Le projet de Juste avant la Compagnie : après avoir terrassé Richard III, pulvériser Macbeth de Shakespeare.

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Présentation détaillée du projet

 

 

 

TEXTE / WILLIAM SHAKESPEARE

TRADUCTION / ANDRE MARKOWICZ

MISE EN SCENE / LISA GUEZ

LUMIERES ET SCENOGRAPHIE / PAUL CHARLOT

LUMIERES 2 / BENJAMIN FERRY

SON / LOUIS-MARIE HIPPOLYTE

COSTUMES / VALENTINE KRASNOCHOK

 

 

AVEC / BAPTISTE DEZERCES, VALENTINE KRASNOCHOK, ARTHUR GUILLOT, MILENE TOURNIER, EMILIEN AUDIBERT, LOLA CAMBOURIEU, BENJAMIN DESCOTES-GENON, RAPHAËL HENRIOT 

 

«  J’en ai assez, du soleil. Je voudrais

Que l’ordre de ce monde soit défait »

 

Macbeth, V, 5

 

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Macbeth. Une crise somnambulique sur la lande déserte. Un long cauchemar de la nuit des temps. Un poème, conté par un idiot, plein de bruit et de fureur, et qui signifie : rien.

Point d’aboutissement de la virtuosité dramatique de Shakespeare, cette fable sanglante reste pour nous un objet impossible à aplanir. Nous plongeons dans un monde nocturne où les sols regorgent de prophéties, où les bêtes s’entredévorent, où les forêts attaquent les châteaux.

Ce monde-là nous est radicalement étranger.

Il ne s’agit pas de faire le récit d’une Ecosse Moyen-âgeuse engloutie par le temps. Il ne s’agit pas non plus de tirer à nous cette fable et de la digérer au goût du jour. Macbeth n’appartient ni au passé, ni l’actuel : c’est un rêve signifiant qui crève la ligne du temps, concentrant en son sein la prophétie d’une apocalypse à venir et l’écho d’un mythe disparu.

Insituable, opaque, cette pièce nous décentre, nous déporte, met en crise notre imaginaire scénique et nous contraint à rêver, à rêver encore, à nous enivrer de formes jusqu’au cauchemar. Bienvenue à Juste avant la Compagnie dans cette catabase infinie des possibles qu’ouvre Shakespeare. Nous abordons ce texte, comme Macbeth les sorcières : dans un état fiévreux et intranquille, avec un désir insatiable et le pressentiment de l’acte que nous allons commettre.

Nous voilà désormais, englués, plongés jusqu’au cou dans Macbeth comme les mains dans le sang. Plus nous nous immergeons, plus ce poème prend un air familier. Sous sa croûte mythique, c’est une cartographie de l’inconscient universel qu’ouvre la pièce. En bons disciples de Shakespeare, il nous incombe de redessiner ce point vibrant où le fantasme et l’acte, où le désir et le meurtre, se mêlent. Macbeth pose face aux égouts remuants de l’âme humaine un miroir de noirceurs et de furies, qui s’enfilent sur notre scène comme des perles. Et que nous tâcherons de faire exploser.

 

 

 

L'histoire

 

 

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C’est la guerre. Nous sommes en Ecosse, au Moyen âge, nous pourrions être dans n’importe quel Etat au fonctionnement vacillant. Le roi Duncan est contesté dans son autorité par des chefs de clans rebelles. Macbeth et Banquo, par leur violent héroïsme, parviennent à mater la révolte. Alors qu’ils traversent les étendues désertiques du pays pour rentrer chez eux, ils sont arrêtés par trois êtres androgynes. Des femmes ? Les bulles de la terre ? Une machine ?  Elles promettent à Macbeth qu’il sera roi, et à Banquo une descendance royale, avant de disparaître. Sur la tête de l’un est placée « une couronne stérile », semence de la postérité de l’autre. Macbeth, perturbé par cette annonce prophétique, s’en ouvre à sa femme. Enthousiaste, elle enflamme son courage et le pousse à assassiner promptement Duncan. Macbeth ne dort plus, Banquo non plus. Tout se précipite. Les cauchemars, les signes, et les mouvements du ciel. Macbeth se laisse convaincre, tue le roi dans son sommeil, s’empare de la couronne. Mais la prophétie prédit que la descendance de Banquo règnera : il lui faut alors éliminer Banquo et son fils. Le sang appelle le sang… C’est un long cauchemar de plus en plus épais dans lequel la pièce s’enfonce.

