Une rencontre, une performeuse engagée, des femmes situationnistes, la rue, les programmateurs, les politiques, la censure diffuse...

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Présentation détaillée du projet

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NOTE D'INTENTION

 

Je filme les Princesses Peluches et leur créatrice Caroline Amoros depuis cinq ans. Il s’agit d’une tranche de vie de l’artiste dans son environnement, dans la création, les résidences, les festivals, les censures, les remises de prix, les discussions avec les programmateurs ou les élus…

 

  Via un film au ton plutôt léger, burlesque parfois, je parle de liberté d’expression et j’interroge sur la liberté de créer. Témoin de l’évolution de notre société, je pars du constat du présent, de la situation des rapports humains, notamment du repli sur soi. J’explore le lien entre le politique et la société via des créateurs qui œuvrent dans l’espace public. Je fais apparaître les limites, les frontières, le flou de la censure diffuse. Celle-ci vient de partout, des artistes comme des décideurs. Des pressions commerciales et politiques sur les programmateurs découle une dégradation d’un art qui a du sens, d'un art subversif.

 

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Le cloisonnement de l’espace public orchestre cette forme de censure: la privatisation des lieux, leur surveillance et leur sur-réglementation.... Avec Caroline Amoros, les pertes de libertés qui en découlent deviennent directement visibles. Oeuvrant le plus souvent en pleine rue, cette artiste est reconnue et soutenue par les plus grandes institutions, mais les programmations se font rares et prudentes, n’est-ce pas un paradoxe significatif de notre époque ? Si j’ai choisi cette artiste, c'est aussi parce que les mêmes interrogations nous animent. Nous avons des sensibilités proches, mais un media différent. La même douce lenteur dans nos créations se révèle subversive dans un monde qui accélère sans cesse.

Et puis il y a l’empathie.  

 

L’art est un miroir où l’on se voit avec d’autres yeux. Rémi Checchetto  

 

 

 

Le choix de l’art pour parler d’un monde qui se rétrécit n’est pas un hasard. Une société qui maltraite ses artistes n’est-elle pas décadente ? Quelle place reste-t-il à l’humain? Je questionne notre société sur sa transformation, celle de l’art vivant en produit, qui amène au constat d'une régression.

 

La forme du film se situe entre le long-métrage de fiction (personnages identifiés qui suivent un but, rencontrent des embûches etc.) et le documentaire ethnographique. Je raconte les coulisses de la création, avec la proximité née de mon omniprésence dans la durée. Tranches de vie, anecdotes universelles ancrées dans le « ici et maintenant ». Je ne raconte pas avec une voix off ou des interviews journalistiques: je transmets des ambiances, des sensations, en racontant une histoire contemporaine et son évolution pendant toute la durée du mandat Sarkozy et au-delà… Je propose donc au spectateur de vivre de l’intérieur le quotidien des artistes, ce que l’on ne voit pas d’habitude: à savoir le processus de création, les conditions de travail, la précarité sociale, mais aussi la comparaison avec d’autres situations comme la Suède, le Maroc, l’Allemagne...

 

 

 

 

L'HISTOIRE

 

C'est une femme, Caroline Amoros. La cinquantaine, petite, plutôt discrète. Mariée et mère d'une petite fille. Elle vit dans un petit village du Jura. Elle travaille. Sa profession : artiste d'intervention, performeuse, plasticienne, comédienne... artiste engagée. Son travail est reconnu, elle a obtenu à trois reprises le prix SACD. Les programmateurs font appel à elle, à ses créations : les princesses peluches. Au début elles sont trois, les princesses : Rose, Mme Lejaune et Kristin. Comme dans les contes, sur le chemin de ces héroïnes modernes se dressent des obstacles, des embûches. La censure sous différentes formes plus ou moins diffuses. L'espace d'expression se rétrécit.

