Soutenez le documentaire sur le Clept, établissement public pour décrocheurs, où depuis 15 ans se vit une "utopie concrète" d’enseignement.

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Présentation détaillée du projet

 

Note d’intention pour un film.

 

 « Quitter l'école trop tôt, c'est manquer de nom sur les choses, c'est devenir un unique perdu parmi des semblables, c'est manquer de l'en-commun qui organise du sens. C'est manquer de monde et c'est manquer au monde.

Pouvoir retourner à l'école n'est possible que si l'adulte regarde dans la direction de celui qui est parti au point de provoquer une volte-face et d'être à son tour regardé.

C'est ce que le Clept fait et c'est remarquable. »[1]

Chantal Morel metteur en scène, responsable de l’atelier Théâtre du Clept.

 

Vous franchissez la porte métallique bleue, grimpez l’escalier, sur le palier deux ou trois vélos. Par une large baie vitrée derrière des arbres vous apercevez, oblique, une barre HLM. Vous passez une porte jaune, un hall avec réfrigérateur, dans un recoin une table et des chaises, aux murs sur des panneaux d’affichage une revue de presse, des photos de groupe. Derrière la cloison : « …carbonate de calcium. Vous voyez ça commence à faire un schéma assez complexe. J’ai marqué ici la réaction de précipitation. Dites-vous bien… ». Rumeur d’école. Un couloir avec un mur bibliothèque : livres de cours, dictionnaires, documentation… Derrière une porte : « Mais la thèse adverse elle est dans la bouche de Don Juan, c’est Don Juan qui porte toutes les thèses : celle qu’il… » Aux murs, des panneaux d’affichage : GROUPES DE BASE, ATELIERS, BOUTIQUE D’ÉCRITURE. Au passage vous distinguez un échange : « …là on est dans les acteurs : parents, profs… – Amis – Amis ? – Oui ils te socialisent… ». Le couloir file en oblique, pas d’angle droit. C’est que vous êtes à la Villeneuve de Grenoble. Le couloir s’élargit, un espace de repos : table basse avec revues, banquettes rose en contreplaqué. Dans l’enfilade, une grande table composée d’un assemblage de petites. Là, ensemble, trois élèves travaillent. Une grande baie vitrée offre une vue sur les montagnes. Par une porte ouverte sur une pièce encombrée vous apercevez une femme au téléphone : « … toujours du mal à te réveiller… bon tu es réveillé là du coup… tu es à combien de temps du Clept ? … Bon tu vas arriver ce matin pour la boutique… ». Sur un panneau d’affichage vous remarquez le titre d’un article « Non le décrocheur n’est pas une grosse feignasse ! ».

Voilà, vous êtes au Clept : le Collège lycée élitaire[2] pour tous qui accueille des élèves décrocheurs ou décrochés mais volontaires pour reprendre des études dans un lycée d’enseignement général. Bien qu’établissement public rattaché au Lycée Mounier de Grenoble  ce n’est pas un établissement ordinaire. Marie-Cécile Bloch et Bernard Gerde, alors enseignants aguerris et responsables de formation à la MAFPEN[3], l’ont fondé en 2000 avec trois ambitions. Il s’agissait « d’offrir à ces jeunes (les décrocheurs) la possibilité de se réapproprier un avenir scolaire, mais aussi, les moyens de se construire une véritable citoyenneté ». Ils y ajoutaient la nécessité de repenser le métier d’enseignant. Ainsi, depuis presque quinze années dans cet établissement expérimental, l’équipe des enseignants et les élèves réfléchissent et mettent en pratique d’autres modes d’enseigner/apprendre tenant ferme ces trois ambitions.

 

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Les jeunes qui arrivent au Clept et les adultes qui les accueillent ont en commun d’être volontaires. Ces derniers d’abord parce qu’ils sont convaincus que : « Tout petit d’homme, à l’exception de cas pathologiques, est capable d’apprendre et de bien apprendre. ». Convaincus aussi que « l’École de la république doit être son propre recours ». Volontaires, les jeunes le sont pour reprendre le chemin d’une école qui les a ou qu’ils ont rejetés car, de parcours adaptés en dispositifs de relégation, elle ne leur offrait plus la voie qu’ils souhaitaient. C’est ce qu’explique une élève lors de son entretien de recrutement dans l’établissement : « Depuis septembre, je cherche du travail. J’ai beaucoup réfléchi, et finalement je sais que je veux passer un bac général et non pas technologique parce que j’aime apprendre. »[4].

