Un voyage intime dans le quotidien des traducteurs littéraires... constamment balancés entre sensibilité et intelligibilité.

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Présentation détaillée du projet

 

« Le monde humain évolue à travers la puissance des idées dans l’expression du langage »

 

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Cette vieille maxime utilisée par Platon dans son dialogue de Cratyle n’a perdu ni de son sens ni de son ardeur et vient nous rappeler la place centrale qu’occupe la langue dans nos sociétés. 

 

Aujourd’hui dans un monde où les moyens de communication et de déplacement n’ont cesse de repousser leurs limites, nous assistons à un effritement des frontières géographiques et physiques; phénomène qui provoque des rencontres toujours plus abondantes voire mêmes impensables il y a quelques années.

Mais après le mythe de Babel exécuté et les langages universellement brouillés et dispersés, on peut se demander où en sont nos moyens et nos méthodes d’expression et de  communication ?

 

Il a toujours existé des médiateurs, traducteurs, ou encore législateurs comme on les nomma initialement, afin que nous les Hommes, nous nous découvrions, nous nous comprenions, et nous agissions ensemble. Pourtant à l’heure du libre-échange et de la mondialisation décadente, on oublie bien trop souvent l’existence des mediums dans le passage d’un langage à un autre.

Il est ici question de découvrir une des activités de ces « passeurs de savoir et de culture », à savoir la traduction ; activité inhérente à la découverte de l’autre, à sa compréhension, et à l’acceptation des différences culturelles mondiales. Peut-être l’antidote à une xénophobie grimpante et à une triste homogénéisation des cultures ?

 

Pour se faire, nous suivrons dans ce film deux auteurs brésiliens internationalement connus (Carola Saavedra et Joao Paulo Cuenca), accompagnés de leurs deux traducteurs allemands (Maria Hummitzsch et Michaël Kegler), au cours d'un voyage de trois semaines en Allemagne, en Suisse et en Autriche. Tout au long du parcours, constitué de 14 étapes, des lectures de passage des livres des auteurs ainsi que des débats seront organisés au sein d'institutions éducatives (collèges, lycées, bibliothèues, librairies), de lieux artistiques (cinémas, médiathèques, maison d'artistes), et lors de grands évenements tels que le Foire Internationale Littéraire de Leipzig.

 

Nous partagerons 25 jours durant le quotidien de ces quatre raconteurs d'histoires de manière intime afin  d'explorer les relations qu'ils entretiennent, mais aussi de découvrir les moyens et les méthodes pour que traduction se fasse.

Puis nous tenterons à notre tour de dire par l'image ce qui est de l'ordre des ressentis et qui bien souvent dépasse les mots; cette vie sensitive qui inspire et dirige les traducteurs, continuellement tiraillés entre intelligibilité et sensibilité, et pour qui résonne constamment une seule et même question : comment traduire l'indicible ?

 

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Carola Saavedra et Maria Hummitzsch lors d'une lecture à l'ambassade du Brésil à Berlin - Octobre 2011

 

 

                                               NAISSANCE D'UN PROJET

 

Ce projet découle de mes nombreuses rencontres avec des personnes du milieu littéraire durant mon année d’étude de cinéma en échange universitaire à Rio de Janeiro (Août 2011 à Août 2012). Intégrée au Laboratoire d’Image et de Son, situé dans la Faculté de Lettres, j’ai continué à approfondir mes recherches autour des thèmes du langage et de son interprétation qui m’ont toujours été chers. Ceci m’a amené à m’interroger sur les difficultés de communication (langues et/ou langages différents) et donc de compréhension.

En effet, l’identité et le langage soulèvent des problématiques que j’ai toujours eu à cœur d’explorer. C’est pourquoi, suite à la réalisation documentaire de « Nabû o vira-lata » (« Nabû le chien errant »), film qui plonge au cœur de la vie d’immigrés à Rio de Janeiro, j’ai souhaité continuer dans ces recherches liées au troc culturel, puis à la langue comme porteuse d’identité et comme moyen de transmission. Ici les questions qu’entrainent les différences de codes et de langages sont en étroite relation avec ce nouveau défi audiovisuel…

 

Par ailleurs, il s’avère que les deux auteurs brésiliens les plus en vue du moment - dont Carola Saavedra a participé à mon précédent documentaire - ont pris la décision récente de faire traduire leurs derniers romans en allemand. Romanciers contemporains, l’un et l’autre affichent une bibliographie basée sur les relations humaines. Les thématiques qu’ils abordent ne sont pas sans lien avec notre propre sujet, à savoir :

L’amour, l’impossibilité de communication et le déracinement pour Carola (cf. Flores Azuis, Toda Terça et Paisagem com dromedário).

