Un court-métrage de fiction sur le deuil et l'acceptation. Un dialogue mère-fils impossible face à l'indicible douleur : le suicide du père

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Présentation détaillée du projet

Synopsis :

Dans quelques heures Kinan enterre son père à Téhéran. Il passe encore une dernière nuit chez sa mère, avant le départ. Il sort, pour essayer d'oublier. Mais fuir le passé n'est pas si facile quand la douleur s'est enracinée dans le présent.

 

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Jamil Gaspar (22 ans), étudiant en 3ème année d’image à l’IAD (Institut des Arts de Diffusion)

J’ai grandi baigné dans le monde du théâtre. Je suis tombé dans la potion magique quand j’étais petit. Enfin, à vrai dire, ce n’était pas aussi limpide. Après mes études secondaires, je me suis lancé dans une formation universitaire en arts du spectacle, sans vraie conviction. Je n’ai jamais vraiment compris à quoi ça servait de faire ce genre d’étude. Mais ça m’a permis de mieux cerner ce que je voulais faire de ma vie. Je me suis mis à faire de la photo argentique. Je développais mes films moi-même. La lumière me fascinait vraiment de plus en plus.

 

A côté de ça, mon père m’avait initié à la psychologie comportementale. On passait des heures à discuter des gens, de leurs tabous, de ce qui stresse untel ou agace l’autre, etc. C’est comme ça, je crois, que j’ai développé mon envie d’écrire. Je voulais raconter des histoires à partir de personnages que j’inventais, en essayant de traduire leur complexité. J’aime imaginer les situations qu’ils vont traverser pour que j’arrive à mes fins. L’écriture c’est un vrai casse-tête, mais c’est justement pour ça que j’aime ça.

 

J'ai joué au théâtre dans plusieurs pièces de François Abou Salem comme "Gilgamesh" ou encore "Shams". J'ai également eu un rôle dans "Qui est fou", l'opéra rock-pop de François Ribac. J'ai réalisé plusieurs courts-métrages, toujours avec les moyens du bord, dont deux que je considère abouti : "A sens unique" et "Kaïd" actuellement en montage.

 

Je suis à l'IAD (Institut des Arts de Diffusion) pour la troisième année et je me spécialise en image. J'ai déjà tourné trois fois en pellicule. Une fois à la direction photo et deux fois au cadre.

 

 

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   Mathieu jouant l'Apparition de la Vierge à Monopoli (photo Jamil)

 

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   Jamil au réveil, les yeux tout collants (photo Mathieu)

 

 

Mathieu Volpe (23 ans), étudiant en 2ème année de Master en Réalisation à l'IAD

J'ai 5 ans. Je suis en vacances avec toute ma famille. Il fait chaud. Je n'arrive pas à dormir. Un film passe à la télé. C'est du noir et blanc. La Belle et la Bête de Jean Cocteau. "Entrez, la Belle, je suis la porte de votre chambre". Depuis, une porte s'est ouverte sur un autre monde... Je suis toujours fasciné par ces images faite d’ombres et de lumière, qui défilent sur un écran de toile blanche.

 

J'ai vécu en Italie jusqu'à mes dix-neuf ans. Après mes études secondaires, j'ai décidé que je voulais faire de cette passion un métier. J'ai toujours eu envie de créer des univers où le rêve et la réalité se confondent... Qui nous permettent de nous abandonner aux sons et aux images...

Mais la route n'est pas toute tracée. Il y a toujours énormément à apprendre. Mais je sais que la seule façon pour moi de me sentir vivant, c’est d’être sur un plateau, entouré d’une équipe à qui on fait confiance et qui nous fait confiance.

 

J'ai également réalisé plusieurs courts-métrages autoproduits, dont un l'année passé avec Lucy Debay, encore en montage. J'ai collaboré plusieurs fois avec Lucy, notamment pour l'exercice "remake" de l'IAD (ci-dessous).

 

Je suis en cinquième et dernière année en réalisation à l'IAD. Pour mon film de fin d'étude, je fais un documentaire sur les églises et chapelles en ruine dans le sud de l'Italie, dans la région de Bari.

