Moi

Acteur , Auteur , Dessinateur , peintre en batiment , second de cuisine , bucheron , magasinier , maitre de demi pension , chauffeur de maitre , sauvage et solitaire , foutez moi la paix avec moi même...merci. LES CHIMÈRES DE LUC LAVANDIER DE DIOGÈNE A JEAN COCTEAU Bien qu’il soit (entre autres) comédien, écrivain et dessinateur, Luc Lavandier ne se considère pas comme un « touche-à-tout ». Les arts où il s’exerce sont pour lui différents moyens d’atteindre un seul et même but : nous ouvrir les portes de son monde imaginaire. A l’écran, il est tour à tour pharaon ou chevalier, policier ou délinquant, tueur ou victime, allant jusqu’à se transformer physiquement d’un rôle à un autre. Mais l’art du comédien ne lui suffit plus pour réaliser les rêves qui le hantent. Parallèlement à ses quinzaines de rôles au cinéma, et à plus de soixante fictions télévisées, Luc Lavandier écrit et dessine. Le papier et l’encre de Chine lui offrent des scènes où son imagination n’a plus d’entrave : si le visage de Luc n’apparaît nulle part, il est pourtant présent dans chacune de ses oeuvres, le masque de l’encre noire lui permettant de raconter sa vie sans être reconnu... Il aime à prendre pour modèle sa chienne africaine, une « rhodésienne ridgeback » de sang royal répondant au nom de Tabhata. C’est elle qu’il a dressée pour nous rapporter les images d’un cosmos peuplé d’êtres mi-humains, mi-canins. Agissant comme substituts de l’artiste, ces créatures hybrides sont pour Lavandier ce que les sondes spatiales sont à l’astronome : des fabrications destinées à explorer des univers où l’homme ne peut physiquement se rendre. Ainsi, ces traits minutieux dévident le fil d’Ariane d’un voyage extraordinaire. Lorsqu’on demande à l’artiste s’il se sent le héros d’une nouvelle Odyssée, il répond malicieusement qu’il s’identifie plus aux cyclopes qu’à Ulysse : « Mon oeil gauche est aveugle, précise-t-il. Je regarde d’un oeil et je vois de l’autre... L’épopée d’Homère est peuplée de créatures fabuleuses, mais je ne pense pas emprunter le même itinéraire : Ulysse combattait les chimères, moi je cherche plutôt à les apprivoiser » D’où vient cette fascination de Luc Lavandier pour les chimères ? Peut-être de son enfance en Côte d’Ivoire et du souvenir des légendes africaines. Les sirènes d’Ulysse y trouvent leur équivalent en la « Mamie Ouatta » un être fantastique mi-lamantin mi-femme (or, les lamantins appartiennent à l’ordre des siréniens !) très dangereux pour les hommes qui nagent dans la lagune[1]. Est-ce du chant des sirènes d’Afrique que le dessinateur tient ce rythme visuel qui lui permet d’équilibrer avec une telle harmonie les pleins et les vides, les détails minutieux pouvant être observés des heures à la loupe, et les formes monumentales ? Luc Lavandier n’a pas reçu de formation académique et retient surtout de l’Histoire les figures anticonformistes : «Les modèles que je retiens du passé sont Diogène le cynique qui se vantait de vivre comme un chien à l’époque où Alexandre le grand partait à la conquête du monde[2]... Jérôme Bosch qui, lorsque la Renaissance définissait l’homme comme étant la mesure de toute chose, peignait des tableaux religieux fourmillant de créatures fantastiques que l’on ne voyait d’ordinaire que recroquevillées sous les pieds des statues saintes ou condamnées à garder l’extérieur du sanctuaire.... Clovis Trouille et tant d’autres Surréalistes qui opposaient aux surhommes des régimes totalitaires, des associations inconscientes contraires à la morale ou aux règles classiques... Au fond, j’admire tous ces artistes qui, lorsqu’il est de bon ton d’idéaliser l’être humain, préfèrent célébrer les animaux ou les monstres... » Article de Marc Soléranski , Historien d'Art , Maitre de Conférence .