Un migrant subsaharien parti pour l'Occident doit rentrer au pays avec de l'argent. Certains échouent et connaissent le retour de la honte

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The project

PRESENTATION

 

Chaque année, des millions de migrants subsahariens sont en transit pour l’Europe. Certains l’atteignent, mais la plupart reste bloquée à ses portes, en Libye, au Maroc, en Mauritanie. Misérables, seuls, désespérés, ils ne rentrent pourtant pas chez eux. Parce qu'un migrant subsaharien sait qu’il ne peut rentrer au pays que s'il ramène avec lui de l’argent. Souvent, les familles des migrants ont tout misé sur leur départ, financièrement et psychologiquement. Elles attendent donc qu’ils gagnent assez pour envoyer régulièrement un mandat à la famille restée au pays. Tant que ces enfants de l'espoir n’ont rien à ramener, ils ne sont pas invités à revenir. S’ils le font malgré tout, ils seront rejetés par les leurs.

 

Très peu de migrants partis en aventure rentrent donc volontairement avant d’avoir rassemblé quelques économies. Mais certains sont expulsés d’Europe et reviennent chez eux contre leur gré, sans argent. Le village les rejette, les méprise, les traite de « bons à rien », de « fainéants ». Certains se relèvent, arrivent à faire abstraction du regard social et tentent de se reconstruire une vie. D’autres se laissent aller et deviennent des marginaux. D’autres encore choisissent l’exil.

 

Dans le documentaire « Pars et reviens tard », je propose de raconter ces histoires du retour de la honte, à travers des portraits croisés de migrants et anciens migrants camerounais. Cinq portraits d’aventuriers partis un jour en Occident à la recherche d’une vie meilleure et qui sont rentrés bredouille.

 

 

 

LES PERSOS

 

Fabien Didier Yene, « celui qui a réussi »

 

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Après avoir passé 9 ans au Maroc, Fabien vit à Arcueil, en région parisienne, depuis deux ans. Pour sa famille au Cameroun, c’est un rêve qui s’est réalisé. Fabien vit en Europe, donc « il a réussi ». Pourtant le jeune homme de 35 ans peine à trouver du travail, ne gagne pas sa vie et dépend financièrement de son épouse, française. Il n’envoie pas d’argent à sa famille régulièrement, comme le font les autres migrants subsahariens arrivés en France. Et à chaque fois qu’il part au Cameroun rendre visite aux siens, c’est une épreuve psychologique.

C’est Fabien qui nous emmène au Cameroun. Nous filmons sa préparation avant son départ annuel pour un séjour au Cameroun de deux semaines. En ville, il fait soigneusement ses courses de cadeaux à ramener à chacun des membres de sa famille. Il se confie alors : « Il faut bien que je leur ramène quelque chose, une montre par ci, des bricoles par là… mais c’est vraiment le minimum. Ils attendent beaucoup plus de moi ». 

Fabien a hâte de revoir les siens. Nous le suivrons au Cameroun et nous filmerons ses retrouvailles avec sa famille, ainsi que l’évolution des relations familiales durant son séjour. Fabien sait que le premier jour, tout le monde sera content de le voir. Mais, au bout de quelques temps, quand sa famille constatera qu’il n’a toujours pas d’argent avec lui, la tension s’installera. « C’est un duel », explique Fabien. « Ils croient que je suis riche parce que je vis en France et il faut leur expliquer à chaque fois que ce n’est pas le cas. C’est un duel à chaque fois qu’ils me demandent de l’argent, à chaque fois qu’ils me demandent de construire une maison au village… La tension est très violente et parfois je sens qu’elle peut même devenir physique ».

Alors souvent, à la fin de son séjour au Cameroun, Fabien a hâte de rentrer en France. Pourtant, il aimerait pouvoir se réinstaller pour de bon au Cameroun. Mais pour l’instant, sans gagner sa vie, sans revenir avec assez d’argent pour être dépendant…le retour au pays n’est pas envisageable une seule seconde.

 

 

Simon, "le migrant fantôme"

 

Il s'agit d'un personnage-type que je n'ai pas encore rencontré personnellement. Tous les Camerounais avec qui je suis en contact pour mon enquête connaissent des personnes dans cette situation. Mais il faut du temps pour arriver jusqu'à eux et les convaincre de témoigner.

Nous appellerons ce personnage Simon, il est le concentré des histoires que j'ai entendues sur les migrants revenus sans rien, rejetés de tous, vivotant en marge de la société camerounaise et qui ne sont plus que le fantômes d'eux-mêmes.

Simon est rentré pour de bon. Mais il n’a pas eu le choix. En mars 2011, il a été arrêté à Paris, puis expulsé quelques semaines plus tard au Cameroun. Il était en France depuis trop peu de temps pour rassembler ne serait-ce qu'un minimum d'économies. Simon est rentré les mains vides.

