Soutenez "l'Insatiable", adaptation africaine du "Dindon" de Feydeau que je mettrais en scène en janvier à Ouagadougou avec des burkinabés !

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The project

L'histoire d'une rencontre

 

En janvier 2012 je me rends au Théâtre National de Bruxelles pour une représentation du "Songe d'une nuit d'été" mis en scène par Isabelle Pousseur. Les comédiens, danseurs et musiciens sont tous burkinabés. Je suis alors fascinée....par le plaisir palpable des acteurs, l'énergie physique déployée et la grande virtuosité dans l'art de la parole.

 

De quelle manière ces artistes - qui exercent dans des conditions beaucoup plus précaires encore que les artistes européens - arrivent-ils à déployer une telle générosité ? Comment fait-on du théâtre en Afrique ? Quels sont les réseaux de production ? Comment s’organise la création théâtrale au Burkina Faso ?

 

Suite à ce spectacle j'ai le plaisir de rencontrer Justin Ouindiga, un des acteurs du spectacle qui lui, créait sa compagnie à Ouagadougou – la compagnie les Palétuviers – avec qui il souhaitait engager de nouveaux projets. A notre grande surprise nous nous découvrons la même passion pour la pièce "Le Dindon" de Georges Feydeau.

 

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Comment – chacun ayant une origine, une culture et une éducation différentes – nous retrouvons-nous attirés par la même pièce ? Qu’est-ce qui nous différencie dans notre lecture de cette oeuvre, qu’est-ce qui nous rapproche ?

 

Ces questions apparues lors de notre première rencontre titillent ma curiosité et me donnent envie de partir à la rencontre du théâtre au Burkina Faso et de ses artistes. Quelques mois plus tard, Justin m'invite à Ouagadougou pour découvrir son pays et intervenir au sein de sa compagnie en donnant un stage à une dizaine de comédiens, un musicien et un danseur à partir du texte de Feydeau.

 

Repet

 

La bonne ambiance durant les répétitions, la confiance accordée, les débats animés qu'ont sucité les questions autour de l'infidélité, du mariage et des aspects économiques liés à l'amour, sans oublier la restitution auprès d'une trentaine de professionnels du spectacle et journalistes, nous ont donné envie d'aller plus loin et de créer ensemble l'adaptation écrite par Justin, "L'Insatiable".

 

Fredsabine

 

Notre projet propose - à travers l’humour et la mécanique implacable du texte de Feydeau transposé dans le milieu des bourgeois ouagalais - de rire et de réfléchir ensemble sur les rapports de domination entre « maîtres et serviteurs », hommes et femmes, mais aussi sur la question du « désir à outrance » qui, que ce soit dans le domaine amoureux ou autre, peut pousser l’être humain à commettre de belles bévues et à se voir bien puni d’une telle avidité.

 

 

Nos intentions dramaturgiques

 

Le texte de Justin s’inspire très largement du « Dindon » de Feydeau en conservant les personnages, la plupart des scènes et des situations du vaudeville originel, tout en lui donnant une forte couleur ouagalaise et en mettant l’accent sur les spécificités africaines. Comment le texte de Feydeau revisité peut-il permettre un espace de réflexion sur la société burkinabée d’aujourd’hui ?

 

Des relations en forme de troc

 

Monter cette pièce est pour nous l’occasion de tendre un miroir aux spectateurs pour les faire réfléchir sur le type de relations qui sont à l’œuvre dans leur société. Quels rapports d’interdépendance s’y opèrent ?

 

A Ouagadougou, il n’est pas rare d’entendre des hommes se plaindre de ne pas avoir de relation sexuelle ou amoureuse, faute d’argent. Comment séduire si l’on ne peut pas inviter la femme au maquis pour boire et manger le poulet ? Si l’on n’a pas une belle moto avec laquelle venir la chercher ? Au Burkina, ne peuvent avoir de « second bureau » - terme employé pour parler d’une relation extra conjugale - que les hommes disposant d’un certain niveau de vie.

 

Dans le même temps, rares sont les femmes burkinabés à vivre seules. Si une femme s’installe sans sa famille et sans un époux, elle n’est pas reconnue, pas respectée par le reste de la communauté, elle est rapidement assimilée à une prostituée. En somme, le mariage au Burkina Faso assure à la femme un statut social.

 

Mais l’amour, et plus largement les relations entre êtres humains, peuvent-elles se penser en dehors d’un rapport « intéressé », que ce soit d’ordre financier ou affectif ?