Ce premier entretien avec deux enseignants de l’établissement est décisif. Si son issue est positive : « le “top là” originel, comme le nomme Guy Berger[5], beaucoup plus qu’un contrat, symbolise une reconnaissance mutuelle et un double engagement explicite, celui du jeune d’un côté mais au moins autant celui de l’institution et des enseignants qui l’accueillent. Les uns et les autres se déclarant prêts à s’engager dans une aventure qui les mettrait également en cause. »[6].

 

Le raccrochage est un parcours exigeant, quelquefois chaotique : « c’est dur » disent les jeunes. Ils empruntent d’abord un passage en module lycée ou collège – que les cleptiens nomment “tremplin”. En module on redevient élève. Cela peut prendre quelques mois, ou plus d’un an. Suivent les classes de seconde – ici on dit “embarcadère”, les mots ont leur importance ! – de première, ou de terminale. Le passage d’une étape à une autre se décide “carte sur table” lors des bilans. Le fonctionnement de ces bilans est révélateur de la philosophie du Clep. Si, comme ailleurs, il s’agit de notes et d’appréciations, la manière de faire est différente. D’une part notes et appréciations ont été communiquées avant le bilan, et éventuellement discutées avec l’enseignant. D’autre part, cela se passe pour chacun devant – et avec – tous : élèves et professeurs réunis. Cela donne lieu à des échanges d’expérience, renforce ou déclenche des solidarités ; chacun est reconnu comme une personne singulière dans le groupe classe avec ses richesses et ses difficultés dont il faut faire quelque chose.

 

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Le dispositif qui accueille les décrocheurs évolue avec l’expérience, sans cesse il est remis en chantier. Dans le film Réapprendre l’école, Marie-Cécile Bloch trace ainsi la géographie du lieu et de ses habitants : « Au Clept il n’y a que des profs et pourtant on fait tourner une petite unité d’une centaine d’élèves, on assure donc la totalité des fonctions qui sont généralement dévolues à des surveillants, une secrétaire, à un chef d’établissement. Et puis en plus on s’en est rajouté des fonctions par rapport à ce qui est réparti dans différents corps dans un établissement normal puisque on s’est rajouté : animateur de groupe de base, accompagnateur d’atelier, tuteur de façon très rapprochée, oui je crois vraiment que c’est un autre métier ; tout en étant fondamentalement le même, c’est-à-dire avoir l’envie, le soucis de faire que l’école de la république et ce qu’elle a de plus formateur, c’est-à-dire ce qu’elle permet d’acquérir comme noyau dur de la culture générale, avoir ce soucis là de permettre à ces jeunes concassés d’y revenir et puis d’y réussir. ». Le dispositif conjugue non seulement le collectif et le singulier mais aussi le singulier dans le collectif, par exemple dans les groupes de base. Voilà comment dans Réapprendre l’école un élève présente ces groupes aux nouveaux : « Un groupe de base c’est un moment qui a lieu normalement tous les quinze jour[7]s, où en fait on se retrouve entre élèves et professeurs, élèves de différents niveaux parce qu’au Clept les classes changent souvent en raisons des modules et on discute aussi bien du Clept, de la vie scolaire que de sujet d’actualité ou… enfin dès que tu as quelque chose qui te passe par la tête et que tu veux le proposer dans l’intérêt du collectif c’est ici que ça se passe. ». Ainsi en classe et ailleurs, de mélange et de mixité, d’exigence et d’attention se tracent les chemins du raccrochage.

 

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Quand d’anciens élèves évoquent leur passage au Clept ils en parlent comme d’une expérience fondatrice : « De toute façon, moi le Clept, ça me travaillera toute ma vie ». Ce qui étonne c’est que même pour ceux qui n’ont pas obtenu le bac qu’ils étaient pourtant venus chercher, ce passage n’est pas vécu comme un échec mais comme une ouverture. Houda par exemple : « Si j’ai envie de réussir, je peux ; vous m’en avez donné la possibilité. Même si je n’ai pas pu continuer pour des raisons personnelles, parce que ma situation ne le permettait pas, maintenant j’ai ce qu’il faut pour continuer. »

Pour la plupart des jeunes qui fréquentent le Clept, l’aventure est couronnée d’un bac L, S ou ES. Comment, là où le système scolaire a échoué, le Clept réussi-t-il ? Quelles sont vos méthodes ? leur demande-t-on souvent. À cette question l’équipe des enseignants répond : « Pas de recettes cataloguées, mais quatre à cinq principes solides qui permettent de faire équipe et qui irriguent nos choix pédagogiques, structurels et organisationnels :

