De l'excentricité du Paris 1900 à l'anonymat bruxellois, le singulier destin de Charlotte Dufrène, compagne de l'écrivain Raymond Roussel...

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Présentation détaillée du projet

Résumé

 

Dans des mondes en disparition, quelle est l’étrange étoile qui a conduit le destin de Marie-Charlotte Fredez dite Charlotte Dufrène (1880-1968) ?

 

D’abord demi-mondaine dans le Paris enchanté de la Belle Époque, elle devient pendant plus de vingt ans le « paravent » et la seule amie de Raymond Roussel, écrivain génial, secrètement homosexuel, avant de connaître la misère et l’oubli à Bruxelles.

 

À travers les témoignages de ceux qui l'ont connue, notre long-métrage L’Effacée interroge, aux limites du documentaire et de la fiction, la trajectoire de cette femme qui tombe, en apparence entièrement soumise à la volonté des hommes.

 

Aux origines de L'Effacée

 

Au départ de ce projet de film, il y a le vif intérêt que nous avons pour Raymond Roussel (1877-1933), écrivain vertigineux, à la fois culte et secret, grand inspirateur des surréalistes et des avant-gardes artistiques. En approchant sa biographie, notre attention a été attirée par une figure que l’on y croise de manière obligée : celle de Charlotte Fredez dite Dufrène (1880-1968) qui fut, apprend-on, sa compagne de vie. Et les informations s’arrêtent à peu près là. Sur les rares photos d’elle aujourd’hui connues, on découvre une femme élégante, aux traits d’une grande douceur, emprunts de retenue et de mystère.

 

 

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                         Charlotte Dufrène (photographie de Otto, 1910)                         

Des questions ont dès lors commencé à nous habiter : qui était cette femme qui vécut si longtemps proche de Raymond Roussel ? Quelle fut son histoire, avant, pendant et après son compagnonnage avec l’écrivain ? Pourquoi a-t-elle fini sa vie dans la misère à Bruxelles ? 

 

Une histoire de vie insolite

 

Notre enquête inédite éclaire une destinée qui traverse des mondes très contrastés et apparaît comme un somptueux naufrage : à la Belle Époque, Charlotte Dufrène fréquente les élites artistiques et financières, est l’insouciante amie du compositeur Reynaldo Hahn (1874-1947) et l’amante du comte Bertrand de Valon (1851-1933), le fameux maître d’équipage de chasse à courre.

 

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                            Charlotte Dufrène lors d'une chasse à courre

                              (vers 1905 - Archives du Musée de Senlis)

 

Navigant entre Paris, Venise et Nice, à la pointe de l’élégance et de la mode, rien ne prédispose cette créature en apparence superficielle, à vivre la suite de son histoire.

 

Elle devient à partir de 1910 le « paravent », c’est-à-dire la compagne platonique, de Raymond Roussel, et littéralement le seul témoin - en marge des mouvements d'avant-garde de l'Entre-deux-guerres - d’une des aventures artistiques les plus tragiques du siècle: la lente agonie de cet auteur d'une extrême originalité, miné par l’absence de reconnaissance et les troubles identitaires.

 

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                                        Les Pléiades, Max Ernst (1921)

 

Dans le même temps, elle se lie pour la vie avec un autre grand intellectuel, Michel Leiris (1901-1990), qu’elle rencontre alors qu’il a treize ans et dont les écrits à son sujet sont pour nous une source majeure.

 

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                               Le Grand Hôtel et des Palmes de Palerme

                                     où Roussel trouva la mort en 1933

 

Peu après la mort de Roussel en 1933, elle est contrainte de s’effacer à Bruxelles où elle vit longtemps dans un modeste deux-pièces, tombant peu à peu dans l’indigence. Elle vit alors une longue période de silence et d’oubli, ne fréquentant plus guère que ses logeurs, les Daloze, et un couple de personnalités bruxelloises, l'homme politique Pierre Wigny et sa femme Lily, qui fut une importante figure du féminisme belge.

 

Échouant à l’hospice, elle connaît quelques années avant sa mort une embellie grâce à la visite d’un jeune poète américain, John Ashbery, futur prix Pulitzer, qui la remet en contact avec Michel Leiris, son ami de longue date.