 

La pièce met aussi en exergue les rapports de domination qui s’exercent entre « maîtres et valets ». Les scènes qui mettent en exergue ces rapports hiérarchiques peuvent faire réfléchir les familles bourgeoises de Ouagadougou largement pourvues en « bonnes », en gardiens ou en chauffeurs et chez lesquelles il n’est pas rare d’assister à une certaine forme de violence dans les rapports qu’elles entretiennent avec leurs domestiques.

 

A travers ce projet nous ne cherchons pas à juger mais à faire apparaître, par le rire et les situations comiques engendrées par ces liens déséquilibrés, les rapports de force qui sous tendent les relations entre les êtres humains.

 

 

« Nous qui désirons sans fin »

 

L’insatiable, c’est bien sûr Pontagnac, le premier protagoniste de cette pièce : un dragueur invétéré prêt à suivre une femme jusque chez elle. Mais c’est aussi tout un chacun, citoyens du 21ème siècle qui, en Afrique comme ailleurs, courons après la réussite, le pouvoir, ou encore l’argent.

 

Si le désir est source de vie, moteur de nos existences, qu’en est-il si celui-ci n’est jamais rassasié, devient dévorant et se vit au détriment d’autrui ? Comment ne pas s’interroger sur cette quête de « l’avoir » quand, à l’image de Pontagnac, celle-ci ne fait que le ridiculiser davantage ?

 

Au Burkina Faso - pays en voie de développement à la population très jeune – le désir d’émancipation, qui pour beaucoup passe par la réussite économique, est palpable. Mais comment ne pas s’en inquiéter quand, vivant en occident, nous observons déjà les ravages causés par la société de consommation ?

 

La parole comme acte de survie

 

L’instinct que l’on reconnaît facilement chez l’animal – qui plus est dans une situation critique – se traduit chez Feydeau par des personnages prolixes qui manient le langage comme un chat retombant sur ses pattes. La parole répond à une pulsion de survie.

 

Si c’est par les mots que Pontagnac cherche à séduire Lucienne c’est aussi par le verbe que celle-ci tente d’échapper aux griffes du loup.

 

Comment lire l’instinct dans la parole ? De quelle manière le personnage est-il lui-même dans la

surprise des mots qu’il emploie ? Qu’advient-il quand le protagoniste se fait dépasser par ses propres dires ?

 

Combien de fois – dans une discussion de couple bien souvent – nos mots nous dépassent, nous font dire plus que nous ne voulions avouer et enveniment alors davantage la situation.

 

Ainsi les personnages dans « L’Insatiable » sont sans cesse acculés, poussés à mentir ou à transformer la réalité. Les mots alors s’inventent, tour à tour sauvant les personnages puis les enfonçant davantage, les conduisant jusqu’à leur perte, pour le plus grand plaisir des spectateurs.

 

Nos choix de mise en scène

 

Le travail de la langue

 

Lors du premier stage donné en juin 2012, un premier constat a pu être fait : le français n’est pas la langue maternelle des comédiens. Et le texte de Feydeau date de la fin du 19ème siècle. Comment alors jouer de ce double écart ?

 

Loin de chercher à gommer cette difficulté pour les comédiens d’appréhender ce « français un peu daté », nous tenterons plutôt de faire entendre la dimension « exotique » de ce texte.

 

Un de nos axes de travail sera basé sur la langue et sur les répercussions sensibles de celle-ci. Que peut provoquer l’énonciation d’une expression aussi typique du théâtre bourgeois français que « Ciel mon mari » dans la bouche d’un jeune acteur burkinabé ?

 

Cette distance provoquera-t-elle le rire ? L’étrangeté ? C’est en tous cas une recherche que nous souhaitons engager, questionnant ainsi profondément la notion poreuse entre langue et culture. Qu’est-ce que les mots racontent de notre culture ? Comment penser dans une autre langue ? Comment le corps est-il agi par un mot qui lui est étranger ?

 

 

Du corps sensuel au corps animal

 

Un autre axe important du travail sera consacré au corps. Il y a bien sûr la question du désir. De quelle manière les corps donnent à voir leur désir ? Peut-être de manière inconsciente, peut-être à l’insu des personnages eux-mêmes. Comment, à l’instar du langage, le corps les dépasse ?

 

Et si cette idée du désir nous renvoie à nos instincts primaires, pourquoi ne pas prolonger cette réflexion jusqu’à faire apparaître le côté animal de chaque personnage ? Les personnages de « L’Insatiable » peuvent en effet assez aisément se comparer à des animaux sauvages.

 

Nous prolongerons le travail, mené lors du stage, qui consiste, non pas à imiter grossièrement le règne animal, mais à insuffler par touches discrètes des caractéristiques propres à l’animal que chaque personnage peut représenter. Cette recherche passe par des exercices qui consistent tout d’abord à imiter de manière presque littérale un animal avant de chercher de plus en plus d’humanité dans cet être.

