Sonia Cat-Berro

Paris, France

Les premiers disques que Sonia Cat-Berro a écoutés, issus de la "discothèque idéale" de son père, fan de jazz, ont été ceux de Monk, Mingus, Coltrane, etc. Elle fut bien surprise de constater un peu plus tard que tous les enfants de son âge ne se passionnaient pas comme elle pour Ella Fitzgerald, Steve Lacy ou Louis Sclavis. Sa fibre artistique trouve à s'épanouir tout au long de son enfance, entre cours de piano, chorale, danse, théâtre, clarinette... Puis les études prennent le dessus, et après être montée à Paris pour faire sa khâgne, elle rentre en licence d'Histoire à la Sorbonne, les écoles de journalisme en ligne de mire.1994, l'année de ses 21 ans est celle où tout bascule. Le fossé entre les études, où elle s'ennuie depuis toujours, et la musique qu'elle écoute et va voir en concert, qui la nourrit et la fait vibrer, est trop grand. C'est décidé, elle fait le grand saut, du jour au lendemain. Rendant copie blanche à ses professeurs effarés, elle trouve un petit boulot pour se payer les cours au CIM à Paris, la plus ancienne des écoles de jazz en Europe, et trouve enfin sa place. A partir de là tout s'enchaîne naturellement, comme si son destin n'attendait qu'elle. Elle étudie le chant, le piano, l'harmonie, et développe des qualités reconnues aujourd'hui par ses pairs musiciens, qui voient en elle plus qu'une chanteuse qu'on accompagne: une vraie musicienne. L'intimité avec le travail vocal, la recherche sur l'instrument qu'est le corps, ont donné naissance à un son très personnel, solide sans jamais forcer, où tout paraît toujours facile et allant de soi, même lors des challenges les plus techniques. En 1996 elle donne ses premiers concerts à Paris dans les clubs, et s'entoure de la fine fleur des musiciens de jazz de sa génération pour visiter tout ce que la capitale compte de lieux de jazz. Elle a l'occasion de collaborer, entre autres, avec Guillaume Naud, Philippe Soirat, Laurent Coq, Stéphane Kerecki, Mathias Allamane, Dré Pallemaerts, Gildas Boclé, Edouard Ferlet, Gilles Naturel, Antoine Hervé, Steve Lacy, Glenn Ferris, Mauro Gargano, Vincent Lafont, Jocelyn Mienniel, Tony Paeleman...et depuis plusieurs années son quintet est à l'équilibre parfait avec Pierre de Bethmann (fender rhodes), Yony Zelnik (contrebasse), Karl Jannuska (batterie), et Gilles Barikosky, le complice musical de toujours. Le public est conquis par cette jeune femme espiègle, qui interprète le jazz avec aisance et naturel, et qui "lead" son groupe avec la détermination de celle qui sait où elle veut aller. Depuis, ce sont plus de vingt années sur les planches, des centaines de concerts, des rencontre avec des milliers de personnes en festivals(Jazz in Marciac, Jazz à Vannes, Orléans Jazz, Festival d'Enghien, Montlouis-sur-Loire...), avec les parisiens (Duc des Lombards, Sunside, L'Auditorium Saint Germain, Petit Journal Montparnasse..), avec les amateurs dans les belles salles des saisons culturelles dans toute la France (Théâtre de Sens, Phénix de Valenciennes, Théâtre de Caen, Théâtre de Meaux, Théâtre d'Etampes...). En 1999, A Singing Affair, son premier disque, autoproduit à l'origine et repéré en Fnac, sort sur le label Charlotte Productions, qui produira le suivant, Keep in touch (2003): un deuxième album qui reflète en grande partie le fruit de la collaboration musicale avec Gilles Barikosky, compositeur des musiques des chansons originales sur lesquelles Sonia écrit les paroles en anglais. En 2011, Le Chant du Monde / Harmonia Mundi publie son troisième album, le plus personnel, Toy Balloons: "Sonia Cat Berro est une chanteuse de jazz. Avec cela on dit le sens du swing. La proximité intime de la phrase et du rythme. Dit aussi son approche du sensuel. Mais quand bien même on l’aurait dit, on n’aurait pas tout dit. Il faudrait ajouter que si Sonia-Cat Berro a assimilé ce qu’elle doit à celles qui l’ont précédée, elle est aussi une chanteuse de jazz ancrée dans son époque, qui regarde et écoute droit devant elle ce jazz moderne qui se pratique dans les clubs d’aujourd’hui et avec lequel elle crée sa propre esthétique. Celle-ci est moderne et design. Elle est hip et elle est pop. Elle est jazz. Elle est funky un petit peu, elle groove beaucoup. La musique qui la nourrit aujourd’hui, est celle qui se situe maintenant, celle du New York de Mark Turner et Kurt Rosenwinkel, de Fly et de Meldhau. Et Sonia Cat-Berro fait assurément partie de cette jeune génération du jazz qui va chercher son inspiration autant chez Joshua Redman que chez les Pink Floyd ou chez les héros de la pop anglaise. Il fallait juste chanter ce jazz là. Si Sonia Cat-Berro était un lieu, ce serait un loft du côté de Soho au design pop art. Si Sonia Cat Berro était une humeur, elle serait celle d’un groove lunaire d’après funk". Jean-Marc Gélin