 

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                            Le poète John Ashbery (photo de Lynn Davis)

 

Notre base documentaire 

 

Au cours de notre recherche, nous avons retrouvé - ce qui est incroyable étant donné le temps écoulé depuis la mort de Charlotte (1968) - onze témoins oculaires de son histoire, dont nous avons filmé les témoignages.

 

Ces témoins sont : les cinq filles de ses logeurs à Bruxelles entre 1937 et 1955 ; les enfants de Pierre et Lily WignyLouise Thonon, une ancienne étudiante en lettres de l’Université libre de Bruxelles faisant un mémoire pionnier sur Raymond Roussel ; Jeanne Hofmans, aide-soignante qui connut Charlotte à l'hospice où elle passa trois ans, et le grand poète américain John Ashbery.

 

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                                Paule Daloze, chanteuse classique et

                        témoin direct de Charlotte Dufrène (photogramme)

 

Emouvants, contrastés, et instructifs, leurs témoignages dressent au travers d’une multitude de notations concrètes et attachantes, un portrait de femme d’une rare subtilité.

 

Complètent cette matière documentaire :

 

- des témoignages de spécialistes susceptibles d’éclairer tel ou tel aspect: Catherine Guigon (romancière et spécialiste des demi-mondaines), William Lesage (président d'équipage de chasse à cours), Philippe Blay (biographe de Reynaldo Hahn), Annie Le Brun et François Piron (exégètes de Raymond Roussel), Virginie Jourdain (historienne), Antonio Fiasconaro (journaliste et auteur), Aliette Armel (biographe de Michel Leiris), Antoni Taulé (peintre et parent de Raymond Roussel), etc.

- un large éventail d’archives (films, photos, correspondance inédite, etc.).

 

Une certaine dimension fictionnelle

 

Mais cette matrice documentaire, comment l’organiser ? C’est le roman Locus Solus de Raymond Roussel qui nous donne la clé : celle des « minutes marquantes ». L’idée développée par Roussel est que la vie de chaque personne est caractérisée par des instants où le sens se révèle, sortes d'épiphanies. 

 

Nous organiserons donc la matière documentaire autour de « minutes marquantes » que nous imaginons, sur la base de nos sources, dans la vie de Charlotte. Ces minutes feront résonner la matière purement documentaire, à laquelle elles donneront le temps et l’espace de se déployer.

 

Elles prendront souvent la forme de plans séquences, car ceux-ci nous permettent le mieux de suggérer la dimension temporelle et sensible d’un instant de vie. Ce sera par exemple le cas d'un petit cortège masqué qui escorte Charlotte lors d'une fête nocturne en forêt, évocation indirecte de l'univers de Raymond Roussel, tout entier hanté par l'univers du carnaval. Mais ce pourront aussi être de brefs plans de sensation, subjectifs, caméra à l'épaule, car la mémoire procède souvent ainsi, extrayant une image affectivement chargée de son contexte: par exemple la main de Charlotte qui passe une fleur à la boutonnière d'un homme...

 

L'incarnation de Charlotte Dufrène sera confiée à l'actrice Aurore Latour.

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                             L'actrice Aurore Latour (photo Renaud De Putter)

 

De plus, une voix off s’adressant directement à Charlotte Dufrène et représentant notre saisie subjective de sa destinée permettra de tisser entre matière documentaire et minutes marquantes un réseau souple de liens. Voici son début : 

 

"Chère Charlotte Dufrène, nous vous adressons une lettre – nous savons que vous les aimiez beaucoup. On ne vous en écrivait jamais assez, disiez-vous, et vous faisiez même ce reproche à des écrivains célèbres… Celle-ci, longue et détaillée, est assez inédite dans votre correspondance, car elle cherche à dessiner votre portrait ou à retracer votre histoire D’ordinaire, on vous parlait plutôt de quelqu’un d’autre. Vous auriez sans doute été très surprise puis, vous seriez passée de l’amusement à l’énervement parfois, ou à l’émotion peut-être. Vous auriez corrigé un détail, effacé des suppositions maladroites, ou retouché discrètement un profil. Nous ne pouvons deviner où, car nous avançons la plupart du temps à l’aveugle. Pour dire vrai, nous ne pouvons souvent nous fier qu’à ces « influences mystérieuses » qui semblent avoir guidé votre vie et qui, dit-on, ne mentent pas…"

 

Cette voix off sera confiée à l'actrice Isabelle Bats.