 

Ce travail permet à l’acteur d’éviter toute tentative psychologique. Ce type de théâtre ne demande pas un traitement réaliste des situations ou des personnages, mais bien une esthétique plus fantasque, en décalage avec notre quotidien.

 

 

Un humour à subtilement doser

 

Même si la mécanique de Feydeau ne requiert pas une épaisseur psychologique, il n’en demeure pas moins que les situations proposées demandent à l’acteur de trouver une réelle sincérité dans le traitement de son personnage.

 

Si « L’insatiable » se veut un spectacle comique, cela demande finesse et subtilité de la part des comédiens. Comment faire rire sans en faire trop, sans préparer la blague, sans souligner le jeu de mots ou le quiproquo ? L’humour est là, dans le texte, comment alors le servir, le faire entendre, le laisser advenir ?

 

Nous devrons pour cela rester très vigilants au rythme proposé par le texte. Il s’agit d’une cadence infernale qui ne laisse pas le temps à la réflexion pour ces personnages qui sont pris dans leur propre engrenage. Il faut que l’acteur accepte pour cela d’être parfois lui-même dépassé par la parole. C’est dans ce « lâcher prise » qu’apparaîtra l’absurdité des situations et la folie des personnages. C’est à cette seule condition que nous pourrons donner à entendre le vertige que peut parfois inspirer la condition humaine.

 

 

La mise en place

 

Lors d'un second voyage au Burkina Faso en avril dernier, j'ai proposé aux artistes présents lors du stage de participer à cette création et tous ont répondu présents ! La compagnie les Palétuviers et moi-même avons pris contact avec Yssouf Yaguibou qui sera le scénographe du projet et rencontré différents partenaires dont le collectif Face O sceno qui forme des scénographes et techniciens du spectacle. Notre créateur lumière Clément Papin, qui vit en Belgique, profitera de ce projet pour former un de leur stagiaire qui après la création pourra reprendre la régie son et lumière du spectacle.

 

Mesures

 

Nous répéterons 4 semaines et demi dans les locaux de Napam Beogo dans le quartier de Goughin où nous avions déjà travaillé lors du stage, avant de nous installer au CITO (Carrefour International du Théâtre à Ouagadougou) pour 3 représentations qui nous l'espérons seront un tremplin pour aller jouer la pièce dans d'autres villes voire d'autres pays.

 

Cito

 

Depuis mon retour en Europe j'ai monté un dossier conséquent présentant notre projet (genèse de la rencontre, note d'intention, axes dramaturgiques, choix de mise en scène, distriution, budget...), rencontré des bailleurs de fond potentiels, répondu à divers appels à projets.

 

 

 

La collecte de fonds

 

Nous sommes donc dans la ligne droite finale : la recherche des derniers financements pour que notre rêve puisse se réaliser. Ce projet est pour tous les artistes embarqués dans l'aventure une magnifique occasion de faire ses preuves, d'acquérir de nouvelles compétences et de s'enrichir par la rencontre interculturelle. Il est une étape importante pour chacun d'entre nous, une belle occasion d'aider au rayonnement de la compagnie les Palétuviers et d'inscrire de manière durable le partenariat engagé.

 

Alors on n'attend plus que vous : à vos marques, prêts....donnez !

 

 

Why fund it?

La collecte servira à rémunérer les artistes sur scène pour ce projet.

 

La création se déroulant au Burkina Faso nous nous sommes alignés sur les tarifs qui se pratiquent dans ce pays dans le milieu des professionnels du spectacle.

 

Nous tenions à pratiquer une bonne rémunération sans toutefois dérégler l'économie locale.

 

Il y aura 10 comédiens et 1 musicien sur scène

 

Chacun touchera 300 000 FCFA (environ 457 euros)  pour l'ensemble du projet (27 jours de répétitions + 3 jours de représentations).

 

 

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Aurore Lerat

Elle se forme au théâtre au Conservatoire National de Région de Rennes puis à l’Institut National des Arts du Spectacle à Bruxelles. En parallèle, elle continue à jouer avec son groupe de chanson française « La Foire aux chapeaux », pour lequel elle écrit et chante de 2003 à 2010, parcourant les scènes de France, Belgique, Hongrie, Pologne, et du Québec.... See more

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Coucou Aurora, Un bien beau projet que le vôtre ! J'espère que tout se passera comme vous l'imaginez et surtout que vous aurez suffisamment de soutien pour initier cette aventure ! Je croise les doigts !
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Salut Aurore, Je suis contente de participer indirectement à la réussite de ce projet qui m'a l'air vraiment intéressant. Bon courage à ton équipe! Bises Céline