SATELLIT CAFÉ

Après s’être taillé une réputation de découvreur de talents de world music à Paris, le Roannais Philippe Gueugnon a osé relever un pari un peu fou, celui d’ouvrir un Satellit Café à Villerest. La salle est désertée. Silencieuse. Appesantie. Ensommeillée après le concert jazz manouche donné la veille. La scène est nue. Dépouillée. Inanimée. Elle ne s’éveillera que dans quelques heures au son du groupe Agathe Ze Bouse. Un grand bonhomme apparaît à travers les lumières tamisées, s’échappant du plateau de mixage, lieu adulé et précieux auquel il consacre d’innombrables heures. Allure hippie. Rockeur aux cheveux longs poivre et sel. Gueule rieuse. Le maître des lieux, c’est lui. Philippe Gueugnon. Un grand monsieur qui a eu cette belle et audacieuse idée d’ouvrir un Satellit Café à Villerest. De créer une scène ouverte aux musiques du monde. La musique, c’est sa « vie ». Sa « raison d’être ». Tout bascule au début des années 60 lorsqu’il écoute un morceau de Bob Dylan. Depuis, « impossible de vivre sans musique ». D’ailleurs, elle l’a sauvé plusieurs fois. Elle l’a guéri du « mal de vivre ». L’a apaisé du « désespoir ». Philippe Gueugnon était destiné. « C’est la musique qui est venue me chercher », se souvient-il. Il n’est qu’un ado lorsqu’il débarque dans l’univers musical. Avec une bande de potes, il crée Le Phréatic, à Roanne. Une cave du faubourg Clermont aménagée en boîte de nuit. « On faisait venir des groupes du coin. On écoutait la musique qu’on aimait. On s’amusait. C’était bondé, enfumé. Toutes les bonnes choses de la vie étaient réunies. On a fait vivre ce lieu pendant des années. » Jusqu’au jour où Daniel Geoffre, patron de la boîte Le 7 club passe par là. « Il était emballé par ce que je faisais et m’a proposé de travailler avec lui ». Philippe Gueugnon accepte sans hésiter. Il a tout juste 17 ans. Il lâche ses études pour devenir disc jockey. Le jeune Philippe est décidé. Il veut faire de la musique. Et rien d’autre. Les grandes années roannaises de Philippe Gueugnon sommeillent juste en face du Satellit Café. Dans les murs du Privé, boîte de nuit-salle de spectacles créee il y a plus de 35 ans. Pendant trois ans, Philippe Gueugnon est à la tête de la programmation musicale. Puis, soudainement, il s’exile à Paris. Du studio à la musique live Celui qui aura été le premier disc jockey roannais a de nouvelles espérances. « J’avais des difficultés à évoluer à Roanne. Je voulais découvrir les gros studios d’enregistrement, les hautes technologies et la musique électronique. » Curieux et persévérant, Philippe Gueugnon accomplit des bouts de rêve. Il crée un studio d’enregistrement, travaille avec les maisons de disques et enregistre des disques avec des artistes venus des quatre coins du monde. D’Axel Bauer aux Rita Mitsouko en passant pas des groupes indiens, brésiliens ou encore new-yorkais. L’enfant du rock se fascine pour les musiques de la planète. Il apprend à « lire entre les notes » et découvre ce qui se cache derrière la partition : « L’émotion ». « Le frisson ». « La rencontre ». Après plus de dix ans passés en studio, Philippe Gueugnon veut voir des artistes vibrer sur scène. Il se tourne alors vers la musique live et devient directeur artistique du Satellit Café dans le 10 e arrondissement parisien. Un tournant dans sa carrière. En douze ans, le Roannais organise 1.500 concerts, côtoie près de 1.000 artistes du monde entier et se fabrique la réputation de découvreur de talents dans la world music. Parce que la vie parisienne est devenue « trop insupportable », le Roannais revient à la source en 2006 pour « retrouver une vie à dimension humaine ». Il débarque dans sa ville natale des idées plein les valises. « Quand j’étais à Paris, je revenais souvent à Roanne mais je m’y ennuyais. Il me manquait une qualité de spectacle. » Un brin inconscient et démesurément passionné, Gueugnon se lance alors dans un défi ambitieux : ouvrir un Satellit Café bis dans le Roannais. Le futur patron des lieux veut un « bel écrin » pour envelopper les musiques du monde. Il tombe sous le charme de l’ancien bâtiment qui abritait autrefois Emmaüs puis Terre Paysanne route de Villemontais, à Villerest. C’est ici que Le Satellit Café doit exister. Philippe Gueugnon s’associe à Pierre Bruere et Philippe Glière, deux Roannais qui ont foi en son projet. Quatre ans plus tard, Le Satellit Café naît et toutes les mélodies du monde arrivent à Roanne. « Un défi permanent » Ce paradis des cultures musicales possède un supplément d’âme insolite et précieux. On y écoute du rock, du jazz manouche, de la musique celtique ou latine, du blues, de la chanson française. On y découvre les nouveaux talents locaux. On boit un verre. On danse. On rencontre les artistes. « Il y a une proximité. Les gens viennent ici avec leurs forces, leurs valeurs et leurs talents », souligne fièrement le patron des lieux. La scène roannaise est l’une des meilleures d’Europe en terme de qualité de son et pourtant « il faut se battre pour convaincre les gens de venir ». D’un côté, il y a ceux qui « viennent les yeux fermés ». De l’autre, ceux qui « regardent La Nouvelle Star, satisfaits de la soupe qu’on leur sert ». Alors oui. Le Satellit Café est « un défi permanent ». Une « remise en question quotidienne ». Mais pour Philippe Gueugnon, Le Satellit Café est surtout « un bonheur immense ». Le bonheur d’être « l’interface entre le public et les artistes ». Le bonheur de faire de beaux voyages autour de la planète musicale. Charlène Tréfond