L’amour dans un monde de surmédiatisation et de surconsommation pour João Paulo (cf. O único final feliz de uma história de amor é um acidente).

De plus, leurs romans sont constamment portés par des personnages étrangers et/ou déracinés qui décident de partir à la rencontre d’inconnus géographiques (lieux nouveaux) et sociaux (rencontres nouvelles).

 

 

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                                                     Carola Saavedra

 

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                                                     Joao Paulo Cuenca

 

 

La Foire Internationale du Livre de Francfort, qui a eu lieu en Octobre 2012, a été l’occasion de réunir tous ces écrivains et traducteurs, brésiliens et allemands, afin de voir naître ce projet ; avec comme point de départ une envie commune de faire connaître respectivement les activités de chacun et de partir à la découverte de la poétique du dire et de la traduction.

De ma rencontre avec Carola Saavedra et Joao Paulo Cuenca, ainsi qu’avec Maria Hummitzsch et Michaël Kegler, j’ai eu l’envie d’étudier et de raconter leur relation, et surtout de plonger au cœur de leur vie quotidienne respective. Le but principal de ce travail étant d’apporter une visibilité plus grande à ce beau métier qu’est celui de traducteur ; Expérience dans laquelle pour une fois les projecteurs ne seront pas mis uniquement sur les mystères des écrivains mais bel et bien sur leurs ombres, qui elles aussi ont des histoires à raconter …

Pour se faire, nous nous appuierons sur la promotion littéraire 2013 de ces deux auteurs brésiliens prévue en Allemagne. 

A bord d’un minibus (minibus de Michaël Kegler), ce « voyage littéraire collectif » nous permettra de découvrir intimement les activités des traducteurs et des auteurs et sera enrichi à chaque instant par les ressentis au quotidien de chacun des acteurs.

 

 

                                               CONTEXTES ET PERSPECTIVES

 

Force est de constater qu’aujourd’hui, avec l’arrivée des nouveaux médias et la puissante invasion d’Internet dans la vie d’une grande partie d’entre nous, la littérature vit un changement considérable dans sa manière d’exister. Malgré l’apparition du numérique au sein du monde du livre (E-book), la littérature ne semble pourtant pas prête à perdre son public, bien au contraire. Son impact en tant que transmetteur de savoir et de culture reste immuable.

C’est ici que la problématique centrale de ce projet, à savoir la compréhension de l’autre, rejoint celle du métier de traducteur ; métier qui ouvre la porte à une certaine vision du monde de par l’interprétation intelligible d’un langage par un autre.

Il est indéniable que très peu de lecteurs aujourd’hui semblent notifier le nom du traducteur à la lecture d’un livre. A contrario, nombreux professionnels qui travaillent au sein du monde littéraire sont à défendre le traducteur comme véritable recréateur d’œuvre, allant parfois jusqu’à affirmer le traducteur comme écrivain à part entière.

Ces « acrobates du langage » paraissent encore voués à rester les oubliés de la production littéraire, et c’est un des objectifs de ce projet que de tenter de comprendre intimement et minutieusement leur travail. Dans cet objectif, nous souhaitons affirmer l’existence de ces médiums qui rendent compréhensible nos mondes, et ainsi combattre une vision trop ethnocentriste de celui-ci.

 

Un livre nous parle ; il nous touche, nous permet de voyager … si et seulement si nous en déchiffrons le langage et la musicalité. Mais comment s’effectue cette activité qui donne du sens au lecteur ? Comment ne pas ébranler l’entendement premier du texte dans cet exercice de création de langage ?

On peut se demander alors en quoi les thématiques des écrivains et la façon dont ils les traitent ont poussé Maria et Michaël à faire découvrir à leur tour leurs œuvres ? Ce qui nous amène à nous interroger sur la part subjective de leur travail et donc du travail de traduction en général.