 

 

Un court-métrage de Mathieu Volpe, image : Pierre-Edouard Jasmin (notre chef op)

 

 

 

Un court-métrage de Laurent Haemmerli, image : Jamil Gaspar, cadre : Sylvestre Vannoorenberghe (notre cadreur)

 

 

 

Note d'auteur (Jamil)

La solitude a toujours été une crainte pour moi. Je redoute les moments de creux, les passages à vide après de fortes émotions. Je crois que la peur d'être seul vient avec la solitude elle-même.

Mon père s'est suicidé il y a deux ans. Depuis, l’idée du scénario a mûri dans ma tête. Je voulais raconter une histoire sur le deuil, sur l'acceptation. Qu'est-ce qu'on ressent quand quelqu'un de proche décide de nous quitter d'une façon si brutale et définitive ?

 

La thématique principale de notre film est l'abandon. Un sentiment qui génère des rancœurs, des remords, mais aussi de la nostalgie pour un temps ou une personne qui ne reviendra plus... Nous cherchons tous des substituts qui nous permettent de compenser nos manques.

 

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Alors que je venais d'emménager en Belgique, après la mort de mon père, j'avais l'impression que les gens me fuyaient, que je n'aurais jamais de vrais amis, de confidents. La peur d'affronter le passé a dicté mes choix pendant cette période. Je voulais sans cesse sortir, multiplier les rencontres, m'intégrer à tout prix dans un groupe. Mais ce n'était qu'une manière de fuir. Tout ça était faux...

 

Lors d’une soirée où je ne m’amusais guère, des amis me proposèrent de l'ecstasy. Ils en avaient déjà pris, je le voyais. Ils étaient pleins de joie de vivre et d’amour et moi tellement renfermé, inhibé, que j'eus envie d’essayer. Ça m'a entièrement libéré. J’étais moi-même comme je ne l'avais jamais été. J’avais abandonné mes peurs, mes rancœurs. Je pouvais tout oublier… Le lendemain, la peur d’être seul m'a envahi à nouveau. La drogue m’avait permis d’aller mieux le temps d’une nuit, mais ce n’était rien comparé à ma solitude du lendemain.

 

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Il m'a donc paru logique, au moment de l'écriture de personnifier la drogue, de lui donner forme humaine. Comme quelqu’un qui nous tiendrait compagnie quand on se sent seul. Je trouvais que ce quelqu’un avait le gout d'une femme. Fatale, qui nous aguiche et nous ignore en même temps, qui nous fait croire qu’on est bien avec soi-même.

 

Pour moi, ce film est le moyen d’extérioriser mes émotions, mes remords, en racontant l'histoire d'un personnage qui essaye à tout prix de surmonter la peur par l'excès, sans se rendre compte qu'il a besoin d'être seul. Seul avec lui-même pour faire le deuil de son père... Seul avec lui-même pour accepter sa solitude.

 

 

Note d'auteur (Mathieu)

Dans une école de cinéma, on n’est jamais très nombreux, mais on ne prend jamais vraiment le temps de se connaitre en dehors des projets. Puis, par hasard, on discute avec quelqu’un et on découvre qu’on a les mêmes envies, les mêmes passions… Et on se voit en lui comme dans un miroir.

 

Jamil m’a proposé de travailler à partir d’un événement traumatique qui s’est produit dans sa vie, il y a deux ans. J’ai accepté parce que cette démarche de co-écriture relève du partage. Elle permet de créer une vraie relation avec l’autre.

 

Au cours de l’écriture, j’ai bien aimé l’idée de travailler sur un personnage qui cherche quelqu’un à qui se confier, quelqu’un avec qui être vrai. Et c’est, je pense, la seule façon de surmonter un traumatisme. Il ne faut pas se cacher, mais trouver quelqu'un avec qui partager cette douleur. Si on ne le fait pas, le passé finit toujours par nous rattraper... Et on ne lui échappe pas en essayant de l'effacer, ou en vivant dans le déni.

 

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Le suicide d'un proche reste pour moi quelque chose de très abstrait. Travailler à partir du ressenti de quelqu'un qui a vécu une expérience si douloureuse est non seulement intéressant, mais aussi fondamental. Un scénario n'est jamais aussi riche que lorsque ses racines sont ancrées dans le réel. Il faut cependant essayer de donner une structure à ce réel, surtout quand nos blessures les plus profondes sont encore des plaies ouvertes. Au cours de l'écriture, je crois que j'ai plutôt été là pour ça : donner une forme « maitrisée » et « maitrisable » à cette douleur liée au sentiment d'abandon.