–  l’adéquation entre nos actes et nos paroles, et notre conviction qu’ils sont tous capables d’apprendre (notamment en nous interdisant certains propos banals sévissant dans beaucoup de salles de profs comme “avec ces élèves-là, ce n’est pas possible” ou encore “untel n’a pas sa place ici”… ;

–  l’exigence affirmée comme preuve tangible du respect des possibilités de chacun ;

–  l’affirmation que pour apprendre il faut pouvoir se tromper en toute sécurité et ce, y compris pour les enseignants ;

–  la volonté que l’élève soit un interlocuteur à part entière, ce qui oblige à faire quelque chose de la parole qu’il prend ou qu’on lui donne ;

–  le souci permanent de questionner ce que nous faisons, d’être “carte sur table” avec soi-même, avec les élèves, avec les collègues.

 

De l’aventure du raccrochage, j’ai exploré quelques-uns des aspects dans trois films tournés avec le Clept. Deux films recueil de paroles : Paroles de décrocheurs et Vidéomatons. Dans le premier, des jeunes décrocheurs nous font partager les réflexions que leur inspire la rupture avec le lycée. Dans le second, des élèves en raccrochage et des professeurs du Clept répondent à la question : « l’école, que s’agit-il d’y réussir ? [8] ». Le troisième, Réapprendre l’école, tournait autour de la difficulté et du bonheur de retrouver l’école et le chemin des savoirs émancipateurs.

 

Aujourd'hui quel film faire ? le Clept est une ruche. À l’un des séminaires[9], la préoccupation du moment m’avait particulièrement intéressé. Elle questionnait le politique : en quoi, et pourquoi le Clept est-il un projet politique ? Ce travail avait été motivé par des inquiétudes quant à la pérennité de la structure, des malentendus au sein de l’équipe et la perspective d’intégrer de nouveaux enseignants. La réflexion faisait apparaître entre autres que le projet du Clept est politique car il s’inscrit, au sein de l’Éducation Nationale, dans une proposition de lutte contre le décrochage scolaire. Il critique le fonctionnement ordinaire de l’école qui trie plus qu’elle ne donne sa chance à tous et produit le décrochage. Il est politique quand il affirme que les décrocheurs sont des analyseurs des insuffisances de l’offre scolaire. Il est politique plus radicalement encore quand, en tirant toutes les conséquences, il met en pratique et montre qu’il est possible de changer le cours des choses. Il est enfin politique par la place qu’il donne dans son fonctionnement au collectif : la classe, le groupe de base, l’atelier, l’équipe enseignante et son fonctionnement collégial, le Clept… Le Clept est « une utopie concrète », c’est cela que je veux filmer. Le dispositif du Clept, les quatre ou cinq principes évoqués, donnent une place centrale à la parole, à celle des adultes comme à celle des jeunes. C’est dans les échanges que circule l’utopie concrète.

 

« Si je regarde (filme) des hommes qui posent des gestes, bâtissent des igloos, font du feu, chassent et pêchent ; j'ai fait de la zoologie. L'étude de l'homme commence à la parole. »[10]

Pierre Perrault Cinéaste et poète québécois.

 

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L’utopie concrète est à l’œuvre dans les groupes de base comme dans la « vie de classe », réunion hebdomadaire au cours de laquelle la classe réfléchit aussi bien à un incident qui a perturbé le travail aussi bien qu’à la place du « par cœur » dans les apprentissages. On la débusque dans la salle des profs entre midi et deux quand, tout en avalant son sandwich ou le plat réchauffé au micro-onde, on échange sur la difficulté du matin ou la satisfaction des progrès d’un élève. Elle est de veille en « couloir », où à tour de rôle les enseignants remplissent les tâches dévolues à la vie scolaire. Certes, enregistrer les absents tient de la routine mais pas les rappeler. Accueillir les retardataires et les mettre au travail n’est pas toujours simple mais récupérer un élève qui vient de claquer la porte d’un cours demande autre chose que du doigté. Le vendredi, les élèves partis, elle musarde au pique-nique de l’équipe et habite la réunion qui le suit où l’on « descend de vélo pour se regarder pédale » et préparer la suite des jours. Et cela se manifeste au fil des échanges dans une parole qui tient ensemble et entretient ce beau souci raccrocher.

De cela, je veux faire récit.