Quelle place est accordée au sensible dans cette activité qui exige un résultat intelligible au plus proche de la version première du texte ? Entre science linguistique et créativité, où se situent les droits et les devoirs de ces « passeurs de culture »  qui se retrouvent sans cesse en train de jouer avec la liberté ?

Ce sont de toutes ces questions que nous traitons en suivant au jour le jour le parcours littéraire auquel Carola, Maria, João Paulo et Michaël se préparent.

 

Au cinquantième anniversaire du Traité de coopération franco-allemand, et face à l’émergence grandissante du molosse d’Amérique latine le Brésil, l’exploration des moyens de communication au sein de cette équipe multiculturelle - composée de français, d’allemands et de brésiliens - sera aussi l’occasion de mettre à l’épreuve une cohabitation quotidienne entre trois différentes cultures et trois différentes manières de voir et vivre le monde. En observant les émergences créatives et les relations sociales, nous nous confronterons nous aussi à un possible vivre ensemble.

 

Au sein de la diversité linguistique, qui continue elle de témoigner de la liberté de l’homme devant le monde, ce film est une tentative de s’éloigner d’une vision trop ethnocentriste qui siège à l’intérieur d’un grand nombre d’entre nous. Il ambitionne de  nous mettre en garde face à une certaine homogénéisation du monde, et de nous ouvrir aux thématiques de la compréhension de l’autre et de l’acceptation de nos différences en commençant par la notre.  Il affirme enfin le métier de traducteur comme une véritable « acrobatie » faisant partie intégrante du dialogue entre les mondes. 

 

 

                                               RESUME DU PROJET

 

Du 15 Mars au 8 Avril 2013, deux écrivains contemporains brésiliens de renommée internationale, Carola Saavedra et João Paulo Cuenca, accompagnés de leurs deux traducteurs allemands, Maria Hummitzsch et Michaël Kegler, ainsi que du professeur-chercheur Brésilo-allemand Johannes Kretschmer, entament un parcours de lectures à travers l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse. De Cologne à Leipzig, en passant par Munich, Vienne, Berlin, Francfort ou encore Solothurn, nous les accompagnons durant ce périple.

Quatorze étapes nous permettent de partir à la rencontre d’interlocuteurs au sein de milieux éducatifs (Bibliothèques municipales, écoles, Universités, Collèges de traducteurs), de grands centres de diffusion littéraire (Foires littéraires), de festivals (Festival lusophone de Munich), ou encore de milieux culturels et artistiques (« Komunales Kino » cinéma communal de Freiburg, médiathèques, librairies).

Un grand van, prévu spécialement pour ce « road movie », transporte toute l’équipe. Nous suivons quant à nous chacune des étapes en immersion afin de découvrir au quotidien le métier de traducteur et celui d’écrivain.

 

La découverte des œuvres des deux romanciers, et de leurs univers fictifs respectifs lors de ces lectures, laissera place à des entretiens à l’ambition plus pédagogique autour de l’exploration minutieuse de l’activité de traducteur en tant que créateur singulier d’une nouvelle œuvre.

Les thématiques des écrivains énoncées plus haut dialogueront avec les problématique auxquelles les traducteurs se confrontent : problème de compréhension, d’interprétation et de recréation. Problèmes suscités par une unique question récurrente : comment traduire l’intraduisible ?

 

Enfin, nous nous attacherons à plonger au cœur des relations qui s’établissent entre ces deux « raconteurs d’histoires », le traducteur et l’écrivain, afin de voir comment se développe leur collaboration au fil du temps quant à la traduction d’un roman.

 

Ce voyage, constitué d’une équipe multiculturelle (allemands, brésiliens, français, chiliens), est aussi un moyen de relater au jour le jour ce qui émane d’une collaboration et d’une cohabitation entre différents milieux artistiques et culturels.

Tout au long du parcours sur ces sentiers germaniques, le projet a pour objectif d’approcher les problématiques de la rencontre et du « vivre ensemble » ; de la compréhension d’autrui et de la créativité collective.