 

L'artiste se laissera-t-elle impressionner, décourager, fera-t-elle des concessions, acceptera-t-elle des compromis, taillera-t-elle dans ses convictions, histoire d'adapter son offre à la demande culturelle ambiante? Ou trouvera-t-elle de nouveaux moyens, de nouveaux lieux pour s'exprimer ?

 

                            

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Il y a aussi Miss Dora O'Range née en réaction à la censure dont l'artiste a été victime. Interviewée un jour à ce propos par une journaliste de France 3, Caroline revendique haut et fort son droit à la désobéissance. L'interview ne sera jamais diffusée.

 

Le film suit Miss Dora O'Range donc, depuis sa conception, les esquisses réalisées par Caroline dans sa chambre d'hôtel (l'Hôtel de l'Univers) puis son travail avec une chorégraphe, les essais, sa première sortie, ses batailles d'oranges goudronnées de Marseille à Paris et son départ pour les luxueux golfs du Maroc, jusqu'aux portes du désert. Autre naissance, Blanche. Elle est plus qu'un avatar supplémentaire de l'artiste, elle constitue une synthèse de plusieurs années de travail.

 

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Les princesses ne se réduisent pas à des personnages de spectacle, car elles ont toutes leurs existences singulières. Les princesses investissent les lieux avant leurs représentations, rencontrent les habitants, discutent en faisant leurs courses. Mme Lejaune achète ses petites voitures à brûler au centre commercial, boit son « petit jaune » avec des SDF. Kristin va chez l'esthéticienne et, pendant que celle-ci travaille penchée consciencieusement sur ses ongles, l'interroge sur les possibilités d'embauche dans son secteur. La dame esquive la question, et lui demande quelle couleur de vernis à ongle elle aimerait. Kristin choisit du rouge... « Un rouge qui pète ! ». Alors parfois les habitants s'y perdent un peu. Quand ils aident Kristin qui a fait tomber sa voiture en panne au beau milieu d'un rond point ils ne se rendent pas compte immédiatement qu'ils sont entrés de plain-pied dans le spectacle. Ou inversement, les spectateurs croient que le policier qui est en train d'intervenir est un personnage du spectacle.

 

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Le quotidien de Caroline mêle aussi étroitement réel et fiction. La loge se transforme en une espèce de repère de terroristes, on y fait des chapelets de pétards, des essais de goudron, des découpages de poupées - une recherche de plasticienne. Un jour, Caroline dans son rôle de mère de famille, va chercher sa fille à la sortie de l'école. Elles partent en voiture pour un spectacle à la Saline Royale pour un spectacle de Miss O'Range et pendant le trajet Caroline habille sa fille en orange, la Mini-Miss est née ! Caroline et son équipe voyagent, partent en résidence. Un article lu dans la salle d'attente d'un médecin, une boisson vue sur une aire d'autoroute, une phrase entendue à la radio qui fait allusion au retour du bruit des bottes, des rencontres lors de manifestations... Caroline réagit, s'inspire, nourrit la fiction de ses héroïnes de notre réel.

 

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L'histoire donne à voir une géographie particulière, celle de l'espace public et son rétrécissement. Et il arrive que Caroline Amoros, dont le désir est de toucher les gens, abandonne les lieux encombrés d'un festival pour aller jouer sur un rond-point. Les destinées des princesses évoluent. Finalement, Kristin joue avec Kristjan, performer islandais. Elle a embauché 30 vraies majorettes pour jouer en Suède et en Norvège. Pour s’occuper de toute cette troupe, Rose, la grand-mère qui mange du Macdo à la frontière, au départ pour l’Est.Miss O’Range, quant à elle, préfère le désert marocain pour ses luxueux golfs qui ne manquent pas d’eau, eux ! Et maintenant, Blanche vient boucler la boucle… Il y a bien sûr aussi tous les personnages de cette galaxie singulière, et la création d'un collectif.

