"Murs blancs, peuple muet" est un documentaire qui a été tourné en août 2011 en Tunisie. Il suit le parcours de trois graffeurs tunisiens qui, depuis la révolution de janvier, ne cessent de peindre dans les maisons délabrées de l'ex-dictateur Ben Ali.

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Présentation détaillée du projet

Les protagonistes

Le film se concentre sur trois personnages : Meen, Ismat et Sk One. Au lendemain de la révolution, ils ont crée le ZIT, un collectif artistique. Mais les aspirations y sont diverses et parfois opposées. Au centre du projet, Meen, qui tient le discours le plus radical sur le graffiti. Il a été arrêté il y a cinq ans pour avoir continué à taguer le visage de Che Guevera à Tunis, malgré les menaces qui pesaient sur lui. Depuis le 14 janvier il fait partie du collectif ZIT mais il est à l’initiative d’un sous-groupe anonyme qui mise sur un discours « trash » et subversif. Les autres ont décidé de ne pas le suivre dans cette voie. Nous nous sommes donc concentrés sur ce personnage qui travaille à l’encontre du tout ensemble sans faire l’impasse sur les discours plus modérés de ces deux acolytes.



MEEN "je fais du graffiti hardcore"





Son style de graffiti est  plus incisif que celui des autres graffeurs : il s’exprime au moyen de chocs visuels (il mêle allégrement les couleurs primaires pour créer une surprise). Son style est vif, nerveux, et son blaze, revendicatif. Et lorsqu’on lui demande si l’acte de graffer dans des maisons (autrefois habités par les ennemis : belle famille de Ben Ali) fait encore partie du « street art vandale », il n’hésite pas à « balancer » précisant que pour lui les espaces fermés ne sont en rien des « refuges créatifs » (contrairement à ses acolytes du ZIT) mais seulement des terrains de jeux pour pouvoir faire mieux à l’extérieur…




ISMAT "certains murs méritent le respect"





Ismat ne tolère pas que l’on touche à la religion. Pour lui les murs blancs ne se valent pas : certains « méritent le respect » comme ceux des mosquées. le ZIT est, selon ses dires, un groupe d’artistes aux aspirations diverses voire opposées mais qui lui permet de se faire un nom. Tout ce qui est politique, engagé, revendicatif, il le garde pour ses sorties en solitaire ou aux côtés de son acolyte, Meen. Pour lui il faut bien séparer ce qui est de l’ordre du privé (qui recoupe selon lui son engagement politique et ses valeurs morales ou religieuses) et le travail public, voire commercial que promeut le collectif constitué après la révolution.

 



SK ONE "la révolution nous a ouvert des portes"





Si Meen et Ismat privilégient depuis la révolution les grands spots, les graffitis de Hafedh Khediri alias Sk One sont d’un tout autre acabit. C’est souvent au moyen de « flops » (tags aux formes arrondies) qu’il s’exprime et « pose son blaze ». L’expression plus douce provoquée par ses peintures est en adéquation avec son discours beaucoup plus mesuré que celui des deux amis. Question d’âge ? Pas seulement… Sk One dit ne plus être intéressé par le graff vandale qu’il a essuyé de longues années lorsqu’il était adolescent. L’urgence, il connaît. Maintenant ce dont il rêve, c’est de pouvoir travailler tranquillement, disposer de temps pour réaliser de « belles choses ». La révolution a permis à l’art de rue de se développer mais surtout de se commercialiser : Sk One vend des toiles, dessine sur des baskets qu’il vend ensuite à des marques, réalise des logos, organise des performances pour des institutions… Si la rue est devenue un business depuis bien longtemps en Europe et aux Etats Unis, elle tend à le devenir en Tunisie mais le phénomène est encore neuf. Dans cette perspective, Sk One souhaiterait que le gouvernement crée des espaces dédiés au graff « décoratif », et qu’il puisse ainsi montrer ce qu’il sait faire et s’exporter, en toute liberté et surtout, en toute légalité.

 


Les lieux de tournage


Le film alterne des moments dans des espaces confinés comme la petite R5 des graffeurs et de longues plages de respiration dans les maisons en ruine des Trabelsi. Celles-ci ont été laissées à l'abandon depuis le départ de Ben Ali. Leurs entrées ont été murées mais les graffeurs ont pu y pénétrer en cassant l'un des murs.













Qui suis-je ?

Dounia Georgeon

 



D'origine franco-tunisienne, j'ai été amenée à réaliser un premier documentaire sur la condition des femmes tunisiennes en 2005. La soudaineté de la révolution de janvier a précipité mon envie de retourner dans le pays pour laisser une trace des événements. Souhaitant m'éloigner du traditionnel reportage télé montrant des foules en liesse, des places noires de monde j'ai choisi de me concentrer sur des espaces délabrés, vides, dont les murs blancs sont les seuls soutiens. Depuis la révolution, trois graffeurs tunisiens ont presque élu domicile dans les anciennes maisons des Trabelsi, belle famille de Ben Ali. C'est cette réappropriation du territoire par le peuple qui m'a particulièrement frappée et je me suis donc concentrée sur cet aspect du street art.

À quoi servira la collecte ?


Les fonds serviront à la post-production du film :

 

- location d'un banc de montage : 270 euros

- location matériel pour le mixage son : 250 euros

- location matériel d'étalonnage : 180 euros

dod