 

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  Van du voyage

 

 

                                               LE SUJET

 

Les thématiques de la rencontre et de la communication, colportée par les deux jeunes auteurs, seront mises en valeur par des lectures de passages de leurs romans mais aussi par l’organisation de nombreux débats. Ceux-ci seront organisés et alimentés par l’invitation de plusieurs écrivains et professeurs des deux cultures respectives (brésilienne et germanique) ; A l’exemple de la présence de Thomas Brussig à Berlin (écrivain allemand – spécialiste de la vie allemande en RDA et auteur du « Complexe de Klaus »  édition Albin Michel, 1998), de Peter Schulz à Mainz (Chercheur et professeur de cinéma à l’Université de Mainz – spécialiste du cinéaste brésilien Glauber Rocha), ou encore d'Erich Hackl à Vienne (écrivain autrichien porté sur la guérilla espagnole et auteur de "L'adieu de Sidonie" édition Alinéa, 2001). Ces personnes seront disposées à aider quant à l'organisation des évenements sur place, et aideront à alimenter les discussions autour du thème central de ce documentaire : la traduction. Ces débats seront enrichis par la présence de professionnels du monde littéraire (écrivains, traducteurs, éditeurs), et de professionnels d'autres milieux (cinéastes, musiciens, professeurs, chercheurs) lors de débats ouvert au public.

 

Le traducteur littéraire : une profession

Le métier de traducteur est au centre de notre ambition documentaire. Il est question ici de montrer en quoi consiste véritablement ce travail. Travail dont la principale difficulté pourrait être résumée à une question : « comment traduire l’inexistant ? ». Inexistant dans le sens où la traduction pose de nombreuses difficultés dans le cas où celle-ci ne trouve aucun signifiant correspondant dans la langue de traduction.

L’objectif est tout d’abord de faire découvrir l’existence de cette activité et de démontrer son importance. De par le suivi de ces 4 personnages, nous montrons en quoi elle consiste et nous tentons de lui conférer une plus grande estime. Car si la traduction ambitionne la compréhension d’un texte pour un lecteur, elle devient en cela l’expression d’une vision du monde singulière au travers de ce texte ; Ainsi elle devient le sésame à des découvertes innombrables et insoupçonnées.

 

Du parcours personnel au désir de transmission

Des entretiens avec les traducteurs nous permettent d’aborder leurs parcours. Nous explorons la relation qu’ils entretiennent avec la littérature et l’écriture afin de comprendre d’où vient leur volonté de traduire.

Dans le cas de Maria Hummitzsch et Michaël Kegler, nous allons découvrir les relations qu’ils ont avec le Brésil, puis avec les auteurs qu’ils traduisent. Car effectivement les deux traducteurs affichent une relation intime avec le Brésil : Maria a fini ses études à Petropolis (ville au Sud Est du Brésil) et retourne souvent dans ce pays, tandis que Michaël a passé une partie de son enfance dans le Minas Gerais (région au Sud Est du Brésil). De fait, il est intéressant de voir de quelles façons les expériences respectives de chacun (de par le quotidien, la musique, le cinéma…) au Brésil ont une influence dans leur vie actuelle de traducteur.

 

La relation traducteur/auteur

Aussi, nous nous attachons à observer la relation directe qu’ils ont avec leurs auteurs respectifs. En s’appuyant sur ces deux exemples concrets, nous avons pour objectif de montrer l’importance du rapport qu’ils entretiennent et de quelle manière il peut être établit : lien plus ou moins fusionnel, fréquence de contact, exemples de problèmes récurrents …

Il existe plusieurs phases dans la relation traducteur/auteur, et nous allons nous attacher à les présenter et les décrire (exemple : phase de lecture, phase de compréhension, phase de recherche, phase de traduction, phase d’écriture).

 

La responsabilité du traducteur

Dans cette perspective de plonger au cœur de l’activité du traducteur littéraire, notre problématique renvoie à une question bien plus grande qui est celle de la traduction de toutes autres productions humaines (productions de textes, productions visuelles, productions sonores). Tous les domaines, qu’ils soient artistiques, politiques, pédagogiques ou autre, se trouvent un jour en face d’une question de traduction à partir du moment où le besoin et/ou l’envie de faire partager son travail prend une ambition de transmission qui va au delà des frontières culturelles. On peut ici penser à des exemples de notre quotidien comme les informations en langues étrangères doublées ou sous-titrées, les sous-titrages de films, les travaux d’interprétariats lors de conférences, et si l’on va plus loin aux traductions écrites de tout ce qui nous entoure, notamment de tous les produits commerciaux qui eux ont outrepassés les frontières nationales et culturelles.