Depuis deux ans qu’il est à Yaoundé, il n’est jamais allé voir sa famille. Il nous expliquera pourquoi la honte qui le saisit l'empêche d'aller voir les siens. Chacun ici voit régulièrement des jeunes migrants revenir d'Europe avec de l'argent. Simon craint sans doute que sa famille ne comprenne pas pourquoi lui est revenu sans rien.

Nous l'accompagnerons dans son errance dans les rues de Yaoundé. En marchant devant certains immeubles de la ville appartenant à des riches anciens migrants ayant fait fortune en Europe, il ne pourra sans doute s'empêcher de se comparer à eux. Eux qui servent de modèle à toute sa société. Eux qui, sans le vouloir, condamnent à la honte les gens comme lui, rentrés sans argent. 

 

 

Oscar Francis, « le ressuscité »

 

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Oscar Francis EyeZo’o (ci-dessus en jaune et noir) a aussi été expulsé de France où il vivait depuis plusieurs années. C’était en 2005. Comme tous les migrants expulsés, il rentre les mains vides et suscite le mépris des siens, sa femme le quitte. Mais Oscar ne se laisse pas aller. En 2006, il réunit les aides financières nécessaires pour fonder « Welcome Back Cameroon », une association d’aide au retour des migrants expulsés.

Nous accompagnerons Oscar dans son assistance d’urgence aux migrants tout juste de retour (logement, nourriture) ; mais aussi dans sa réinsertion professionnelle sur le long terme des anciens migrants expulsés d’Europe. Nous rencontrerons notamment Didier, expulsé d’Espagne en 2009, qui travaille aujourd’hui dans une petite exploitation agricole. Oscar, Didier, et tous les anciens migrants aidés par Welcome Back Cameroon sont la preuve qu’une seconde vie est possible pour un migrant camerounais revenu d’un « échec » en Europe.

 

 

Robert, "l’orateur social"

 

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Robert Lipothy aussi essaye de faire évoluer les phénomènes migratoires dans son pays. Il organise des campagnes de sensibilisation pour lutter contre le mythe de l’Eldorado européen et préparer les candidats à l’émigration à ce qui les attend en aventure en Occident. Son association Arecc investit les écoles, les marchés, les églises et organise des débats. Pour les dissuader de partir ? « Non », répond-il. « Les informer, les préparer au voyage, leur dire la vérité sur l’Occident ».

Robert aussi a décidé de fonder son association après être revenu d’une terrible aventure en Europe : « Tout part d’une traversée pédestre de six pays du Cameroun jusqu’à l’Espagne. J’ai vu mourir mes compatriotes dans le désert du Sahara ; je les ai vus mourir de faim et de soif ; j’ai vu aussi les corps en état de putréfaction, sur le sol, tout le long du voyage. Et une fois arrivés au Maroc, mes compagnons devenaient fous parce qu’ils ne s’attendaient pas à ça ! Ils s’imaginaient que leurs problèmes allaient disparaître, qu’ils étaient aux pieds du Paradis… Au lieu de ça, nous avons subi le racisme, nous n’avions ni nourriture, ni argent, et nous devions faire l’aumône pour vivre ».

Alors depuis, Robert raconte, explique, montre des photos de son voyage (comme ci-dessus où il est au premier plan, micro en main), partout où il le peut: "les réactions peuvent être très violentes: les jeunes gens qui ont misé tout leur espoir dans le rêve d'une vie meilleure en Europe détestent entendre ce que j'ai à leur raconté... et parfois ils refusent de nous croire. Mais moi, je continue à informer, c'est mon devoir".

 

Régis, "l’exilé"

 

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(Photo: Thibaut Cavailles)

 

C’est Régis qui m’a inspiré l’idée du projet. Régis que j’ai rencontré pendant mon séjour d’un an à Tanger, où j’ai travaillé pour la chaîne marocaine Medi1TV.

Comme Robert et comme des millions d’autres migrants subsahariens, Régis est en transit pour l’Europe. Il a choisi le Maroc comme antichambre du Vieux continent. Et comme beaucoup, il y est resté. Ces dernières années, les politiques migratoires européennes se sont durcies, et l’accès à l’Europe est fermé. Rentrer chez lui ? Impossible. Régis n’a pas un sou en poche et rentrer sans argent, c’est se condamner à la honte. Il préfère vivre isolé, misérable, à la merci du racisme populaire et de l’arbitraire policier... mais loin du jugement des siens.

 

Voici son portrait, que j’ai tourné avec le réalisateur Xavier Deleu, en janvier 2012.

 

 

Régis m'avait inspiré un premier projet de documentaire le jour où, épuisé par sa vie au Maroc, il a décidé de rentrer au Cameroun. La peur du rejet était là, mais, à l'époque, le desespoir et la solitude à Tanger étaient plus forts. J'ai donc voulu filmer son départ du Maroc et le retrouver un an plus tard, au Cameroun, pour voir s'il avait réussi à se réinsérer là bas. Régis est arrivé à Yaoundé en avril 2012, l'idée était de le retrouver en avril 2013, pour un bilan de son année passée au pays.

