Morgan Malka

Entrer dans l’univers de Morgan Malka c’est découvrir un théâtre élisabéthain qui se serait installé au coin de votre rue. Ce Docteur Parnassus nous offre un imaginaire gracieux et grotesque à la façon d’un vaudeville anachronique, rideau rouge et pellicule jaunie. Quand on se laisse aller fortuitement à jouer le jeu du spectateur, on entre dans l’arène de ce petit cirque de puces romantique sous les notes très Nino Rota, l’effet est immédiat : l’auditeur est pris entre deux eaux, se laisse emporter par le courant, et bientôt sombre, boit la tasse jusqu’à la lie. Artiste curieux, voyageur temporel, Morgan façonne un univers hors des contraintes. Fanfare, valse baroque, marche napoléonienne, kiosque à musique Belle Époque. Monde infini et sans barrières, débordant de magie et surtout fait de bouts de ficelles. Sa musique est comme un coffre à mystères, du Georges Méliès dans ses compositions. Tours de passe-passe et illusions. Auteur, compositeur, interprète, arrangeur et producteur, véritable autodidacte qui d’un coup de baguette change de décors pour ne jamais se répéter. C’est cette diversité originale qui fait de sa musique quelque chose d’unique et fragile. Il est intéressant de constater que sous le voile des douces mélodies, le travail du musicien, se cache celui du conteur aux récits tantôt noirs naufrage. Tantôt simple chanson de marins. Des voyages du ventre de la baleine jusqu’à la Lune. Des tangos dansés dans des champs de mines et autres histoires extraordinaires. Au-delà des mots, c’est également l’ombre du peintre qui reste en filigrane. Une touche de Magritte dans ses tempêtes absurdes qui pourrait finalement gronder au fond d’un verre. Une explosion de personnages, solitaires, hantés mais toujours touchants. Farandole animale sortie de Grandville, sirènes, et autres chasseurs d’étoiles. Ses paysages nous racontent l’abandon volontaire dans les vagues, contraint à quai, l’abysse par la scie musicale… Un monde sous-marin et lunaire à la fois phare inquiétant et esquif de la dernière chance où le rugissement de l’orgue épouse délicatement mandoline, verres musicaux, clarinette et guitare centenaire.