A l’heure où le néolibéralisme a ouvert les portes à un monde « sans frontières », où les moyens de déplacements et de communication repoussent sans cesse leurs limites, quelle importance le travail du traducteur représente-t-il ? Et comment ces Hommes se définissent-ils ? Car si la traduction d’un texte sur une bouteille de lait requiert de pragmatisme et d’utilitarisme, les traductions de textes littéraires, telles celles de romans, détiennent un caractère sensible et intuitif très fort. Elles passent par un mouvement intelligible irrévocable. En observant la manière dont travaillent ces traducteurs nous partons explorer les méthodes et les moyens qu’ils utilisent et découvrons où eux-mêmes situent leur activité.

 

Questionnements autour de la traduction

La question de la traduction soulève ainsi une incontestable question d’éthique. Entre fidélité et liberté, le traducteur est constamment en face d’une dichotomie. L’importance et la responsabilité sous-jacentes à ce travail poussent à l’accepter comme l’activité d’une reproduction fidèle d’un texte par un autre. Mais cet objectif  n’est-il pas plus une utopie qu’un réel but à atteindre ? Comment le traducteur pourrait prétendre recréer la copie conforme du texte de base alors que le fait même de traduire induit la transposition d’un langage par un autre. Le processus de traduction est un processus de métamorphose qui passe par une activité du sensible qui n’est autre que celle de l’Homme dans son statut de medium ; De fait, elle ne peut être dénuée du côté privé et intime que le traducteur apporte à son travail.

Sous l’influence de l’écriture, le travail du traducteur n’a donc pas pour but la transcription exacte et fidèle d’un texte. Cette fonction créée du langage afin de concevoir un miroir de ce texte qui sera intelligible et sensé pour son lecteur. Faut-il alors domestiquer ou maintenir l’altérité présente entre un langage et un autre ? Jusqu’à quel point peut-on donner notre confiance au traducteur ? Et comment juger le travail de traduction au sein de cet interstice entre le monde de l’intelligible et celui du sensible ?

L’ambition est en tout cas de combattre une vision ethnocentriste, voire nationaliste, du monde en faisant reconnaître le métier de traducteur. Ceci dans la perspective de soulever des interrogations quant à la gestion de l’altérité et s’interroger sur notre tolérance face à des choses qui nous sont étrangères. Car le premier point de départ pour accepter l’autre n’est-il pas de s’accepter nous même comme cet autre ?

 

 

                                               LES PERSONNAGES

 

          Carola Saavedra

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Ecrivaine chilienne, née en 1973 à Santiago, elle émigre à Rio de Janeiro à 3 ans.

Formée en journalisme à l’Université Catholique de Rio de Janeiro, elle habite par la suite dans de nombreux pays comme l’Espagne, la France, et l’Allemagne où elle conclura un Master en Communication Sociale. Puis se mariera et y restera 17 ans avant de revenir sur sa « terre d’enfance » Rio où elle vit actuellement.

Ses œuvres sont le reflet de questionnements autour du déracinement, de l’impossible communication, des relations amoureuses et du langage littéraire. Nombreux de ses personnages sont des émigrés, et nombreux sont ses romans qui se passent dans des lieux qui ne sont pas vraiment définis. Elles développent une écriture nouvelle en mêlant les genres, pouvant utiliser l’audio comme support, donnant une dimension contemporaine au roman épistolaire, et abordant des thèmes comme le triangle amoureux, la sexualité, la création artistique, la passion, les rencontres et les « dé rencontres »…

 

 Œuvres :

Paisagem com dromedário (roman, Companhia das Letras, 2010 – Traduit en allemand et en français - Prix Rachel de Queiroz, catégorie jeune auteur) Flores Azuis (roman, Companhia das Letras, 2008 - Prix APCA du meilleur roman) Toda terça (roman, Companhia das Letras, 2007 - Elu meilleur roman par l’Association de São Paulo des Critiques d’Art – Finaliste du Prix de Littérature de Jibouti - Traduit en allemand) Do lado de fora (contes, 7Letras, 2005)

Choisie parmi les 20 meilleurs jeunes auteurs brésiliens par l’édition 2012 de la revue britannique Granta.