 

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                        L'actrice Isabelle Bats (photo Renaud De Putter)

 

Mouvement du film

 

Plans d'entretiens, images d'archives et "minutes marquantes" constitueront la matière visuelle du film qui sera conduit par la voix off d'Isabelle Bats. Avec la musique originale spécialement composée pour ce projet par Renaud De Putter (et interprétée par le pianiste Mariano Ferrandez), ces éléments composeront une sorte de cantate dont Charlotte Dufrène sera le personnage principal.

 

Son destin se déroulera en flash-back : les visites qu’elle reçoit dans sa vieillesse bruxelloise ouvriront le film et seront le prétexte d’une évocation de sa folle jeunesse dans le demi-monde parisien. Ensuite, nous remonterons à sa vie avec Raymond Roussel.

 

En filigrane transparaîtront les questions que nous adressons à Charlotte : qu’a-t-elle fait de son désir, de sa vérité, de son destin de femme ?

 

Notre questionnement

 

L’Effacée, qui propose un portrait de femme réduite au silence par les circonstances, se place dans la continuité de nos films précédents : il s’agit toujours de prêter voix à des êtres au seuil de la disparition, à des histoires aveugles ou muettes, non dans le désir fétichiste de garder trace, mais dans la volonté de faire entendre une histoire singulière, de rendre lisible l’empreinte unique et toujours extraordinaire que les circonstances inscrivent dans une vie. 

 

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                   Duchamp, Apollinaire et Picabia assistant, en présence

                   de Roussel et de Charlotte Dufrène, à une représentation

                   d'Impressions d’Afrique en 1912, André Raffray (1977)

 

Détails techniques

 

Le film sera un long métrage d'une durée d'environ 1h30. Les séquences fictionnelles seront tournées au printemps 2016 (durée du tournage : sept jours). Pour l'essentiel, l’équipe de tournage est déjà constituée. En plus d' Aurore Latour et Isabelle Bats, nous retravaillerons avec nos acteurs de prédilection : Rachid BenbouchtaAlexa Doctorow, etc.

 

Antoine Meert est notre chef opérateur et Loïc Villiot, notre ingénieur du son.

 

Le montage image, le montage son et les finitions sont prévus pour l'automne 2016, et le film sortira à la fin 2016.

 

Les réalisateurs : Renaud De Putter et Guy Bordin

 

 

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                                        Renaud (photo Mirjam Devriendt)

 

 

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                                          Guy (photo Renaud De Putter)

 

L'Effacée sera notre huitième réalisation après Chants de simplification (2002), J'ai rêvé (2006), Daphné (2009), Hors-Chant (2010), Circe's Place (2011), La Cavale blanche (2013) et L'être venu d'ailleurs (2013).

À quoi servira la collecte ?

Après deux ans de développement, nous nous rendons compte que la spécificité de notre sujet, hors de toute actualité directe, rend le financement particulièrement délicat, opération d'ailleurs toujours complexe pour un long métrage d'environ 90 minutes.

 

C'est pourquoi ce financement participatif via la plateforme KissKissBankBank est d'une importance capitale !

 

Les fonds collectés par votre aide via kkbb permettront de financer le tournage de séquences fictionnelles, désignées plus haut sous le nom de "minutes marquantes". Celles-ci permettront d'organiser la matière documentaire en lui donnant le temps de se déployer. La plus grande partie de la matière documentaire a, pour sa part, déjà été tournée, sur fonds propres, en France et en Belgique.

 

 

Total demandé : 5000 €

 

Ce montant sera réparti de la façon suivante :

Acteurs et figurants : 2000 €

Chef opérateur : 500 €

Ingénieur son : 500 €

Costumes / Maquillage / Coiffure : 1 000 €

Régie (catering, transport) + divers : 1000 €

 

Le matériel sera mis à notre disposition à titre gracieux, par notre producteur Hélicotronc (Bruxelles) et par nos techniciens : caméra, pieds, éclairage, prise de son, etc.

Si la somme collectée dépasse l'objectif, le supplément sera alloué à la postproduction.

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Kolinette Filmindustri

Nous sommes deux coréalisateurs: Renaud De Putter et Guy Bordin.------------ RENAUD DE PUTTER est né à Bruxelles en 1967. Menant d’abord une carrière de compositeur, mais très vite intéressé par les dimensions narratives et par l’image filmée, il se consacre depuis les années 2000 à la réalisation, abordant les thèmes de l'identité et de la... Voir la suite

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