Mais Régis n’a pas tenu. Je n'ai pas eu le temps de le retrouver au Cameroun: il y est resté quelques mois puis est reparti au Maroc. Impossible pour lui d’affronter plus longtemps le jugement sévère de sa famille, les regards moqueurs de ses amis, de ses voisins. Mon premier projet a été avorté. Ceux d'entre vous qui en avaient vu la présentation sur Kiss Kiss Bank Bank ont pu le constater.

Or le fait que Régis s'impose cet exil après avoir essayé de rentrer vivre au Cameroun m'a convaincue qu'il ne fallait pas que j'abandonne ce sujet. Contrairement aux autres migrants exilés au Maroc qui craignent le retour mais qui le fantasment aussi, Régis sait. Il sait que son retour a été terrible puisqu'il l'a vécu, puisque c'est lui qu'on a rejeté. Son exemple ne fait que renforcer le triste constat qu'un retour au pays pour un migrant qui n'a pas fait fortune est extrêmement difficile... voire impossible pour certains. Et que cela mérite d'être raconté. 

 

 

 

POURQUOI UN TEL PROJET?

 

Parce que chaque année, ils sont des millions de migrants subsahariens en transit pour l’Europe. Et qu’on raconte toujours cette migration dans un même sens : de l’Afrique vers le vieux continent. J’aimerais ici parler du sens inverse, du retour.

Dans ce documentaire, j’aimerais expliquer pourquoi les migrants bloqués aux portes de l’Europe décident d’y rester malgré la misère, la désillusion et l’impossibilité d’accéder à une vie meilleure. Je veux montrer ce qui les attend s’ils rentrent chez eux les mains vides : le statut social de « sous homme » et le rejet des leurs. Mais je veux aussi expliquer que la marginalité et l’isolement ne sont pas une fatalité pour celui qui rentre chez lui sans avoir fait fortune. Des structures associatives peuvent l’aider à se réinsérer, encore faut-il qu’il frappe à leur porte, et très peu le font, freinés par la honte.

Why fund it?

Grâce à vous, ce documentaire pourra bientôt toucher, dans les festivals de documentaires via les chaînes de télévision africaines, et les chaines de télévision francophones, les populations subsahariennes tentées par l’émigration. Ce film entend les faire réfléchir sur les mirages de l’immigration, ainsi que sur le retour des leurs quand ils n’ont pas réussi à faire fortune en Europe. Ce film les invitera à dé-diaboliser le retour de celui qui était parti pour trouver une vie meilleure, mais n’a trouvé que la misère.

 

Grâce vous aussi, ce film touchera le public français. La population qui côtoie ces migrants tous les jours, en marchant dans les rues, en empruntant les transports en commun... et qui se demande pourquoi ces hommes qui vivent souvent dans une misère profonde préfèrent ne pas rentrer dans le pays où ils sont nés.

 

Pour mener à bien ce projet, j’ai besoin de votre soutien car il est difficile d’intéresser les diffuseurs à ce type de sujets. L’Afrique est réputée ne pas faire d’audience, c’est ce que répondent les diffuseurs aux producteurs avec lesquels je développe ce projet. Difficile de les intéresser, donc difficile de préfinancer le film.

 

Ma conviction est que la force de nos personnages sera de nature à convaincre les diffuseurs de mettre ce film à l’antenne. Et si nous ne réussissons pas à les faire changer d’avis, le film pourra, grâce à vous, circuler dans les Festivals, en France et en Afrique, et être diffusé sur Internet.

 

J’ai obtenu pour ce projet la bourse « Brouillon d’un rêve journalistique » de la SCAM, qui s’élève à 3500 euros. Elle me permettra de rémunérer le cadreur qui m'accompagnera pour un tournage de vingt jours au Cameroun et à Tanger (2000 euros minimum) et de payer les billets d’avion A/R Paris-Yaounde (1500 euros). 

 

Les 2500 euros que nous espérons collecter ici permettront de financer le reste des coûts du tournage au Cameroun et au Maroc.

 

Visas pour 2 personnes pour le Cameroun (280 euros), vaccins pour le Cameroun (270 euros), frais de déplacement, hébergement et régie sur place pendant vingt jours pour 2 personnes (1700 euros), billets d’avion A/R Paris-Tanger (200 euros), régie pendant 3 jours à Tanger pour deux personnes (50 euros).

 

Malgré le coût dérisoire du tournage, le film sera professionnel. Je m’engage à travailler gratuitement, un ami monteur aussi. Il s’agit là des coûts directs minimums à couvrir.

 

 

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Aurylia Rotolo

Je suis une journaliste de 27 ans, ayant vécu au Brésil, aux Etats-Unis et au Maroc. Après une formation à l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille, j’ai travaillé à Tanger pour la chaîne nationale marocaine Medi1TV. De retour à Paris, je réalise des magazines de société et enquête sur des documentaires d’histoire et de société (France 3, Arte). Je... See more

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Et voici pour que ce soit dans la boite au plus vite!!!!!!!!
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Et voilà... 100% ! A toi de jouer maintenant ;) Tu déchires meuf !!!
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J'attends la carte !! Bises