Anthropologie de pratiques paysannes d’hier et aujourd’hui. Rôle et usage de la mémoire des paysages. Récoltons les paroles paysannes !

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Présentation détaillée du projet

 

 

Genèse d’un projet,

 

Parfois la vie se présente comme un puzzle, une rencontre, puis une autre, des pièces s’assemblent et d’autres nous manquent. La recherche de ces pièces m’amène chaque un jour un peu plus loin.

Depuis 2 ans, elle m’entraîne dans le berceau de l’agriculture au cœur d’une autre culture, au Kurdistan d’Irak.

 

Appartenant à ce qui était la Mésopotamie, le Kurdistan d’Irak fait partie de cette région connue depuis 10 000 ans pour être le berceau de l’agriculture. Nous pourrions en déduire que ses semences, particulièrement les blés originaire de cette partie du monde portent les traces de ce passé … mais aujourd’hui, après des guerres, la politique des terres brûlées, l’Anfal, un double embargo, et l’occupation, nous constatons que cette région importe en réalité 80% de son alimentation. D’après mes informations, seulement 7 variétés de blés seraient « autorisées », et aucune de ces dernières ne seraient « locales ».

Ainsi, si nous observons l’évolution de l’agriculture ces dernières années, c’est un déclin frappant face au quel nous allons nous trouver, se traduisant par un passage de 87% de la population qui cultivait à seulement 5%, ceci a pour conséquence : une dépendance alimentaire.

Hors depuis 1991, cette région de l’Irak est autonome politiquement se voyant attribuer une part de la rente pétrolière, soit une forme d’indépendance politique.

 

L’articulation de ces deux phénomènes qui interviennent suite au même « temps » pose cette question centrale dans la perspective de la « souveraineté alimentaire » : de quelle autonomie sommes-nous en train de parler quand un pays devient dépendant en termes d’alimentation ?

 

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Ce qui s’est déroulé au Kurdistan d’Irak est assez rare, la densité des évènements violents qui s’y sont succédés a eu de réelles conséquences sur la population, ce sont des individus, choqués, déplacés, coupés de leur terre du fait de la destruction des villages (destruction de 4 500 d’entre eux sur les 5 200 existants), des terrains minés, en l’occurrence leurs montagnes (terre de refuge), victimes d’une politique visant à les faire disparaître (Campagne Anfal, usage de l’arme chimique à Halabja)… C’est une population sous le choc qui va assister au lancement de la reconstruction. Qui a donc pus se souvenir et interroger sur quelle histoire se ferait cette reconstruction vers quel projet ?

Alors que le nouveau programme pour l’agriculture au Kurdistan a été écrit par les américains, il apparait important de s’interroger sur l’intérêt de la mémoire ou de l’oubli dans ces moments charnières.

 

« Celui qui a tout vu

Celui qui a vu les confins du pays

Le sage, l’omniscient qui a connu toutes choses

Celui qui a connu les secrets

Et dévoilé ce qui était caché

Nous a transmis un savoir

D’avant le déluge.

Il a fait un long chemin.

De retour, fatigué mais serein,

Il grava sur la pierre

Le récit de son voyage. »

L’épopée de Gilgamesh

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C’est à travers une enquête anthropologique que je souhaite aller récolter des récits. Mon premier voyage au Kurdistan d’Irak de mai à juin 2013 m’a permis de pousser certaines portes, d’entrevoir des « paysages » d’une densité extrême, que je souhaite décrire, observant ce que les habitants y font et ce dont ils se rappellent en termes de pratiques et savoir paysans. Ainsi, dans ces liens c’est une structure bien plus fine que nous verrons émerger, rendant visible ces mécanismes permettant de survivre ou pas à ces désastres en tant que Kurde d’Irak.

 

Une agriculture vivrière auto-suffisante s’est transformée en un système agro-industriel utilisant des intrants et transformant les pratiques. Cette modification touche l’ensemble de la société et elle a nécessité de profondes réformes. Alors que Paul Bremer, administrateur américain pendant l’occupation a fait inscrire 100 ordres, dont le numéro 81 qui impose la propriété intellectuel sur les semences, ce sont des paysans qui doivent désormais acheter des semences autorisées à la culture que j’ai rencontré. Ce territoire autonome est ainsi dépendant des semenciers. Le blé s’achète dans son berceau !

