Un film drôlement sérieux ou sérieusement drôle ! D'après "Un certain Plume" de Henri Michaux. Avec la participation de Michael Lonsdale

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The project

 

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SYNOPSIS

 

 

Plume est un homme simple dans des situations compliquées. Il est mis à la porte de partout, il est jugé pour un acte qu’il n’a pas commis, il doit rendre des comptes même s’il n’a rien fait de mal.

Mais sa rêverie, sa distraction, sa politesse, le font passer à côté du monde, comme pour mieux nous le faire voir. Plume est un étranger, il ne ressemble à personne et pourtant c’est un homme qui nous regarde, plus qu’aucun autre. 

 

 

Le chirurgien Un doigt à couper, c’est parfait. Avec l’anesthésie, vous en avez pour six minutes tout au plus. Vous n’avez pas besoin de tant de doigts. Je serai ravi de vous faire cette petite opération.  

Plume Docteur, c’est l’index, vous savez, un doigt bien utile. Je me sers toujours de l’index pour écrire. Justement, je devais écrire encore à ma mère. Elle serait inquiète si je tardais davantage, je reviendrai dans quelques jours. C’est une femme très sensible. (Extrait - UN CERTAIN PLUME) 

 

 

NOTE D'INTENTION

 

 

L’œuvre du poète Henri Michaux m’accompagne depuis de nombreuses années. « Un certain Plume » avait fortement retenu mon attention lorsque je l’avais découvert. C’est un texte qui me tient fort à coeur, dans lequel je reconnais un univers fantasque et absurde qui m’est familier, que je tiens à partager dans un film drôlement sérieux ou sérieusement drôle. L’auteur exprime ce qui me plaît d’un rapport au langage et au monde, à travers le décalage, le détachement du personnage. Celui-ci a été créé en 1930, au lendemain d'une grande crise. Ce qui n'est pas innocent de la part de l'écrivain ni un choix arbitraire de mon côté.

 

En le relisant aujourd’hui, Plume m’apparaît comme une figure possible de l’Etranger. Un étrange étranger, un individu aux pensées, aux gestes dissemblables. On a écrit de Charlot qu’il était bien autre chose qu’un simple vagabond, ne nous apparaissait-il pas, plutôt que comme un homme parmi d’autres, comme un singulier et fascinant Etranger ? Ce motif m’habite depuis longtemps et je trouve en la figure de Plume une incarnation vivante et poétique qu’il me paraît intéressant de traiter cinématographiquement. 

 

Plume, frère imaginaire, figure solitaire et rêveuse dont l’inconséquence est quelque part pour nous l’image d’une certaine résistance à l’impératif d’efficacité, de productivité à tout prix. Plume est le reflet d’une part de nous-mêmes, trop souvent empêchée. Ce film se voudrait une sorte d’exorcisme poétique, le portrait d’un homme sinon d’une humanité différente, inattendue, qui questionne notre rapport au monde. 

 

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Un cinéma qui désoriente, entre idiotie et naïveté, vertige et décadrage

 

« Un certain Plume » comporte 13 chapitres. Je choisis d’en adapter 5 : Un homme paisible (I), Plume au restaurant (II), Plume voyage (III), Plume avait mal au doigt (VII), Plume au plafond (XII).

 

La langue du texte est très simple et compréhensible, elle a surtout cette qualité d’être intemporelle, c’est-à-dire que les expressions ne renvoient pas de façon immuable à une époque. Je choisis de rester fidèle à la langue de Michaux, lui donner voix et corps dans un environnement qui nous est contemporain. J’ai ici confiance en la puissance des mots, ainsi que dans le talent des comédiens et comédiennes qui s’engagent à les dire, pour fabriquer une écoute inédite et stimuler l’imaginaire du spectateur. 

 

Je conçois ce film comme étant contaminé par un état d’esprit qui nous surprend d’une image à l’autre, au détour d’un geste, d’un son inopportun, d’une couleur soudaine, d’une rupture d’ambiance, d’un objet incongru. Un film qui se joue de la grammaire visuelle et transgresse quelques règles élémentaires.

 

Plume est un homme qui à quelque endroit où il se trouve semble ne pas être à sa place. C’est du moins ce que les autres lui font ressentir. Cette posture rappelle les péripéties du cinéma burlesque. Et c’est bien une comédie de l’absurde que je veux réaliser d’une manière très personnelle, pour rendre une certaine atmosphère où s’équilibrent une dimension angoissante, existentielle et une dimension jubilatoire.