 

Cette histoire est donc une série d'instantanés, de croisements, de décalages, d'échos qui tissent la trame de l'oeuvre, qui dessinent le chemin d'une artiste contemporaine. Car si on se réfère à la définition de Giorgio Agemben, le vrai contemporain est :

"celui qui ne coïncide pas parfaitement à son temps, ni n'adhère à ses pretentions et se définit en ce sens comme inactuel ; mais précisément par cet écart et cet anachronisme, il est plus apte que les autres à percevoir son temps."

 

L'AUTEUR

 

 A l'occasion des 30 ans du festival international Jean Rouch (5-27 novembre 2011), 30 films primés sont présentés dont le film Sidheswri Ashram. Sidheswri est un restaurant ashram bengali, situé en plein coeur de Calcutta. On sent, on goûte, on s'immerge dans la vapeur et la friture, dans la foule...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LE PRODUCTEUR

 

Iskra.fr

 

ISKRA (Image, Son, Kinescope et Réalisations Audiovisuelles, " étincelle " en russe), société indépendante de production et de diffusion, c’est aujourd’hui un catalogue de plus de 160 films.

ISKRA, c’est à l’origine l’histoire de Slon (Service de Lancement des Œuvres Nouvelles, " éléphant " en russe) . Et " Slon est né d’une évidence : que les structures traditionnelles du cinéma, par le rôle prédominant qu’elles attribuent à l’argent, constituent en elles-mêmes une censure plus lourde que toutes les censures. D’où Slon, qui n’est pas une entreprise, mais un outil – qui se définit par ceux qui y participent concrètement – et qui se justifie par le catalogue de ses films, des films QUI NE DEVRAIENT PAS EXISTER ! "

 

 

 

 

credit photos: Raphaël Helle de l'agence Signatures

 

À quoi servira la collecte ?

Le film est produit par Iskra.

Nous avons terminé le tournage qui s'est étalé sur cinq années, sans autre soutien financier que les Centre Nationaux des Arts de la Rue de Sotteville-Lès-Rouen (1500 euros), d'Amiens (1500) euros, et 2R2C (Paris) 5000 euros. Cet argent a à peine couvert les frais de tournage. Tout le monde jusqu'à présent a travaillé bénévolement (producteur, réalisatrice, cadreurs, ingénieurs du son, monteuse...).

 

Cette collecte nous servira à financer le montage (6 semaines) et le son (montage, mixage, musique).

 

Un immense merci pour votre aide!

 

 

 

 

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giselski

J’ai débuté comme preneuse de son dans le cinéma, pour des films de Patrice Leconte, Jean-Claude Guiguet et autres… Déçue par la fiction et sa vision conservatrice, je me suis dirigée vers un cinéma plus militant, plus engagé, un cinéma de « l’autre ». Le documentaire fut pour moi une voie vers cet autre, un cheminement personnel pour ou contre une... Voir la suite

Derniers commentaires

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Deux ans plus tard... C'est bien, faut pas lâcher; Juste une remarque suite au visionnage du film que j'ai trouvé laborieux. Dans mon souvenir toute l'exposition est à revoir. Un montage plus vif avec des alternances franchement contrastées (lieux, actions, enjeux et matière filmique) permettrait plus facilement de s'attacher au personnage et d'en éprouver de la curiosité... Enfin, c'est dans mon souvenir et si ça peut aider, ben voilà... Oui, je sais c'est pas facile mais on fait pas ce métier pour que ce soit facile ;-) Bon courage et bonne inspiration.
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Trop content !!!! enfin, bon, je viens de rentrer de l'étranger et j'aurais bien aimer rajouter 1000 pour vous faire venir à Nantes pour une projection gratuite grand public avec vous organisée par lachoucroutegarnie... Mais je peux plus cliquer sur le bouton magique... Bon, ben on trouvera bien un moyen de moyenner :-) Koikilarrive suis trop content ! J'ai hate !
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J'espère que vous saurez en faire bonne usage. Vivement le film ! Vivement que ça pète !!!