 

 

 

          Joao Paulo Cuenca

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Ecrivain brésilien, né en 1978 à Rio de Janeiro.

Formé en Economie à la UERJ (Université d’Etat de Rio de Janeiro), il commence sa trajectoire littéraire au « Folhetim bizarro » (1999-2001), un blog de dialogues sur Internet. En même temps il commence à écrire son premier roman Corpo Presente, et est appelé à le publier par l’édition Planeta en 2003. Il participe à de nombreux Festivals littéraires (Foire du livre de Madrid, Festival Cartagènes des Indes de Colombie, Foire Internationale du livre du Pérou, Courants d’Ecritures au Portugal). Il est ensuite choisi parmi les 39 auteurs les plus prometteurs d’Amérique Latine au Festival Mondial du Livre de Bogota en 2007.

Par ailleurs, il continue d’écrire des chroniques dans différents journaux brésiliens (Revista Imprensa, Jornal do Brasil, O Globo), et est commentateur culturel à des émissions de la Globo News et Estudio i (chaînes nationales brésiliennes).

En 2012 les éditions Le Ya publient A ultima madrugada, où il tente de tracer une carte subjective de Rio de Janeiro au travers d’un recueil de chroniques publiées entre 2003 et 2010 dans des journaux brésiliens, qui aborde tour à tour le temps et la mort, au sein d’un diagnostic acide sur la vie contemporaine et sur la solitude.

Toutes ses œuvres tournent autour des relations humaines dans le contexte contemporain de surconsommation et de surinformation, où submergés d’images nous nous efforçons de vivre, d’être et d’aimer.

 

Œuvres :

A última madrugada (La Ya, 2012) Corpo presente (Planeta, 2002 - Traduit en allemand) O dia Mastroiani (Agir, 2007 - Traduit en italien et en portugais) O unico final feliz para uma historia de amor é um acidente (Companhia das Letras, 2010 - Traduit en allemand, espagnol et portugais)

 

 

 

                           Maria Hummitzsch

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Traductrice allemande de Carola Saavedra, Maria est née en 1982 en Allemagne de l’Est. Elle a étudié la traduction, les cultures africaines et la psychologie à Leipzig, Lisbonne et Florianopolis.

Depuis 2011 elle passe la totalité de sont temps à traduire le portugais et l’anglais. Elle est notamment la traductrice des œuvres de Beatriz Bracher, Carlos Shroeder, Helen Walsh et Shani Boianjiu.

En 2012, elle obtient la bourse Johann-Joachim-Christoph-Bode du Fond Allemand pour la Traduction, en plus d’une bourse de la Direction de la Traduction de Berlin et du Collège Européen des Traducteurs (Straelen).

Elle vit actuellement à Leipzig avec sa fille.

 

 

 

                           Michaël Kegler

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Traducteur allemand de João Paulo Cuenca, Michaël est né en 1967. Il passe son enfance entre le Libéria, le Brésil et l’Allemagne (dans la région de Oberhessen). Il complète son service militaire au sein du secteur psychiatrie de l’Hôpital universitaire de Giessen où il continue à travailler quelques temps.

Il s’inscrit par la suite à l’Université de Griessen et de Francfort en Sciences agraires, philologie anglaise, littérature latino-américaine et histoire.

Il travaille ensuite dans la librairie de l’éditeur Teo Mesquita de Francfort, puis commence à se dédier à la traduction suite à sa participation à une formation avec Ray-Güde Mertin.

Depuis 1999, il traduit la littérature de pays de langue portugaise, notamment : José Eduardo Agualusa (Angola), Pauline Chiziane (Mozambique), Joao Paulo Cuenca, Luiz Ruffato et Michel Laub (Brésil).

Journaliste depuis 2001, il devient responsable d’un site Internet sur la littérature de tous les pays de langue portugaise (www.novacultura.de).

Il vit actuellement avec toute sa famille à Hofeim près de Francfort.

 

 

Johannes Kretschmer

Né au Brésil  en 1962, il passe son enfance en Argentine et en Uruguay. A 11 ans il émigre avec sa famille en Allemagne.

Il y restera jusqu’à l’âge de 30 ans quand dans une forte volonté de retrouver la culture d’Amérique du Sud, il choisira le Brésil pour la suite de sa vie.

