, j'ai un jour aussi deviné que comme le Néo de Matrix, elle était dans la matrice des saveurs. Avec une pizza aux supions que j'irai chercher en courant, moi, qui ne fait plus un mètre en courant plus depuis des lustres. Cette pizza, elle s'est rajoutée à la "short list" des Madeleine de Proust de la cuisine de ma mère. Aucun chef étoilé ou tutoyant les étoiles n'y a réussi. Travail, sani-broyeur du train-trian quotidien, distance... Cela fait un moment, que je ne mange plus la cuisine de Sabine Zanon. Quand j'ai su son intention de pousser ses convictions bio et l'éco-responsabilité, en se lançant dans le projet de MI VIDA à Marseille, je me suis frotté les mains à l'idée de renouer le fil ombilical. Et aussi regretté de ne pas pouvoir plus le financer, qu'avec l'écot d'un modeste salarié de la presse. Chienne de vie! Pourquoi ne pas avoir l'argent et le pouvoir de l'affreux mafieux du film "Le Cuisinier, le voleur, sa femme et son amant", prêt à toutes les folies pour continuer à régaler ses sens dans le resto de Richard Bohringer ? Mais bon je ne suis pas le seul inconditionnel de la cuisine de Sabine et n'ai donc guère d'inquiétude pour la destinée du financement participatif qu'elle a lancé...