Sophie Audouin-Mamikonian

J'ai fait des études de Sciences Politiques afin de devenir ambassadeur. Sauf que, à mon époque, les ambassadeurs filles, ça n'existait pas. Et puis, je suis tombée amoureuse, j'avais vingt ans et hors de question de partir comme attachée d'ambassade loin de mon amour de Philippe. Donc, je suis rentrée dans une agence de Pub, Roux Seguela, Cayzac et Goudard, où j'ai appris le poids des mots et le choc des photos, comme dirait Paris Match. Quinzième écrivain de ma famille (ouille lourde hérédité !!!) mon grand père a écrit Fanfan La tulipe et mon oncle, Francis Veber, le diner de Con. Chez nous, on adore les jeux de mots, la publicité m'a permis de m'éclater avec ça. A la naissance de ma fille, Diane, en 1987, j'ai écrit Tara Duncan, je l'ai proposé aux éditeurs pendant dix sept ans. Et on m'a dit NON pendant dix sept ans. - La magie ça marche pas, ma p'tite dame, on est en France ici, on est des cartésiens. - Votre livre, là, il est trop gros. Et puis, mon héros, Harry Potter est arrivé et les éditeurs sont venus me voir en me demandant : Z'avez pas un truc avec des lutins et des dragons ? Pffff. J'ai donc été édité et boum, j'ai, grâce à vous, mes incroyables et tellement fidèles lecteurs, eu la chance de devenir numéro 1 de littérature jeunesse en France et dans plus de 27 pays !!! Un truc de dingue. Lorsque j'ai été éditée, je suis partie à Hollywood afin d'essayer de faire adapter Tara en film, pas en film d'animation, mais en film avec de vrais acteurs de vrais pégases de vrais dragons...ok, peut être pas exactement des vrais dragons et des lutins, mais c'était l'idée. Et vous savez ce que m'ont répondu les producteurs et les studios pendant dix ans? - C'est une fille, les histoires de héros fille, ça marche pas. Sérieux ? Comme pour le livre, j'étais trop en avance. Et puis Hunger Games est sorti et a prouvé qu'une héroïne fille, oui, ça pouvait fonctionner. Ca commence à me chauffer sérieusement les oreilles cette histoire. Donc, puisque ces gros studios et ces gros producteurs ne voulaient pas prendre de risques, j'ai décidé de me débrouiller toute seule...enfin pas tout à fait, puisque j'ai besoin de vous Aujourd'hui, je pose la première pierre, avec ce court métrage, Le Saint, le Gendarme et les Voleurs, qui va me permettre, je l'espère, de faire rire le monde avec cette histoire loufoque et tendre, et plus tard, produire, enfin, Tara Duncan le film, histoire de montrer à Harry Potter que les filles, aussi, savent se battre !