Pour encourager l'enquête de presse en Algérie, Maghreb Emergent lance le Prix Ali Boudoukha du meilleur article d'investigation.

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Présentation détaillée du projet

L'Algérie a connu ces dernières années de nombreuses affaires de corruption présumées ou avérées qui ont défrayé la chronique : Autoroute est-ouest, Sonatrach 1, Sonatrach 2 et beaucoup d'autres. Ces affaires sont le plus souvent liées à l'octroi de marchés publics donnant lieu à la perception de commissions à des entreprises étrangères qui peuvent s’accompagner de surfacturation des projets et des rétrocommissions. Le préjudice pour la communauté nationale est très important, il se chiffre par centaines de millions de dollars  voire en milliards.

 

L’opinion algérienne est très sensible à ces affaires mais l’information reste très parcellaire. La presse algérienne a traité ces questions en se faisant le relais d’enquêteurs de services de renseignements (Sonatrach 1) ou l’écho de révélations faites par les juges en Italie sur le versement par une société italienne (Saipem, filiale d’Eni) de pots-de-vin à des responsables algériens dont l’ancien ministre de l’énergie. Ces informations ne sont donc pas le fruit d’un travail d’investigation journalistique avec un effort de recoupement et de confirmations par de multiples sources. Ce qui parfois, en Algérie du moins, prête le flanc aux accusations de règlements de compte.

 

Mais si la presse fait peu de travail d’investigation, ce n’est pas toujours par manque d’audace. Cela renvoie essentiellement à un problème structurel lié au fait que les rédactions ne sont pas organisées pour enquêter longuement à partir des premiers indices qui leur parviennent au sujet de malversations présumées dans la conduite des affaires publiques. L'article d'investigation touche tous les territoires de l'actualité qui ne surgissent pas spontanément à la lumière. Il exige du temps et des moyens. Lorsqu'il respecte les règles de l'exercice, lorsqu'il va au bout du fil qu'il va déterrer, il contribue à rendre meilleure la vie publique. Mais il faut encourager ce genre de pratique journalistique qui demande de l’effort, du temps et beaucoup de patience.

 

A Maghreb Emergent, journal électronique spécialisé en économie, nous estimons que le temps est venu, un quart de siècle après l’émergence d’une presse indépendante et privée, que les journalistes explorent avec une démarche professionnelle cet aspect important de la pratique du journalisme. Les journalistes doivent enquêter, révéler des affaires et avoir du temps pour cela. Cela se fait déjà. Imparfaitement, prudemment. Le plus souvent pour compléter des premières informations livrées invariablement par la justice ou les services de sécurité. Le temps est arrivé d'aller plus loin. L'opinion publique, la vie démocratique en ont besoin.

 

C’est pour encourager l'enquête de presse en Algérie que Maghreb Emergent lance le Prix Ali Boudoukha du meilleur article d'investigation. Nous voulons que ce prix récompense tous les ans l'enquête journalistique la plus aboutie, qu'elle en protège le lauréat, les nominés et les candidats, qu'elle suscite au sein des rédactions des vocations pour que cet exercice obtienne les moyens et le soutien des éditeurs de presse.

 

Qui était Ali Boudoukha ?

 

Ali Bey Boudoukha est un éminent journaliste algérien disparu en 2011 à l'âge de 60 ans. Il a été cofondateur de l'agence de presse Interface Médias éditrice depuis avril 2010 de Maghreb Emergent. Après son départ de la chaine 3 de la radio algérienne à la fin des années 80, il a participé à de nombreuses aventures professionnelles (La Nation, Libre Algérie, L' Epoque...) et a été correspondant de RFI en Algérie.

 

Nous avons donné son nom au prix du meilleur article d'investigation parce que Ali Boudoukha cherchait toujours à en savoir plus. Il a beaucoup travaillé dans les situations d'urgence avec l'intuition et l'énergie de l'enquêteur de presse. C'est l'hommage minimal que nous devons à son engagement professionnel exemplaire pour la vérité des faits et la liberté de l'information.

 

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Au lendemain de la disparition du journaliste algérien Ali Boudoukha, connu pour les auditeurs de RFI sous le nom d'Amar Bensalem, la chaîne de radio française internationale rend un vibrant hommage à son correspondant en Algérie à travers le témoignage de son ami et collègue Toufik Benaichouche.

 

 

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Le journalisme d'investigation selon Ali Boudoukha

 

"Au début de l’année 1996, les journalistes n’ignoraient pas qu’il y avait, dans un contexte de violence, un grave problème de disparitions forcées en Algérie. On le savait que ce soit à travers les courriers désespérés qui arrivaient dans les rédactions ou par des biais familiaux. Mais le sujet était encore tabou. Certains journaux l’évitaient par peur – les suspensions de journaux étaient monnaie courante en ces temps-là -, d’autres par « conviction » que ces victimes n’étaient pas défendables.  A l’hebdomadaire La Nation, où Ali-Bey Boudoukha était rédacteur en chef, nous avions décidé d’aborder ce grave problème, connu de tous mais que personne n’évoquait. Nous étions quasi-certains  qu’il n’y aurait pas de miracle et que le journal serait empêché d’impression. A cette époque, il n’y avait pas encore les possibilités, magnifiques, offertes par Internet pour contourner la censure.

