Ce documentaire suit la vie de trois migrants Ivoiriens coincés en Grèce. Leur envie? Partir. Leur besoin? L'argent.

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Présentation détaillée du projet

 

 

 

En 2011, comme des dizaines de milliers de migrants, Loss, Madess et Moussa arrivaient en Europe par la Turquie. Obligés par la législation européenne de rester en Grèce, ils ne veulent qu’une seule chose: partir. Dès lors, gagner l’argent nécessaire au départ est une obsession et tous les moyens sont bons.

 

Le film "L'aventure" suit le quotidien de ces trois Ivoiriens à Athènes - leur sentiment d’enfermement, les stratégies pour trouver de l’argent, le basculement dans l’illégalité, les tentatives de départ - et explore ce qui se joue individuellement et collectivement lors de la migration : les relations aux autres communautés de migrants, l’amitié, la trahison, la solidarité, les mafias, la violence.

 

 

LES PERSONNAGES

 

Après plusieurs mois de repérages et d'approches, le réalisateur a rencontré Madess, Loss et Moussa qui lui ont progressivement fait confiance et permis de filmer leur vie.

 

Losseni, le commandant, a 29 ans. Cet ancien  des milices de Ouattara fuit la Côte d’Ivoire car maintenant que la guerre est finie, les règlements de compte se multiplient. Pour survivre et pour «faire voyage», Loss travaille dans la mafia d’«Al Capone» dans la rue des demandeurs d'asile. Il veut migrer en «Ferlande» ou à Paris.

 

 

 

Grand Moussa, le technicien, a 28 ans. Cet ancien enfant des rues a appris le métier de soudeur en Guinée. Analphabète, il est très doué pour les tâches techniques. Pousseur de chariot, récolteur d’olives, Grand Moussa refuse de s’impliquer dans la mafia d’«Al Capone». Il fait l’aventure afin d’obtenir des papiers qui lui permettront de faire du commerce entre l’Afrique et l’Europe.

 

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Madess, le chanteur, a 27 ans. Ses chansons parlent du quotidien des migrants: «Visa Turquie»«Pousser chariot», «Veniseloso souvenir» (aéroport d’Athènes), «Al Capone problème». Lassé de la vie dans son pays, Madess migre car «il veut se faire une place au soleil». Son rêve est d’aller à Saint-Denis, à côté de Paris.

 

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Rush brut - Séquence cuisine avec Madess, Loss, Ben et Adamo - Décembre 2012

 

 

 

LES LIEUX

 

«Al Capone». La rue des demandeurs d'asile à Athènes est le tragique symbole de la mort du statut de demandeur d'asile en Europe. Le système de demande, volontairement arbitraire et défaillant, a facilité le développement de petites mafias. 

 

La maison. Loss, Madess et Moussa habitent avec 16 autres Ivoiriens dans un appartement chambre-salon situé dans une cave. Ce lieu où ils passent tout leur temps, gorgé d'eau et sans lumière, représente le piège grec qui s'est refermé sur eux.

 

«Au village». De nombreux migrants vont travailler au village, pour récolter des fruits et des légumes. Moussa, lui, récolte des olives. Il est payé 15 euros par jour et vit dans une usine désaffectée avec ses compagnons, sans eau, ni bois de chauffe.

 

Pousser chariot. La plupart des migrants ont poussé chariot à un moment ou un autre. Certains «chassent» du papier dans les poubelles d'Athènes, d'autres du fer, comme Moussa. Ils revendent ensuite leurs marchandises dans la banlieue industrielle de la capitale Grecque.

 

Et d'autres lieux. Le squat où se fabriquent des faux papiers, l'aéroport d'Athènes, le bus des immigrés, le bar du soudanais, le train menant à la frontière, le camp de Debrecen en Hongrie, le camp de B. en Allemagne...

 

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RÉSUMÉ DU PROJET

 

L’aventure est le nom donné par des migrants sub-sahariens au voyage qu’ils entreprennent pour rejoindre un eldorado en Europe. Si l’aventure est un phénomène historique qui peut être analysé sous le prisme des droits humains, des difficultés économiques de l’Afrique ou encore des politiques de l’Union Européenne, l’intention de ce projet documentaire est de raconter cette aventure à travers ceux qui la vivent.

