Ferme du Pot au lait

Certains m'appellent monsieur Gaec mais mon vrai nom est Philippe Ridet (un Gaec, c'est une sorte de coopérative pour agriculteurs). J'ai 42 ans et 75 vaches. Mon fief est ici dans les Yvelines, à la limite de l'Eure-et-Loire. Petit, je vais à l'école dans le coin, au collège à Dourdan puis enchaîne CAP, BEP et BTS métiers du lait à la Bergerie Nationale de Rambouillet. A la fin de mes études, je pars à l'armée (je dois faire partie de la dernière promotion obligatoire) à Versailles. Là, j'en profite pour passer tous les permis poids lourds imaginables. Mes diplômes et mes permis en poche, je deviens salarié d'une exploitation normande, près d'Yvetot, région du camembert. J'apprends alors le métier pour de vrai. Lever tôt, coucher tard, traite, alimentation, soins, transformation... Entre autres. En 2001, lorsque mes parents partent à la retraite, je décide de franchir le cap et de retourner sur les terres de mon enfance à Allainville. Sur les 60 hectares de céréales, j'en transforme la moitié en pâturages. J'achète le troupeau d'un exploitant voisin, fais construire une étable (on parle de stabulation maintenant, c'est plus pro), bâtis une fromagerie aux normes et, en 2001, je m'installe. A partir de trois types de fermentation, le lait de la traite du matin-même, pas mal d'expériences et d'imagination, je propose aujourd'hui une demi-douzaine de fromages différents. Je fabrique aussi des yaourts, de la faisselle et une crème anti-régime avec 50% de matières grasses. Avec la fin prochaine des quotas laitiers (2013), moins de 150 éleveurs en Ile-de-France et des exploitations hors sol de plus en plus pharaoniques, il paraît que je suis aujourd'hui une espèce menacée. J'ai résisté à la crise de la vache folle, je passerai ce nouveau cap. Qu'on se le dise, le Pot au lait compte bien ne pas se renverser.