 

Etre obnubilé par ce que les censeurs pourraient faire peut conduire cependant à ne rien faire. Or, estimait Ali-Bey une presse qui ignore un problème grave connu, dans la douleur et la peine, par des milliers d’Algériens renonce à sa vocation première, à ce qui fait sa dignité. Il fallait donc constamment être en situation de dépassement des « lignes rouges » d’autant plus pernicieuses qu’elles n’étaient jamais énoncées clairement. « Les lignes rouges des pouvoirs, disait Ali-Bey, ne peuvent pas être une ligne éditoriale. Les seules balises acceptables pour la presse sont celles qui sont édictées par la Constitution. Il ne faut pas renoncer à ce que permet la Constitution quitte à se faire censurer »", témoigne Saïd Djaafer, journaliste algérien, collègue et ami d'Ali Boudoukha.

 

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"Le dossier des disparus, publié en mars 1996, a été préparé avec une rigueur décuplée car c’était une investigation sur un fait connu mais maintenu sous l’éteignoir. Il fallait mettre des mots sur cette plaie terrible et éprouvante, il fallait témoigner et raconter. Et nous savions que nos « pseudos » ne nous protégeaient de rien. Ils ne nous épargnaient ni les saisies, ni les poursuites judiciaires, ni le « contrôle judiciaire » et, plus pernicieux, ni les coups de téléphones menaçants ou les conseils anonymes de gens qui ne nous veulent que du «bien ».

 

Aujourd’hui, la question des disparus n’est pas niée, mais à l’époque en parler était une terrible « transgression ». Qu’il fallait commettre. Impérieusement. Le dossier sur les droits de l’homme réalisé par La Nation sous la supervision d’Ali-Bey a été, ce n’était pas vraiment une surprise, rattrapé par la censure. Mais le dossier, hébergé par Le Monde Diplomatique, aura eu un grand retentissement. Le tabou tombait. Grâce à une investigation sur des faits connus que bien peu osaient évoquer publiquement", poursuit Saïd Djaafer.

 

 

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Page d'ouverture du dossier sur les disparus publié dans Le Monde diplomatique de mars 1996

 

"Ali Bey Boudoukha n’a jamais couru après le scoop ou les scandales qui font les « unes » des journaux. Son travail de journaliste, il l’accomplissait dans la dure besogne de collecte des faits et de confrontation des sources. Mais aussi, il savait ce qu’il fallait savoir sur chacune de ses sources et savait reconnaitre ce qui était information et ce qui relevait des guerres de communication. Des qualités précieuses qui font qu’un professionnel qui respecte son métier s’impose forcément une éthique", Salima Ghezali, journaliste algérienne.

 

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L'article d'Ali Boudoukha, alias Ali Bouazid, publié dans Le Monde Diplomatique de mars 1996.

 

À quoi servira la collecte ?

La première édition du prix Ali Boudoukha prime des articles d'investigation parus dans la presse algérienne entre le 1er janvier et le 31 décembre 2013. Le président du Jury est Lotfi Madani, ancien collègue et ami de Ali Boudoukha, grand professionnel de la radio et de la communication et universitaire, établit à Tunis.

 

L'Agence de presse Interface Médias éditrice de Maghreb Emergent prendra en charge la logistique du Jury et l'organisation de la cérémonie de remise du prix au lauréat. Nous souhaitons à travers cette levée de fonds compléter le financement de cette opération par le recours à un public sensible à l'émergence d'une presse d'investigation en Algérie. Nous voulons que la dotation du prix viennent de vous. C'est une manière d'assurer l'indépendance du prix, sa crédibilité.

 

La souscription de 2500 euros que nous lançons couvrira environ 20 % des frais de l'organisation de cette première édition du concours Ali Boudoukha. Ce sera la partie qui ira directement récompenser le lauréat, un ou une journaliste qui aura sans doute pris des risques professionnels pour mettre en lumière des faits enfouis. Elle est donc essentielle dans notre montage pour l'aboutissement de ce projet. Elle permettra de dire que le prix d'investigation Ali Boudoukha est soutenu par les lecteurs-citoyens.

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Les amis de Radio M

Maghreb Emergent est un pure-player algérien spécialisé en économie, né en 2010 à Alger, à l’initiative d’un collectif de journalistes qui en sont les principaux actionnaires. En quatre ans, le journal électronique édité par l’Agence Interface Médias (IM) s’est imposé dans le paysage médiatique de l’Algérie et du Maghreb avec plus de 4 millions de pages... Voir la suite

Derniers commentaires

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Cher(e)s KissBankers, L'équipe de Maghreb Emergent vous remercie chaleureusement pour vos dons si précieux à la réussite de notre collecte au profit du Prix Ali Boudoukha du meilleur article d'investigation. En une semaine, nous avons récolté 1180 euros ce qui représente presque 50 % de l'objectif à atteindre. Merci pour votre soutien qui nous encourage dans notre opération.
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Excellent projet !
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Merci RQ pour votre soutien et vos encouragements.