Il occupe aujourd’hui les postes de professeur de littérature allemande et de traduction dans le secteur allemand, et de professeur de littérature de l’exil dans le secteur de littérature brésilienne et de théorie de la littérature en Licence et Master à l’Université Fédérale de Fluminense (Rio de Janeiro). Traducteur (allemand-portugais, portugais-allemand) de nombreux ouvrages dont notamment des ouvrages de Goethe et de Kafka. Il est docteur en littérature comparée à l’Université de l’Etat de Rio de Janeiro, et titulaire d’un doctorat en Philologie romaine et germanique à l’Université de Freiburg en Allemagne. Coordinateur de l’accord UFF (Université Fédérale de Fluminense) / Bibliothèque Nationale du Brésil dans le domaine de la traduction et de la divulgation de la littérature brésilienne. Il se focalise sur le thème de l’exil tout en développant de nombreux projets sociaux et culturels dans un objectif d’intermédiation culturelle entre le Brésil et l’Allemagne.

 

 

                                               LES ANNEXES

 

Note d'intention de Maria Hummitzsch (traduite par Maëlys Meyer)

 

"Les auteurs comme les traducteurs sont avant tout des êtres de paroles écrites, de mondes inexistants… et en même temps tout à fait réel à l’intérieur des livres.

Le travail d’un traducteur nécessite de la tranquillité, de la concentration et de l’inspiration. Cette inspiration quant à moi vient des livres, mais aussi des expériences que je fais, des échanges d’idées et de concepts, de conversations avec d’autres têtes claires et éveillées; et surtout de ce que je vis !

 

Mon travail dépend de cette vie là, la vie vécue. Celle où voir le monde, observer et absorber les couleurs, les odeurs, les voix, les bruits, les sons, les mouvements et les liens entre les gens sont tant importants. Il en va de toutes ces choses qui ne peuvent être décrites, ce tout qui se passe sans mot. Cette partie muette du monde et de nous-mêmes ne peut qu’être capturée et montrée par une forme audiovisuelle. Et c’est précisément ce côté que je voudrais dévoiler grâce à ce documentaire.

J’aimerais contrecarrer l’image habituelle que l’on a du traducteur : assis devant son bureau, isolé, un grand étranger. Je souhaite révéler le côté vivant, plus humain, très actif et curieux, du traducteur qui a besoin d’être « allumé » pour pouvoir produire de nouveau.

 

Quant aux aspects théoriques du travail de traducteur, il existe déjà de nombreux écrits qui décrivent l’importance de lire encore et encore, de se perfectionner. Mais à mon avis, nous sommes face à une affaire de totalité, à une somme d’inspirations dont j’ai besoin pour reconstruire un monde vivant avec des mots.

Ce film qui montre deux auteurs et leurs deux traducteurs - dont je fais partie – nous permettra de dévoiler le côté social de notre travail au même titre que le côté qui ne se dit pas trop car paraissant moins professionnel – le temps des moments moins spectaculaires, moins performatifs : des heures sur les marches d’un vieux fourgon, « choper » la pluie dans une ville étrange, prendre un café ensemble à une pompe à essence, voir l’autre dormir, rire ou encore pleurer.

J’ai vraiment à cœur de donner une image réelle des milles aspects qui rendent le travail de traducteur littéraire si spécial; travail qui jour après jour ne cesse d’enrichir ma vie."

 

 

                                                         L'EQUIPE

 

Maëlys Meyer - La réalisatrice

 

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Auteur réalisatrice née en 1987 à Paris (Blanc-Mesnil).

Passionnée par les thèmes liés à l’immigration et au langage, elle poursuit ses recherches dans ces domaines durant son Master 2 au Brésil, au sein de L’université de Fluminense à Rio.

Elle y réalise alors Nabû, film documentaire de 52’ traitant de l’immigration à Rio de Janeiro et des problématiques de langage, de communication, de mémoire et d’identité.

C’est là qu’elle fait la connaissance de Carola Saavedra (personnage du film) et de Johannes Kretschmer (traducteur et soutien logistique).

Parcours :

Formation technique dans l’audiovisuel (BTS audiovisuel option réalisation – Studio M), et théorique (Master 2 Etudes Cinématographiques - Université Lyon II).