 

Repérages

«La Grèce va édifier un mur à sa frontière avec la Turquie pour bloquer le flôt de migrants». C’est cette information, entendue en avril 2012 pendant le journal de RFI, qui m’a incité à partir en repérage sur la péninsule hellénique. En mai, je me décidai pour la partie la plus septentrionale de la Grèce, là où le mur devait être construit. Cette frontière offrait des éléments intéressants mais je ne trouvais pas ce que je recherchais. L’«histoire» s’était déjà déroulée: le gros des migrants était déjà passé et le mur à venir allait «fermer» ce bout de frontière.

J’arrivai à Athènes en août pour un second repérage. C’était l’été et la ville était vidée de la plupart de ses habitants Grecs. Je m’installai dans le quartier Omonia, au centre-ville, là où vivent de nombreux immigrés et assistai avec stupeur à la «chasse» menée contre eux par la police. «Xenios Dias» (Zeus hospitalier) était le nom donné par le gouvernement grec à cette massive manœuvre d’arrestation et d’enfermement des clandestins. Pourchassés par la police, les migrants ne peuvent pas partir de Grèce légalement car ils sont obligés de rester dans le premier pays par lequel ils sont rentrés dans l’espace Shengen. Sans travail et sans droits, ces centaines de milliers de migrants «coincés en Grèce» rêvent de partir plus loin en Europe pour demander l’asile et/ou pour offrir, à eux et à leur famille, une vie meilleure. La solution la plus compliquée est de partir à pied par les Balkans. La plus simple est de prendre l’avion avec un faux papier d’identité, avec l’espoir que les policiers Grecs tomberont dans le panneau. Ces deux solutions coûtent cher: gagner l’argent nécessaire au départ est un impératif pour les migrants et une obsession. Si certains reçoivent de l’argent des familles au pays ou des «devanciers» (celles et ceux qui sont déjà plus loin en Europe), la plupart doivent se débrouiller et basculer parfois dans des activités illégales.

 

Note d'intention

La Grèce offre tous les ingrédients pour réaliser un documentaire «sensationnaliste» sur la migration. Les cadavres retrouvés dans des bateaux de fortune, les violences racistes, les arrestations abusives de la police font partie de la réalité des migrants dans ce pays et ont fait l’objet de courageux documentaires de dénonciation.

Si lors de mes différents séjours, j’ai été témoin de ces évènements, mon intention documentaire était différente. Je ne souhaitais pas être un «enregistreur» de ces actes de violence et «limiter» ma démarche à attendre que ces actes se produisent.

Je voulais filmer dans la durée le quotidien d’un groupe de migrants afin de proposer un regard sur la migration qui aborde les enjeux personnels, inter-relationnels et inter-communautaires. Personnels car la migration est avant tout un projet individuel. Inter-relationnels car ces individus interagissent avec d’autres migrants et construisent ainsi un vécu collectif. Inter-communautaires enfin car il existe des relations de solidarité ou au contraire de violence entre différentes communautés.

Pour suivre cette triple démarche, j’avais besoin de temps afin de rencontrer le réel qui donneraient la mesure de ces enjeux. Le film est né de la rencontre d’un lieu sordide, appelé Al Capone, où les migrants viennent demander l’asile, et de la rencontre avec trois personnes. Loss, Grand Moussa et Madess sont des ivoiriens pour qui la Grèce s’est convertie en un piège, une embuscade, symbolisés par cette rue d’Al Capone, mais aussi par l’appartement sans lumière, aux murs gorgés d’humidité, où ils vivent. L’unique but des trois personnage est de quitter la Grèce. La narration du film va s’écrire au rythme des stratégies et actions qu’ils vont mettre en place pour y arriver. Entre ces éléments qui feront cheminer l’histoire, il y aura des moments de vie, de joie, de musique mais aussi des moments d’attentes, de vide, des moments pendant lesquels les rêves apparaissent comme détruits et l’être humain perd de vue qui il est et ce qu’il veut.

Au niveau du traitement, je souhaitais que ce documentaire soit réalisé comme un film afin que le spectateur se détache de la réalité purement grecque de l’histoire et sente son aspect universel. J’ai ainsi décidé de filmer avec le DSLR Nikon D7000. En me donnant une grande flexibilité sur les couleurs, il m’a permis de donner une empreinte à chaque lieu filmé: la teinte jaune sombre de l’appartement et de l’obscurité troublante d’Al Capone contraste avec le bleu pâle du matin dans l’usine où Grand Moussa vend son fer et au bleu éclatant des paysages méditerranéens où il récolte des olives. Cet appareil photo est également efficace en basse lumière (avec un bon objectif) et était donc adapté aux nombreuses prises de vue de nuit et d’intérieur. Le DSLR est de surcroît maniable et discret ce qui est crucial afin de pouvoir tourner sereinement dans une rue où les conflits sont nombreux et dans un appartement chambre-salon où vivent 18 personnes.