 

Il y aura la présence d’un narrateur, une voix off extradiégétique, qui esquisse avec délicatesse et parfois ironie le portrait de cet homme que nous suivrons. Michael Lonsdale jouera ce rôle. Le timbre de sa voix, sa scansion si singulière, ses accents enfantins mâtinés d’étonnements passagers, toutes ces qualités sonores de ce grand acteur se sont imposées à mon oreille et je les crois propices et opportunes à la tonalité de ce film.

 

Logique non-narrative

 

Il n’y a pas de ligne narrative, au sens classique. Je tiens plutôt à construire un mouvement, comme en musique, fait de tension et de repos, de suspense et de contemplation. 

 

Il s’agit de suivre un personnage dont la vie n’a ni milieu ni commencement ni fin. Chacune de ses aventures ou mésaventures se poursuit sous le signe du « Une autre fois, Plume... » Ce sont donc des tableaux, des situations, des scénettes qui se succèdent, sans lien de cause à effet les unes avec les autres, si ce n’est qu’un même personnage les traverse. 

 

L'ensemble du film, les glissements d'une scène à une autre sont cependant organisés avec précision. Il existe donc une certaine progression, une trame discrète, agencées selon un plan poétique, fait de mise en résonance, d'échos, d'associations d'idées, de ruptures de rythmes. 

Travailler à une dramaturgie de l’étonnement et de la surprise.

 

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Plume, un personnage, une personne

 

Nous pouvons avancer ces quelques traits : poli, distrait, vivant en apesanteur dans un monde hostile, Plume est un homme en marge de ce que lui renvoie le monde autour de lui. Plume opère comme un révélateur. Personnage en tout cas qui nous interroge, tant son attitude face aux événements déroge aux réactions habituelles.

Plume, personnage de papier, figure littéraire, a-t-il un équivalent ou une continuité possible en chair et en os ? J’ai rencontré le comédien Bruno Marin et à de nombreuses occasions dans la vie il m’a fait pensé à Plume, par son côté lunaire, sa courtoisie et l’impression qu’il donne parfois d’avoir un corps flottant.

Personne très sensible au jeu des équilibres, à la sculpture d’une silhouette, la précision du geste et l’intensité de la présence dans l'absence même. Pour ces nombreuses raisons, je suis convaincu qu’il est la personne idéale pour ce rôle.

 

 

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Du jeu des acteurs : un contraste personnifié

 

Je propose de construire deux types de jeu, car très clairement il y a Plume et puis les autres (la femme de Plume, le chirurgien, la juge, la contrôleuse de chemin de fer, le policier etc).

Je voudrais construire à l’extérieur de Plume un monde régi par des lois caduques, un monde procédurier, figé dans des affects expéditifs, des corps rigides ou peu amènes, impliquant une mise en scène très précise de l'hostilité. En contrechamp nous travaillerons à la singulière humanité de Plume, une image plus tremblante, imprévisible, un corps plus mobile et vivant, qui peut à la fois désamorcer ou attiser le conflit par ce décalage.

 

C’est principalement par la dimension du jeu, des attitudes des corps, de leur déplacement, leur façon de parler, de se comporter avec Plume que se reflètera la dimension comique du film. Elle viendra du frottement entre deux univers de pensées, deux façons de vivre au monde, donc deux types de jeu inscrits dans un même plan.

 

J’aimerais approcher par endroit une sorte de chorégraphie dans la mise en scène, dans la construction des déplacements, des actions. Un travail sur l’attraction, la répulsion, l’immobilité, l’agitation, des équilibres sans cesse menacés. 

 

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Dialectique du dehors et du dedans 

 

Selon le philosophe Gaston Bachelard, Michaux « juxtapose claustrophobie et agoraphobie », ce qui implique que la distinction spatiale du dehors et du dedans est perturbée. Ce qui provoque des vertiges multiples. Je voudrais que les déterminations spatiales classiques soient troublées : la gauche et la droite, le haut et le bas, en utilisant des sautes d’axe, des faux raccords, des cadrages qui décadrent.

 

Je tiens à construire un monde proprement cinématographique, construire une “ville imaginaire”. J’aimerais du moins arriver à cette impression avec des décors réellement existants mais qu’un cadrage, un rapprochement inattendu, rendent étranges dans l’ensemble. Il n’y a pas de reconstitution d’époque, c’est bien un film qui se passe aujourd’hui, mais qui jette une ambiguïté en se servant d’anachronismes architecturaux, vestimentaires, que nous pouvons toujours observer actuellement.