Un bilan. Un peu en retrait j’appuie sur le déclencheur. Un à un ils font le point, se fixent des objectifs et dessinent leur scénario pour la période à venir. Le film est commencé. Il empruntera peut-être des chemins de traverse parce que deux élèves découvrant pour un travail de français « Comment Gargantua fut institué par Ponocrates en telle discipline, qu’il ne perdoit heure du jour » proposent de poursuivre cette réflexion sur l’éducation dans leur groupe de base. Il y aura des détours par les ateliers où comme le disait un élève lors de la dernière assemblée générale : «  … ben si on m’avait dit l’année dernière que j’allais déterrer des cadavres avec ma prof d’anglais (en atelier archéologie) c’est… improbable. Des trucs comme ça, ça fait du bien… »

Vous l’aurez compris, il ne s’agit pas de faire un mode d’emploi filmé d’un modèle à reproduire. « L’utopie concrète » – avec ce qu’elle a de transposable ailleurs et ce même dans l’école ordinaire – est présente dans le quotidien du Clept plus que dans les rouages de l’institution. Je veux rendre sensibles les déplacements de postures qui rendent possible le raccrochage sans lâcher et l’objectif du bac et l’émancipation de la personne. C’est donc plus l’esprit du lieu qui m’intéresse que de rendre compte du fonctionnement de l’établissement.

 

Le film se tisse de la suite des jours, écoutons, regardons.

 

[1] Conclusion du témoignage de Chantal Morel  au colloque « L’école que s’agit-il d’y réussir » organisé par l’association La Bouture à l’occasion  du 10e. anniversaire du Clept en 2010.

[2] Élitaire : Tous ont droit au meilleur ! et pas élitiste (le meilleur pour quelques uns).  Les fondateurs font référence à la définition qu’Antoine Vitez donnait du théâtre populaire.

[3] MAFPEN : Mission Académique à la Formation des Personnels de l'Éducation Nationale.

[4] Ce témoignage et les suivant sont extraits du livre de Marie-Cécile Bloch Alors on la fait cette école pour tous ? Petite histoire du Clept un collège-lycée élitaire pour tous.

[5] Guy berger : Professeur émérite en Sciences de l’Éducation. Membre du conseil scientifique du Clept.

[6] Extrait de Du décrochage de certains à la réussite de chacun de Guy Berger (Introduction aux actes du colloque « L’école que s’agit-il d’y réussir »).

[7] Aujourd’hui c’est toutes les semaines, le film date de 2008.

[8] Colloque  L’école que s’agit-il d’y réussir ? »  organisé par l’association La Bouture à l’occasion des 10 ans du Clept en nov.  2010.

[9] Une à deux fois par an Les membres de l’équipe consacrent un week-end pour approfondir leur pratique.

[10] Extrais de Entretien Pierre Perrault par Guy Gauthier et Louis Marcorelles dans : La revue du cinéma n° 255 jav. 1965.

 

À quoi servira la collecte ?

 

L’état des choses

J'ai commencé à tourner seul. Il y avait urgence. J’avais peur de rater une période particulièrement propice au projet avec le renouvellement d’une grande partie de l’équipe par de jeunes enseignants/tes.

Côté tournages, dans la ruche qu’est le Clept, il m’est parfois difficile d'anticiper et même de suivre ! J’aurais donc besoin de travailler avec un opérateur sur certains tournages.

En ce qui concerne le matériel, l'appareil photo que j'utilise pour le tournage est mis à disposition par la société Autres regards. Je le complète avec du matériel d'occasion (objectifs) et des bricolages (harnais de caméra, etc.). Pour le son, j'utilise mon propre matériel (micros, mixette, Hf). Ces équipements un peu spartiates auraient besoin d’être complétés.

 Je stocke les rushs et prépare le montage avec un ordinateur et des disques durs que j'ai acquis spécialement pour ce film.

Le Clept prend en charge mes déplacements (j'habite à 2 h de train de Grenoble).

Et je suis toujours à la recherche d’un producteur mais je dois à tous prix continuer le tournage.

 

La collecte

Elle permettra de rémunérer un opérateur pour une huitaine de jours,

Si nous arrivons au-delà des 3000 € (4000€, cela est souhaitable...) de compléter le matériel de tournage et de stockage des rushs ─ mes disques durs sont bientôt pleins ! et quelques jours de tournage en plus !

 

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Jean-Paul Pénard

J’ai d’abord travaillé dans le cadre de la décentralisation théâtrale comme régisseur et constructeur de décor. Passé au documentaire dans les années 80 je fais alors deux rencontres essentielles d’amitié et de travail Bernard Gerde et Bernard Ganne. Avec le premier (futur co-fondateur du Clept) – et quelques autres – je co-réalise mes deux premiers... Voir la suite