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Le modèle agricole n’apparaît donc plus comme une question technique mais bien comme un enjeu politique, à l’intérieur duquel il apparaît important de penser la diversité culturelle quand la diversité biologique a été confisquée.

 

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« Les gens sont devenus riches mais ont perdu la culture des montagnes, la fierté des montagnes. Tout le monde ressent cette perte.

Si on veut voir ce qu’est la culture traditionnelle il faut aller en Iran là où les Kurdes ont gardé leurs villages. Ici c’est triste ou à l’argent mais on a perdu notre culture.J’ai été Peshmerga, on a résisté pour la liberté, quand je vois ce qui se passe, je me dis que ce n’est pas fini. Moi j’ai survécu, les gens avec qui j’ai passé du temps dans les montagnes sont morts, alors chaque jour j’avance pour poursuivre le combat qu’on mène. » Interview Rizgat, Juin 2013

Perspectives de cette recherche :

Mon travail de recherche me conduit aujourd’hui à devoir récolter du matériel pour lequel j’envisage deux axes distincts, afin d’approfondir mes premières analyses :

 Le premier concernera l’aspect légal et factuel de tout ce qui a et influe encore l’organisation de la distribution des semences.

 Le second, relèvera de ce que le gouvernement autonome du Kurdistan nomme « le secteur informel ». Quelle serait l’organisation parallèle, et non répertoriée par le gouvernement, d’échange de semences et de pratiques de l’agriculture paysanne telle que cela été fait avant les réformes agricoles.

 

Terrain :

Il se déroulera de Juillet à Septembre 2014. Il comprendra un passage en Jordanie à l’institut ICARDA (International Center for Agricultural Research in the Dry Areas) afin de comprendre les processus d’autorisations et la régulation du marché des semences au Moyen Orient.

Puis, je me rendrais au Kurdistan d’Irak, je souhaiterai organiser mon séjour sur deux lieux : un village qui n’aurait pas été détruit et un ancien camp qui serait devenu une ville. Je souhaite passer du temps auprès des paysans dans leur travail de la terre, ou dans leurs nouvelles activités afin de prendre la mesure des savoir-faire transmis ou pas, à qui et comment. Il apparait pour moi indispensable voir urgent de pouvoir débuter un travail de récolte de données spécifiques de cette organisation sociale paysanne pendant que les témoins de cette période sont encore à même d’en rendre compte.

 

 

À quoi servira la collecte ?

A financer

- Mes déplacements sur place en Jordanie et Irak, en taxi et bus soit : 656 euros ( environ 200 euros par mois)

- Les frais de la vie quotidienne : 1 762 euros (environ 500 euros par mois + 100 euros d’urgence)

- L’achat d’un appareil Photo : 872 euros

Soit un total de 3 290.

Si la collecte dépasse …

- J’aurais la chance de pouvoir rémunérer les traducteurs auxquels j’ai parfois besoin de faire appel soit 1 500 euros ( 500 euros par mois)

A noter, L’EHESS finance mes billets d’avion (700 euros)

Ainsi, retenons qu’atteindre 3 290 euros serait très bien, et atteindre 4 500 merveilleux !

 

 

 

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Béné.B

J’ai grandi en Ardèche ayant pour terrain de jeu la forêt et pour limites les espaces cultivés. Rien ne m’a jamais été véritablement dit des règles, n’étant pas fille de paysans, je suivais. Empreinte de ce « bon sens paysan », Je n’ai pas compris le scandale de la vache folle. Comment des adultes avait pu penser normal de donner des carcasses d’animaux... Voir la suite

Derniers commentaires

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Bravo Bénédicte pour ce beau projet; j'espère que tu pourras le réaliser... Amitiés. Geneviève.
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Quel merveilleux projet! Je te souhaite un excellent aboutissement, que ton sourire et ta détermination te porte loin. A très vite chère Béné. T'embrasse. Coraline