 

Notre mise en scène

 

Macbeth n’est pas seulement une pièce imbibée de noirceur, on ne peut la jouer dans une seule teinte. En effet, le motif de l’entre-deux (le rendez-vous avec Macbeth doit avoir lieu « entre jour et nuit ») et de la contradiction (« un jour pur et impur comme aucun jour),  prolifère dans la pièce.

Cette bipolarité est au cœur de l’écriture. Comme souvent dans les pièces de Shakespeare le prisme des tonalités est très contrasté, et va du bouffon-paillard de la scène du Portier à des scènes dramatiques d’une incandescente mélancolie.

Or, Macbeth est devenu dans nos imaginaires littéraires une figure si gigantesque et inébranlable qu’elle s’est partiellement réifiée : on l’imagine en bloc comme une pièce sombre sur la peur et le crime,  il est dès lors primordial d’y réintroduire une véritable vie théâtrale mêlant l’horreur à l’humour. Ainsi, loin de gommer les ambivalences initiales du texte pour nous centrer sur la quintessence de ce qu’on imagine souvent être Macbeth, nous avons donné une place très importante à ce qu’on considère à tort comme « des petites scènes », des « petits personnages ». L’esthétique de la pièce tient ainsi autant à l’interprétation des personnages principaux qu’à la vie qu’on injecte dans les figures qui les entourent et dans l’univers où se déroule l’histoire. Nous ne coupons donc pas de scènes dites secondaires. Les meurtriers, le portier, les chefs de clans, les dames de compagnie, les serviteurs, les sorcières, les oiseaux, les vieillards devins, les soldats, les médecins sont des figures souvent comiques, fortes, théâtrales que nous prenons à bras le corps et auxquelles nous donnons une voix d’une très grande vitalité

En opposition à cette vie explosive que nous faisons naître, se dessine très clairement sur notre scène un univers inquiétant, terrifiant, erratique.

 

La fable se fonde sur une chronique écossaise du XIème siècle, âge où le fonctionnement politique oscille encore entre des logiques tribales, claniques, et une progressive centralisation politique moderne, fruit de la vassalisation des « Thane » par le roi. Shakespeare choisit donc de poser son action sur une surface tremblante : le point originaire et instable d’un Etat en train de se former, sortant de la nuit des temps par l’imposition d’un Ordre ne souffrant plus la contestation des chefs rebelles. L’Ecosse de cette Aube des temps qui nous est offerte dans le texte apparaît alors comme un lieu mythique, baigné d’une lumière profondément archaïque, et néanmoins traversé par d’une tension très forte vers la modernité politique.

Dans notre esthétique, nous avons ainsi cherché à donner corps à cet inquiétant alliage entre mythe ancestral et modernité…

Il est certain que nous ne pouvions pas faire comme si Macbeth pouvait se jouer dans un univers qui nous est familier, ce qui l’aurait évidée de sa force étrange. Néanmoins nous n’avons pas non plus voulu montrer cette fable comme une fable du passé, enterrée sous le poids des siècles. Quelque chose, au cœur même du personnage de Macbeth ressemble à notre approche contemporaine de la peur : nos terreurs sont d’abord des scénarios catastrophes qui se projettent dans un avenir hypothétique. Macbeth est en quelque sorte à la fois un prophète et un ange de l’apocalypse. Dans ses visions, il voit ce qui vient plus nettement encore que ce qui est, et ce qui vient est une destruction de la vie et du sens. 

 

Cette explosion du psychisme se produit également, quoiqu’à contre temps, chez Lady Macbeth qui a sacrifié à son projet une part de son humanité (« Venez, esprits/ Vous qui veillez sur les pensées mortelles/ Là, déssexuez-moi. Emplissez-moi/ Du chef jusqu’aux orteilles, pleine à ras-bord/ De la plus implacable cruauté ») . L’Ecosse dans la fable subit progressivement la ruine de la nature et des hommes, le médecin décrit en effet son pays ainsi au cinquième acte : « D’impurs murmures courent le pays/ Des actes sans nature font germer/ Des troubles sans nature ». Macbeth fait revenir l’Ecosse à un état de non droit, sa terreur d’être déchu lui fait commettre des massacres de masse, mais il est néanmoins trop faible pour imposer un pouvoir. Nous revenons ainsi à une sorte de guerre de  « chacun contre chacun », ou de chacun contre tous, pour reprendre les formules de Hobbes dans Le Leviathan.  Mais le règne de Duncan, déjà contesté par la trahison de Cawdor, ne promettait-il pas déjà ce retour du chaos?