 

Une fois j'ai lu une phrase qui disait à peu près ça : « On construit notre vie à partir des limites de nos pères ». Je crois que même si on essaie de s’éloigner de plus en plus de nos pères, on finit par découvrir leur reflet quand on se regarde dans le miroir. Mais que faire quand on ne peut plus voir ces limites, quand nos pères ne sont plus là ?

 

J’ai toujours essayé de trouver des modèles chez les personnes qui m’entourent et je crois que nos quêtes identitaires ne se terminent jamais. On est tous à la recherche de repères, de refuges : l'histoire de Kinan est celle d'un personnage qui cherche « superficiellement » les autres pour éviter de devoir affronter sa solitude et son deuil.

 

Au niveau de la structure, j'aime les cinémas qui montrent une évolution dans la narration. L’évolution d’un personnage qui part d’un point A pour aller à un point B qui nous est donné depuis le début : ça nous donne des repères en tant que spectateurs.

 

Kinan revient chez lui. Il repart avec sa mère le lendemain. Entre les deux, un espace non seulement temporel, mais aussi mental, teinté d'une dimension onirique qui reflète l'intériorité du personnage. La forme qu'on veut adopter est celle d'un cinéma à l'apparence narratif, qui tend vers l'expérimental... Un cinéma fait d'ambiances presque « symbolistes », où l'action émotionnelle et le rêve permettent de créer un récit beaucoup plus complexe, fait d'ombre et de lumière.

 

Contre-jour_1

   Lost Highway, de David Lynch

 

 

Extrait du scénario

 

NOIR. Une conversation téléphonique. Une VOIX d'homme. Il parle lentement. Il prend son temps.

Quelqu'un l'écoute à l'autre bout du fil.

Le son est déformé par l'écho et les grésillements du combiné.

GÉNÉRIQUE : les noms apparaissent et par transparence, dévoilent une image d’une mer agitée et rocheuse.

 

LE PÈRE (off)

Depuis quelques jours, je fais ce rêve étrange. Toujours le même… Je suis perché sur une tour… Je suis monté mais je ne peux plus descendre… De grosses racines poussent tout autour de moi. Elles jaillissent de nulle part et se rapprochent de plus en plus… Puis elles se mettent à pousser sur moi… Il y en a de plus en plus. Elles s'enroulent autour de moi, elles m’écrasent… J'étouffe mais je ne ressens aucune douleur. Elles me protègent. Je ressens un étrange sentiment de bien-être infini, de liberté…

 

La VOIX d'un jeune homme à l'autre bout du fil.

 

KINAN (off)

Et après ?

 

LE PÈRE (off)

Après plus rien… Je me réveille.

 

Un silence.

 

KINAN (off)

Papa ?

 

LE PÈRE (off)

Mmh

 

KINAN (off)

Tu reviens quand chez maman ?

 

LE PÈRE (off)

Je sais pas encore…

 

Un bruit du côté de Kinan. Quelqu'un l'appelle.

 

KINAN (off)

Je dois y aller… On s'appelle !

 

LE PÈRE (off)

Je t'aime fort…

 

1. INT. / NUIT - GROTTE

 

La pièce est très sombre. KINAN (20 ans, mince) est accroupi, recroquevillé vers le sol. Son corps osseux, se détache de l'obscurité. Sa colonne vertébrale, sa nuque, ses côtes. Peau moite. Gouttes de sueur le long de sa peau.

Kinan relève la tête. Sa tête est couverte de dreadlocks. Bruit de TONDEUSE ELECTRIQUE. D'un geste lent et assuré, Kinan rase une rangée de ses cheveux. Ses gestes sont résolus, d'une précision chirurgicale.

Il se rase d'abord un côté, puis l'autre. Il se frotte les épaules pour dégager les cheveux. Méticuleusement.

Les mèches tombent à ses pieds. Un tapis de cheveux recouvre le sol.

 

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   La Haine, de Mathieu Kassovitz

 

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5. INT. / JOUR – APPARTEMENT

 

Kinan entre dans l'appartement et avance dans le couloir. Sa mère referme la porte derrière lui. Elle lui emboîte le pas pour ranger des affaires à elle (chaussures, sacs, etc.) qui encombrent le passage.