 

Derniers projets :

 

Nabû o vira lata - (Documentaire 52')

 

                   

 

 

Samuel Lévy-Micolini - L'ingénieur son

 

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Preneur de son, né en 1980 à Sainte Foy lès Lyon (France).

Amoureux du voyage et des rencontres, il commence ses études techniques en IUT génie électrique pour continuer ensuite à l’Université UWE de Bristol où il obtient un Bachelor of Science in Music Systems Engineering après trois ans de cursus anglophone. Violoniste depuis l’enfance, il profite de sa connaissance musicale et de son travail en orchestre pour mettre sa technicité au service de groupes musicaux des plus divers, allant du classique au rock, de l’électro au Hip-Hop, de la Salsa à l’opéra.

Ses rencontres l’ont amené jusqu’ici à travailler sur de nombreux projets audiovisuels et multimédia ; captations live, sonorisations, clips joués en live, tournages de fictions et reportages/documentaires (courts et longs-métrages, français et étranger).

 

Actuellement :

Sonorisation d’un groupe de musique "Very Big Experimental Orchestra" dirigé par Grégoire Gensse.

Préparation en tant qu’ingénieur du son d’un long-métrage en Algérie pour le cinéma franco-algérien.

Violoniste dans un groupe de chanson française "Kielho", et en passe de monter un collectif d’ingénieurs du son à Lyon.

 

Derniers projets :

La fille publique réalisé par Cheyenne Carron (sortie en salle à venir) / Lien Internet vers la page Allociné du film Pêche mon petit poney, 43’, réalisé par Thomas Riera (Documentaire autobiographique) – France 2012) / Lien Internet de la bande annonce du film "Pêche mon petit poney" site du film

 

 

Aloïs Butin - Le cadreur chef opérateur

 

 

 

À quoi servira la collecte ?

Le pont de Cratyle est un projet dans lequel nous mettons toute notre énergie et qui doit nécessairement commencé le 15 Mars puisque nous profitons de la promotion européenne de Carola Saavedra et Joao Paulo pour les suivre dans leur tournée. 

 

Voilà pourquoi cette urgence : pour pouvoir d'ores et déjà nous permettre de partir capturer ce voyage au plus près des traducteurs qui les accompagneront.

 

Nous avons déjà reçu le soutien de quelques partenaires comme par exemple la ville de Lyon PRODIJ : 

http://prodij.lyon.fr/index.php/les-projets-prodij/prod/documentaires-filmiques/item/136-le-pont-de-cratyle-entre-les-lignes

 

Mais nous sommes pour autant dans l'impossibilité de démarrer le tournage malgré un apport matériel conséquent de notre part à tous les trois et de nombreux partenariats mis en place.

 

Impossible pour nous donc d'attendre les prochaines dates de commissions régionales et c'est pourquoi nous vous demandons votre soutien... afin que le film existe et qu'il puisse permettre à tous de découvrir l'incroyable travail caché de ces "dompteurs de langage"...

 

Si nous atteignons notre objectif (ce qui devient chaque jour un peu plus vital !), la collecte servira à financer :

- Les transports + défraiements + régie pour l'équipe technique : 500 euros 

- Les indemnités repas (25 jours) : 1350 euros

- Les frais de logement (25 jours) : 1500

- Les 8% attribués à la commission de Kisskissbankbank + frais de transaction bancaires

 

 

Si nous dépassons notre objectif (ce qui serait vraiment génial !!), la collecte servira à financer :

- Le derushage pour traduction (location salle) = 1200 euros

- L'étalonnage et mixage (travaux + location salle)  = 360 euros

- Le sous-titrage (location salle) = 180 euros

- La création et duplication dvd = 300 euros

- Une avant-première = 600 euros

- L'organisation de projections/débats = 400 euros

 

 

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Maëlys Meyer

Auteur réalisatrice née en 1987 à Paris (Blanc-Mesnil). Maëlys se passionne pour les thèmes liés à l’immigration et au langage. Elle poursuit ses recherches dans ces domaines durant son Master 2 au Brésil, au sein de L’université de Fluminense à Rio. Elle y réalise alors Nabû, film documentaire de 52’ traitant de l’immigration à Rio de Janeiro et... Voir la suite

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COURAGE, vous allez y arriver. Tout est question de motivation et d'opiniatreté ! Vous avez du talent, c'est l'essentiel ! Bises N
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