 

Du bruit à la musique, sans césure

 

Pour l’univers sonore et musical de ce film, j’ai décidé de collaborer avec plusieurs musiciens confirmés, Quentin Manfroy (flûte), Benjamin Lescoat (violon alto) et Maxime Bodson (arrangements divers, montage son), qui composeront une musique originale, inspirée notamment du jazzman Steve Lacy. Je compte aussi sur la participation de Irène Aebi-Lacy, chanteuse hors pair, partenaire exceptionnelle et muse du musicien aujourd'hui disparu.

Je crois cette part du film aussi importante que l’image, le texte et les comédiens. La fin et le début de chaque intervention musicale seront très étudiés, au regard des détails sonores qui s’y articulent. La musique est un élément de dramatisation rythmique aussi important que les actions ou les cadrages, avec lesquels elle va tisser l’ambiance du film.

 

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«En soudant avec l’à-propos et le magnétisme convenable l’éloigné et le plus proche, le haut et le bas, ce qui est vu comme en plongée et ce qui est vu de face, ce qui est vu en coin et ce qui est comme au bout du nez, en jouant sur les inégalement distants comme sur les soufflets d’un accordéon, nous fondrons les tueuses géométries... et l’espace redeviendra ce qu’il était, un immense rendez-vous de cent espaces qui baignent les uns dans les autres et où baignent avec nous les objets et les êtres.» (H.Michaux)

                            

Ce texte, qui est celui d’un grand rêveur, m’inspire directement pour traiter cette sensation de désorientement que je recherche, par la diversité des moyens cinématographiques : mise en scène, jeu, musique, montage, son, choix de cadrage.

Ce texte invite à se déplacer et donc à se surprendre soi-même. Ce qui sera un principe pour le tournage, un principe de création.

 

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UN PASSAGER CLANDESTIN, un film réalisé avec : Olindo Bolzan (le chirurgien), Charlotte Couturier (la magistrate), Simon Duprez (l'agent de police), François Ebouele (le commissaire de police) Francesco Italiano (le gardien du Colisée), Guillemette Laurent (la patronne du restaurant), Mathilde Lefebvre (la femme de Plume), Conchita Paz (la contrôleuse de chemin de fer), Christophe Piette (le maître d'hôtel), Chantal Pirotte (la juge), Catherine Salée (la mère avec ses deux enfants)...

 

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MONTAGE SON              Maxime Bodson

MONTAGE IMAGE          Yannick Leroy

 

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LIEN VIMEO (Bande-annonce "Les accords contrariés", "Belle de fugue") : http://vimeo.com/530751

 

 

 

Why fund it?

Fort du soutien d'un producteur reconnu dans le métier, mais aussi de la dernière compagne du poète, qui nous a cédé les droits chez Gallimard, ainsi que la participation enthousiaste du grand comédien Michael Lonsdale, je me crois sincèrement arrivé à un tournant important dans ma pratique, auquel je veux accorder le plus grand soin.

 

Pour cela, tout apport financier pouvant venir compléter le budget actuel (très restreint sinon rédhibitoire), apportera plus de possibilités créatives dans la réalisation de ce projet, qui réclame sans aucun doute de l'ingéniosité et par conséquent des outils appropriés à cette situation.

Les 3.5OO euros que nous aimerions atteindre couvriront certaines dépenses :

 

accessoires, costumes (chirurgien, maître d'hôtel, juge, agent de police…)  / 1050 euros

autorisations de tournage (Grand restaurant, Hôpital, Gare, Anciennes fortifications de la ville) / 750 euros 

- transport, régie / 1.725 euros

 

Soit un total de 3.725 euros.

 

Il reste aussi la part de la post-production, très importante et coûteuse (montage/mixage son, enregistrement de la musique en studio, étalonnage...), tout dépassement de la somme ici visée serait donc directement investi dans cette étape essentielle de finalisation.  

Cette collecte nous sera très utile pour optimiser les couleurs, les tonalités de cet univers poétique, qu'une équipe de personnes enthousiastes, exigeantes dans leur domaine respectif, se prépare à réaliser. Le tournage est prévu pour cet été.

 

En vous remerciant d'avance de votre attention et de votre éventuel soutien.

 

Cinématographiquement vôtre ! 

 

Jean-Philippe Dauphin

 

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Jean-Philippe Dauphin

Jean-Philippe Dauphin a suivi des études de réalisation cinéma à l’INSAS ainsi qu’un Master en philosophie à l’Université de Paris 8. Il se consacre aux arts visuels, à la musique et à l’écriture. En tant que réalisateur, il développe une démarche personnelle, soucieux de ne jamais séparer les genres (fiction, expérimental, documentaire) mais à... See more