 

LA MERE

Désolé, c'est un peu le bazar. J'ai arrêté de ranger depuis qu'il est parti.

 

Kinan entre dans la chambre, laisse tomber son sac au sol et s'assied sur le lit. Il déballe des affaires pour la nuit (sa brosse à dents, un caleçon, un t-shirt) et les pose sur le lit à côté de lui.

La mère entre dans la chambre avec du linge sale à elle.

 

LA MERE

T'as des trucs à laver avant de partir?

 

Kinan fouille dans son sac et rassemble son linge sale. Pendant ce temps, la mère ramasse des vêtements d'homme éparpillés dans la chambre.

Kinan la regarde faire. Elle relève la tête vers lui, les affaires entre ses mains.

 

LA MERE

(comme pour se justifier)

Il voulait plus dormir avec moi. Il dormait dans ta chambre…

 

KINAN

C'est à quelle heure l'avion demain?

 

LA MERE

(hésitante)

Je sais plus... Il faut que je vérifie.

 

KINAN

Laisse tomber.

 

LA MERE

Je regarde ça quand j'ai fini.

 

Ils se regardent un temps. Il prend les affaires des mains de sa mère.

 

KINAN

C'est bon... Je vais le faire.

 

Il sort de la pièce.

 

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   Rapports préfabriqués, de Béla Tarr

À quoi servira la collecte ?

Pourquoi faisons-nous appel à vous ?

 

Nous avons passé un mois et demi à écrire le scénario avec Mathieu. Il s’agit d’une fiction sur le deuil et l'acceptation, qui raconte une relation mère-fils impossible face à l'indicible douleur: le suicide du père.

Maintenant qu’il est terminé, nous voulons garder cette énergie pour tourner assez rapidement cette histoire qui nous tient à cœur, sans passer par le mécanisme classique de production (qui prend un temps fou !) C’est donc pour garder cette spontanéité avec laquelle nous avons commencé que nous passons par KissKissBankBank.

 

Dans un premier temps, nous tournerons la première séquence du film (extrait du scénario plus bas). Nous voulons vous donner un aperçu de ce que sera le film : un mélange étrange de cinéma réaliste, parfois quasi documentaire (John Cassavetes), et d’expressionisme un peu expérimental (Gus Van Sant). En effet, le film a plusieurs aspects et mélange les esthétiques et les inspirations (La Haine de Kassovitz, La fête du feu d’Asghar Farhadi, etc.)

 

Évidemment c’est aussi pour avoir votre avis sur le projet. Nous avons besoin d’un regard critique sur notre travail, d’un regard neuf aussi ; d’une fraicheur que les gros producteurs n’ont pas pour ce genre de projet. Vous serez donc notre premier public avant le tournage !

 

Nous n'avons pour le moment que très peu de moyen. Il s'agit donc de tourner une première séquence (pré-minutée à 1'40), pour teaser un peu le projet. Nous disposons d'une caméra 16mm XTR de chez Aaton qui nous est prêtée par Philippe Vandendriessche (http://www.philvdd.be/fr/accueil.html).

 

Toute l'équipe technique est réunie et très motivée ! Cependant, nous devons encore acheter la pellicule et louer de l'éclairage. On a vraiment besoin de vous  pour que le film puisse se faire !

 

Vos dons serviront à financer :

 

- pellicule + développement et télécinéma                             350

- location travelling circulaire + dolly + trépied                       300

- location bijoute électro et projecteurs                                  250

- création du décor de la grotte + maquillage                        100

 

Atteindre cet objectif de 1000 euros sera déjà énorme pour nous, car cela nous permettrait de continuer l'aventure. En somme ce n'est pas seulement pour l'argent, c'est aussi pour voir si le projet peut plaire !

 

 

Aaton_xtr

   Aaton XTR S16

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Jamil Gaspar (22 ans), étudiant en 3ème année d’image à l’IAD (Institut des Arts de Diffusion) J'ai joué au théâtre dans plusieurs pièces de François Abou Salem comme "Gilgamesh" ou encore "Shams". J'ai également eu un rôle dans "Qui est fou", l'opéra rock-pop de François Ribac. J'ai réalisé plusieurs court-métrages, toujours avec les moyens du... Voir la suite