Un film documentaire sur l'arrivée d'un moteur à huile de palme dans une radio de village isolé de la République Démocratique du Congo.

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Présentation détaillée du projet

 

Radio Congo, un film documentaire sur une radio communautaire, située au cœur d’un village de la République Démocratique du Congo. A l’heure où le pays souffre de troubles politiques et militaires, Radio Nsemo informe quotidiennement ses habitants au gré d'un carburant devenu trop rare pour alimenter son groupe électrogène...

 

 

 

LE PROJET:

 

La radio est bien le seul média réellement transversal, touchant toutes les zones géographiques et toutes les couches d’une société. Les radios communautaires informent, divertissent et favorisent la communication locale et les échanges avec l’extérieur. Ces radios jouent un rôle déterminant, elles remplissent une vraie mission de service public, et constituent un véritable vecteur de démocratie et de lien social.

 

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A Idiofa, un village situé dans la province du Bandundu, en République Démocratique du Congo, Radio Nsemo tient ce rôle en informant ses habitants de ce qui se passe ici et ailleurs. Comme de très nombreuses radios de brousse, cette station fonctionne grâce à un groupe électrogène.

Avec le conflit au Nord Kivu et la flambée du prix du pétrole, le prix du carburant ne cesse d’augmenter. C’est pourquoi, les responsables de la radio sont contraints de réduire le temps de fonctionnement du générateur. La durée des émissions diminue ainsi au fil des mois.

 

Il est malheureusement arrivé que des groupes armés détournent cet instrument de démocratie à des fins guerrières. Radio des Mille Collines au Rwanda voisin ou des radios locales piratées par des rebelles du Nord Kivu en sont les tristes exemples.

 

Il y a quelques années, une expérience pilote a été menée en République Démocratique du Congo. Une radio a réussi à fonctionner avec de l’huile de palme directement récoltée autour du village où se situe la station. Les habitants fournissent à tour de rôle l’huile de palme nécessaire à faire fonctionner le moteur. Depuis son installation, la radio fonctionne bien et peut émettre dix heures par jour, contre seulement deux à l’époque où la station était alimentée au fioul.

 

Cette expérience va bientôt être renouvelée à Idiofa. Ce village se situe dans une zone peu accessible mais où poussent à profusion des palmiers qui offrent des noix généreuses en huile. Traditionnellement cultivée et utilisée pour l’alimentation, l’huile de palme nécessaire à faire fonctionner le moteur, sera fournie par les habitants.

 

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Le moteur qui y sera implanté, est une des toutes premières versions de moteur qu’inventa Rudolph Diesel, il y a précisément 100 ans. A cette époque, l’objectif de l’inventeur, était de démocratiser l’accès à l’énergie grâce à un moteur pouvant consommer des huiles végétales. Mais à l’aube de la 1ère guerre mondiale, son invention est très vite récupérée et détournée contre son gré à des fins militaires, puis industrielles. 100 ans après, le rêve de Diesel va finalement pouvoir se concrétiser en brousse africaine à travers une radio de proximité. L’écho vibrant qui résonne entre ces deux histoires, entre ces deux outils fragiles de démocratisation, est un des moteurs de ma réalisation.

 

Suivant les ondes de cette radio, le film va glisser dans l'intimité des habitants et témoigner des possibilités et contradictions offertes par cet outil communautaire mis au service de la démocratie.

 

 

INTENTIONS :

 

Je suis lié à une famille, à la terre, au rural. Je suis aussi lié à un à un pays, à son histoire et à ses choix de politique étrangère. Certaines histoires, certains évènements lointains éveillent en moi une forme de résonnance, un besoin d’aller creuser et chercher des réponses. Après une première réalisation liée à ma famille et ancrée dans ma terre natale, je suis parti en Afrique. J’y ai découvert un lac camerounais perdu au cœur d’une nature mystérieuse, les ravines des collines Tugens aux côtés d’une équipe de paléontologues, le lac Kivu bordé de collines rwandaises. Ces terres africaines que j’ai pu filmer sont d’autres « terres natales », d’autres espaces originels. Ces lieux chargés d’histoire où la nature et l’agriculture sont omniprésentes me renvoient à la fois à mes origines rurales et d’une certaine manière à mes origines françaises. Si je viens puiser une ressource dans ces terres c’est pour la regarder et la comprendre de manière humaine et la partager ensuite.

 

En imaginant l’espace du village d’Idiofa et l’arrivée du nouveau moteur, je me suis assez vite projeté dans un décor et j’ai compris le potentiel cinématographique que celui ci offrait. J’ai pris conscience de l’importance de l’événement que représentait l’arrivée de ce moteur.

 

Je souhaite en effet profiter de cette expérience menée en pleine brousse, là où il n’y a pas d’électricité et où se pose justement la question de la ressource, pour m’intéresser à la fonction première de la radio, son rôle social et démocratique, et aux citoyens qui la font vivre. Je profite de cet événement à venir, pour m’immerger dans la vie d’un village et le filmer à travers le prisme de sa radio. L’arrivée du moteur, élément perturbateur au cœur de la cité, va bousculer les esprits et les coutumes, interagir avec les habitants, à la fois physiquement, ils devront en effet livrer eux même l’huile de palme pour faire fonctionner la radio, mais aussi intellectuellement. L’arrivée de ce moteur va susciter des débats, permettra d’en prolonger d’autres grâce au rallongement du temps des émissions. Une fois l’évènement passé, je suivrai ses répercussions jusque dans les foyers.

 

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L’espace du village offre différents espaces d’expression. Je « retrouve » les gestes agricoles qui me sont familiers et que j’aime filmer. Je retrouve à la fois des lieux personnels, des champs silencieux qui laissent la place à l’intime, mais aussi des lieux d’échange, des lieux publics, des lieux de communication.