Dans ces différents lieux, ma caméra s’est figée à proximité de l’action et a enregistré les moments qui me permettaient d’avancer narrativement et de répondre aux enjeux que je poursuivais. J’ai privilégié des prises de vue posées, longues, afin de donner le sentiment d’une réalité qui se répète ou peut se répéter dans le temps.

L’objectif de ce projet est de proposer un regard différent sur la migration, axé sur l’universalité du fonctionnement humain, afin que le spectateur se demande ce qu’il aurait fait s’il avait été lui aussi dans cette situation. Pour répondre à cette intention, le projet a été appréhendé comme un film, tant au niveau du fond qu’au niveau du traitement. Mais une fois ce dispositif mis en place et les enjeux définis, la narration devient «documentaire» afin d’évoluer au rythme du vécu et des décisions des personnages.

 

 

 

LE SYNOPSIS

 

                                       Été

1. Région Evros:  à la frontière entre la Grèce et la Turquie

2. «Al Capone»: le centre d’immigration d’Athènes

3. La vie en Grèce: quartier Kipseli à Athènes

 

                                       Automne

4. Le visa Turquie

5. «Pousser charrettes»

6. Manifestation antiraciste

7. «Est‐ce que les droits de l’homme existent en Grèce ?»

8. La mafia d’«Al Capone»

 

                                       Hiver

9. Comment partir ?

10. La fabrique des faux papiers

11. Le départ par avion de Madess: aéroport de Thessalonique

12. Le départ par avion de Loss: aéroport d’Athènes

13. «Au village»: récolte des olives

14. «Ça n’a pas marché»: faux départ

15. Le départ par la voie terrestre

 

                                       Printemps

16. Debrecen en Hongrie: Loss

17. Paris en France: Grand Moussa

18. Athènes en Grèce: Madess

19. L'aventure continue

 

 

 

 

À quoi servira la collecte ?

Grâce à la collecte:

 

Nous allons financer le montage (5 semaines) et l'étalonnage (2 ou 3 jours)

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Grégory Lassalle

2013. «L’aventure, histoires de migrants en Europe» (52’. Interscoop) - 2011. «Des dérives de l’art aux dérivés du pétrole» (47’. Interscoop) - 2009. «Le Business de l’or au Guatemala» (57’. Insomnia World) - 2007. «KM.207, au bord de la route» (42’. Collectif Guatemala) - 2005. «Trafiquants de vérités» (52’. Témoignages du Monde)

Derniers commentaires

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Bonjour à vous Il y a un mois j'ai envoyé le DVD à toutes les personnes qui m'avaient aidé pendant la collecte. Si certain(e)s de vous ne l'ont pas reçu, merci de m'en faire part à l'adresse suivant svp ! documentaire.laventure@gmail.com Bonne journée! Grégory
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Ça y est, la collecte est réussie ! Mais le combat contre les préjugés et les attaques racistes, lui, est loin d'être gagné... Pour preuve, cet article du figaro : http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2013/08/11/97001-20130811FILWWW00074-grece-chasse-a-des-migrants-en-fuite.php - Jetez un coup d'oeil aux commentaires des lecteurs: signifiant et édifiant. ----------------------------------------------------------------------- Le film, je l'espère, sera aussi vu et discuté avec ces gens là. En attendant, je voudrais remercier toutes celles et tous ceux qui m'ont aidé pour cette collecte: la famille, les amis, les associations, les festivals, les militant(e)s. Un grand merci aussi à Loss, Moussa et Madess pour leur temps et leur amitié ; à Manolis Makridakis (preneur de son) ; à Luc Plantier (avec qui nous avons dérushé et résolu de nombreux problèmes techniques !) ; à Ludovic Berrivin avec qui nous sommes en train de monter ; et à Lionel Boisseau et sa production INTERSCOOP qui m'a suivi tout au long du projet et chez qui nous sommes actuellement en montage. Le film, lui, devrait être prêt en octobre ou novembre. À bientôt !
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Une grosse bise d'encouragement du Mozambique, pour que tu continues a éclairer nos yeux brouilles de vraies histoires, celles qui nous entourent et qu on ne voit même plus... J'espère de tout cœur que vous allez arriver a boucler l'objectif....De la force rien que de la force....Dav