 Sur notre scène, comme pendant logique à la force théâtrale vive que nous imposons dans l’imaginaire et le jeu des acteurs, nous avons insisté sur les images de l’horreur :  la  baignoire pleine de sang, chaudron des sorcières, accompagne toutes les scènes. Nous grossissons et généralisons les idées sanglantes.

L’univers spatial que nous avons crée corrobore cette idée d’inquiétude : nous avons tenté de mettre en scène un monde où tout aurait déjà explosé, où la grande apocalypse aurait déjà eu lieu. Dans ce monde le paysage est ruiné. La communauté humaine s’agglutine en des organisations fragiles. Tout, à l’extérieur, est hostile et dangereux. Nous avons tenté de faire de Macbeth l’écho paradoxal d’une peur apocalyptique, grandissant le cauchemar de l’individu en cauchemar du collectif.

 

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À quoi servira la collecte ?

Notre collecte servira en premier lieu à payer tous les frais liés à la scénographie

 

Techniquement, sur notre scène, tout est métallique. Pour créer une ambiance de terrain vague ou de chantier, nous voulons construire les arbres de la forêt de Birnam en tiges de métal que nous surmonteront par des projecteurs. Nous ferons sept arbres de cette sorte. Si les matériaux que nous utilisons sont en majorité issus de la récupération, l'achat des projecteurs et les outils qui servent à notre scénographe pour l'assemblage sont assez coûteux...

Ensuite, nous construisons sept grosses lampes métalliques portables qui aideront les personnages à évoluer dans leur propre cauchemar. Les lampes sont toutes des objets  détournés et transformés : crâne de lion, bocaux, lampe de calèche, téléviseur.... Encore une fois, les matériaux sont issus de la récupération, mais l'assemblage et la transformation en lampes pèsent un peu sur notre budget

Le troisième investissement que nous devons faire dans cette scénographie est la baignoire! Le chaudron des sorcières sera en effet une baignoire pleine de sang, couverte d’une grille métallique, que nous monterons sur roulettes!

 

Illustration du principe scénographique et des lumières : La forêt de Birnam en marche sur Macbeth, dans l’acte V  MALCOLM : “ Que nos soldats/ Coupent tous une branche et qu’ils la portent/ Au devant d’eux”: 

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En second lieu, cette collecte nous permettra de fabriquer nos costumes !!!

 

 

Tous les costumes, exceptés ceux des sorcières, sont frottés à l’argile rouge (nous devons investir dans un stock d'au moins dix kg d'argile!). Les personnages semblent ainsi sortis des entrailles de la terre. Si l’argile rouge rappelle l’aridité et la poussière, elle évoque également la couleur du sang : la baignoire, chaudron des sorcières est elle aussi remplie du début à la fin de la pièce d’eau mêlée à l’argile rouge.

Sur ces costumes nous ajoutons des bijoux et des plaques de métal qu'il faut acheter et construire.

 

Les sorcières subiront un traitement différent. Ce sont des êtres hybrides, liquides, vaporeux. Leur corps sera couvert d’une combinaison argentée, comme si à force de fréquenter un milieu mécanique et chimique, leur peau elle-même était devenue métal. Sur leurs visages poussent des excroissances en fer, qui leurs servent d’antennes (nous leur fabriqueront une sorte de casque-masque en métal). 

 

Tout ceci nous demande donc un investissement d'au moins 500 euros en plus du petit budget que nous avons déjà avec la compagnie, et c'est pourquoi nous vous appelons à l'aide!

 

Les trois sorcières

 

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Remerciements à Michel et Mayorek pour les illustrations

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Juste avant la Compagnie

Juste avant la Compagnie est une association loi 1901 fondée en septembre 2010 par Lisa Guez, Baptiste Dezerces et Gabriel Galand à l'issue des représentations à l'École Normale Supérieure de leur premier spectacle : La Nuit juste avant les forêts de Bernard-Marie Koltès, spectacle joué d'abord dans des cadres universitaires mais qui sera vite repris... Voir la suite

Derniers commentaires

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Dérangez nous.
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Tous mes encouragements pour ce beau projet, je sens que ce Macbeth va décoiffer !
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merci mes biquous.