 

La radio est une fenêtre qui me permet d’entrer chez les gens, très différents les uns des autres, de découvrir leurs vies quotidiennes, leurs préoccupations, de pénétrer comme le ferait le son dans leur intimité. Grâce à son nouveau moteur, la radio permet aussi de les voir se croiser, se rencontrer.

 

Chaque événement important d’une vie est relayé ou célébré par la radio : mariages, décès, publicités personnelles, messages privés… Ce sont autant de séquences possibles amorcées par une séquence de radio. Je souhaite m’attacher à la vie de six personnages et les suivre sur la durée, en parallèle du quotidien de la radio et des évènements politiques du pays. Certaines situations pourront être cocasses. L’arrivée du moteur amènera aussi des contradictions et des polémiques. Celles de l’huile de palme, par exemple, celle de la concurrence entre alimentaire et énergie.

 

Ce projet de moteur prendra racine dans un pays au contexte politique proche du chaos, mais intéressant du point de vue du film. En effet, la RDC connait une résurgence de troubles intérieurs, politiques et militaires dans sa partie orientale (Nord et sud Kivu) et plus récemment au Katanga avec des rebelles sécessionnistes. La dernière élection présidentielle est de plus en plus remise en cause par une partie de la population, mais aussi par une partie de la diaspora congolaise qui réclame de nouveaux scrutins et apporte une résonance internationale à ce mouvement citoyen. Dans l’éventualité de nouvelles élections anticipées en RDC, les radios de proximité deviendront un enjeu de taille. Il sera intéressant de voir comment Radio Nsemo s’y prépare. Un des rôles de la radio communautaire est bien la promotion de la paix. Il sera intéressant de voir comment sont traités, perçus et gérés à travers la radio, les conflits locaux comme nationaux. De la même manière, il sera intéressant de voir comment, au sein du village, chacun vit cette notion du collectif induite par le nouveau fonctionnement de la radio.

 

A l’heure où tout le monde souhaite en finir avec les relents coloniaux, la radio peut être un des moteurs dans la réappropriation de la politique par sa population. Cette micro-histoire de moteur à huile de palme peut ainsi devenir le noyau d’une plus grande histoire. L’expérience du système collectif menée à travers la radio prend d’autant plus de sens à l’heure où pointent ça et là dans le pays, des signes de sécession.

 

Je vois, dans ce projet documentaire, un film politique, humain et poétique, une fenêtre à la taille d’un village, au champ transversal qui me permet de poser un regard attentif sur une initiative originale, participative et citoyenne en République Démocratique du Congo. En filmant l’histoire d’une radio, de sa difficulté de fonctionner jusqu’aux solutions apportées, je filme des hommes en train de rebâtir leur société.

 

 

OBJECTIFS DU SEJOUR:

 

Je désire adopter le point de vue du village. Il faut pour cela que je m'immerge dans sa structure et dans son rythme. J’ai donc besoin d'y passer du temps, de rencontrer les différents intervenants, responsables, animateurs, villageois, cultivatrices d’huile de palme, chefs coutumiers, jeunes poètes ou musiciens œuvrant à la radio.

 

Ce temps est vital dans tout projet documentaire afin d’approfondir une écriture. Pour ce projet, il me paraît non seulement indispensable mais aussi relativement urgent.

 

J’ai réfléchi à des types de plans, de séquences, qui permettent d’entrer cinématographiquement dans l’histoire, dans le village et dans les vies. J’ai besoin désormais de vérifier mes intuitions, mes choix, trouver d’autres matériaux, dans les émissions de radio, dans la configuration du village, dans la diversité des habitants. J’ai besoin de déceler des noyaux d’histoires en devenir qui pourront constituer les matériaux narratifs du film. J’irai là où chaque émission pourra m’amener.

 

Je suis soutenu par l'association Atelier Atlas Production et la société Adalios. Je suis également en contact avec une structure de production congolaise, Matombi, représentée par Sylvie Bayonne, très intéressée par le projet et qui se tient prête à m’accompagner et faciliter localement mon travail.

À quoi servira la collecte ?

 

Cette collecte me permettra de financer une première phase de tournage en République Démocratique du Congo. Ce séjour de 3 semaines, que j’envisage en juillet, me permettra de rencontrer les personnages de mon film, effectuer des prises de vues et nourrir mon écriture. Celle ci permettra ensuite à Adalios, la société de production qui soutient ce projet, de trouver, dès la rentrée, d’autres financements. Les dons serviront donc à couvrir les frais liés à cette phase cruciale du film.

 

J'espère que vous serez sensible à cette histoire et à ce projet de film.

Je vous remercie par avance chaleureusement pour vos coups de pouce.

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Philippe Ayme

Après un BTS audiovisuel au lycée Jacques Prévert de Boulogne-Billancourt, je suis opérateur sur des films documentaires. En 2003, je développe au sein de la résidence d’écriture d’Ardèche Images mon premier film documentaire De Père en fils, réalisé en 2005 et produit par Adalios. En 2006, dans le cadre d’une commande de la Cité des Sciences et de... Voir la suite

Derniers commentaires

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Voici un très beau projet courageux qui mérite de voir le jour ! Bon courage et bonne chance Philippe. Anna et Juan
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Hey Philou... Tu sais bien que je te soutiens à fond dans ce très beau projet... Alors fonce et on croise les doigts pour la collecte ;-) Ta Belgian friend
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Félicitations PHILIPPE pour apporter un plus social,culturel , une ouverture sur d'autres régions.... J'ai lu le projet évidemment mais j'avais eu l'information en germination... Bien à toi et courage à toi surtout si tu es déterminé! Marie-Françoise(la maman de Anne et Seb)