Ophélie Gimbert

Paris, France

L'animal est couché sur une table de fortune, se tend, se débat, hurle et finit par perdre connaissance. L'électrocution d'une vache, par l'anus... J'ai vu ces images, j'avais 8 ans. La souffrance animale lors de l'abattage. Mes parents avaient, à cette époque, décidé de nous élever, ma soeur et moi, avec le credo "je peux vivre sans prendre de vies". Ce nouveau régime faisait de nous les originaux de la famille, pas toujours bien pris au sérieux. J'ai mis du temps à assumer cette prise de position dans la société, au milieu de personnes qui soit oublient tout le temps votre mode de vie "particulier", le considérant comme infondé, soit qui pensent savoir exactement ce que vous mangez ; "les végétariens mangent bien du poisson". La politesse m'a souvent freinée dans mon élan et plus jeune, je me suis parfois retrouvée attablée chez des amis, ne sachant comment expliquer, ne souhaitant qu'une chose : me fondre dans la masse. J'ai eu conscience de ma différence, j'avais 12 ans. J'avais une quinzaine d'années lorsque mes parents ont décidé de revenir à un régime "normal", un régime comprenant viande et poisson. La raison ? L'envie. Un nouveau combat s'imposait alors à moi, en solitaire cette fois puisque même l'appui de mes parents avait disparu. Je me retrouvais l'originale, seule. Là encore par politesse parfois je mangeais de la viande sous mon propre toit, jadis terre d'accueil pour animaux en détresse...Ma soeur a pu retourner à un régime "normal", et si moi je mangeais sans broncher, mon intérieur hurlait. J'étais perdue, j'avais 16 ans. En 2008, je suis partie en Australie suivre un stage dans une société de production. Cette expérience marque le réel tournant dans ma vie de végétarienne. A mon arrivée j'ai immédiatement ressenti une différence : des snacks végétariens, des menus végétariens dans pratiquement chaque restaurant. J'ai commencé mon stage et un sujet de reportage était inévitable : la culture végétarienne à Brisbane, mythe ou réalité ? A travers mon regard de jeune française je suis alors partie à la rencontre des végétariens de la capitale du Queensland : des lycéens prenant part à une coopérative interne à leur lycée, un azerbadjan propriétaire d'un restaurant végétarien, des militants... Et plus j'avançais, plus je prennais confiance. Lorsque je suis rentré en France je suis devenue 100% végétarienne. J'ai assumé, j'avais 21 ans.