Un documentaire de création sur la quinoa, et les femmes et les hommes qui évoluent avec elle dans une communauté quechua de l’Altiplano bolivien

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Présentation détaillée du projet

Parmi les plantes exceptionnelles venues des Hauts plateaux andins, figurent la maca, la pomme de terre, la coca, l’amaranthe, et la quinoa. Chacune d’elle concentre certains enjeux sociaux, écologiques ou agronomiques. Leur présence en Europe raconte quelque chose de notre société, de ses besoins et dépendances. En Bolivie, leur terreau d’origine, elles sont un ciment de l’économie et de l’identité indienne. J’ai choisi de faire un film dans un premier temps sur la quinoa, vue depuis son lieu d’origine. Le point de départ du film est un très court état des lieux de la présence de la plante (ou de ses graines, ou de ses feuilles, ou de certaines de ses molécules) dans nos contrées européennes, avant de partir de l’autre côté de l’océan, là où elles sont produites. Mon but n’est pas de réaliser un documentaire strictement botanique mais d’une part de raconter les plantes autrement, en marginalisant le regard scientifique habituellement dominant chez nous, pour s’ouvrir au regard quechua et à l’imaginaire qu’il convoque. D’autre part, la plante est aussi un point de départ à travers lequel on redécouvre les Hommes. A travers ces plantes que nous nous échangeons, se dévoilent les rapports entre deux sociétés.

 

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          Mon premier séjour à Tomave

 

En 2014 je suis arrivée pour la première fois dans le village de Tomave pour rencontrer des cultivateurs de quinoa. Passionnée de botanique et de biologie végétale, je venais d’écrire un mémoire scientifique sur l’évolution génétique des plantes cultivées, dans le cadre de ma licence de biologie, et le cas particulier de la quinoa avait retenu mon attention. 

 

J’ai trouvé là bas un regard singulier sur cette plante, bien différent de mes analyses scientifiques et expériences gastronomiques. D’abord, la quinoa est belle, magnifique, les couleurs vives de ses champs, du jaune au violet, éclatent entre le village aux maisons grisâtres et la pampa grisâtre. Les gens du village en parlent avec une grande affection, comme une mère nourricière, et un symbole de leur identité quechua, les traitent avec une grande douceur. Leur regard sur cette plante, comme sur l’élément végétal en général, aussi bien poétique que naturaliste, m’a séduite, et plutôt que de continuer à étudier la plante d'un point de vue strictement scientifique, ce séjour m'a donné envie de croiser les regards, et de mettre en lumière les idées quechuas sur la botanique. 

 

En passant six mois là bas j’ai noué des amitiés, notamment avec Sabina, David, Gregorio, et Felicidad. J'ai tourné avec Pierre Arnau un premier film là bas, qui a été réalisé de manière assez spontanée, avec les moyens du bord. En revenant de Tomave, j'ai fait un master de cinéma et j'aimerais maintenant retourner là bas pour mener à bien mon projet, et réaliser mon premier film professionnel. 

 

Quelques extraits de mon précédent tournage à Tomave : 

 

       

 

          La quinoa

 

La quinoa est une fausse céréale, une plante de la famille des brassicacées, comme le chou ou les épinards, dont nous consommons la graine depuis quelques décennies en Europe. Elle a le mérite d’être riche en protéines, vitamines et minéraux, sans contenir de gluten. Sélectionnée et cultivée depuis des milliers d’années jusqu’à 4000m d’altitude dans les hauts plateaux andins, la quinoa montre une remarquable tolérance aux stress environnementaux, particulièrement à la sécheresse et au froid…

 

Après une brève introduction qui nous présente la plante d’un point de vue européen et/ou scientifique, sur les images de la collection de quinoas de l’herbier du Museum National d’Histoire Naturelle, le film se poursuit sur les images de la quinoa bien vivace, qui jaillit de la terre de Bolivie.

 

 

          Tomave

 

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Nous sommes dans l’Altiplano bolivien. Des plaines arides s’étalent à perte de vue entre le désert de sel d’Uyuni et les mines de Potosi. Dans cette vaste horizontalité, tout juste surmontée parfois de quelques pics arrondis ou de rochers acérés, fleurissent ça et là sources thermales bouillonnantes et jaunes de souffre, tombeaux incas et hautes cheminées désaffectées d’extraction de minerai. Au détour d’un cours d’eau, on tombe sur un village entouré de champs foisonnants, petit oasis verdoyant au milieu du désert.

 

Dans le village, on ne vit que grâce à la quinoa. Sans elle, on mourrait de faim, de carences. La seule des plantes capable d’endurer la rudesse climatique, contient aussi toutes les vitamines et minéraux nécessaires à l'être humain. Ensemble, hommes et plantes ont pu coloniser ce drôle d’espace, qui deviendrait inhospitalier si l’un des deux partenaires était amené à disparaître. A Tomave, on la considère comme un cadeau de la Pachamama, la Terre-mère. Il y a quelques décennies, on racontait cela parce que, résistant aussi bien aux sécheresses qu’aux gelées, elle sauvait de la famine. Aujourd’hui on continue à dire cela parce que, ayant conquis les cœurs des occidentaux, elle se vend à prix d’or, et a permis au village de se relever après la fermeture des mines.

 

 

          Le film

 

J’aimerais suivre dans le film le quotidien paysan de Sabina et David, et l’évolution de leur quinoa, qui dicte le rythme de vie du village. Elle sera filmée à tous les stades de sa croissance, ponctuant le film de son inflorescence graduelle. Elle aura une place centrale dans le film tout comme elle occupe une place centrale dans la vie du village. Au coeur de ces champs qui grandissent et s’emplissent de couleur, j’ai envie de regarder évoluer Sabina et David sans les interrompre, de les laisser incarner par leurs gestes et actions ce rapport au végétal en toute simplicité, sans le théoriser. Mais on entendra leurs voix lorsque parfois, entre deux coups de bêches, ils s’interrompent pour me poser une question sur ma propre culture, ou pour me raconter une histoire. Lors des jours gais des récoltes, lorsque toute la famille revient au village pour prêter mains fortes, discussions et rires éclatent soudain dans les champs et le silence s’efface.

 

Résonneront parfois, au dessus de ces quotidiens, deux types de voix : la voix journalistique de Gregorio, et la voix poétique de Felicidad.

 

Des émissions de Gregorio, j’aimerais conserver deux types de fragments. Le premier, sur le ton enjoué de Gregorio, est constituée des bouts de chroniques qu’il enregistre sur l’histoire, ou les contes de l’Altiplano. La radio est ici investie par un homme quechua, comme moyen de communication pour enregistrer et transmettre l’histoire de sa propre culture à des auditeurs qui sont essentiellement eux aussi quechua. Nouvel outil de transmission de la tradition orale, la radio a remplacé, à Tomave, l’art du conte en fêtes rituelles. Ses émissions retranscrivent l’ambiance sonore du village, où la radio accompagne les gens dans les champs, les bus. Elles nous apportent des clés de compréhension de la culture quechua, et en nous emmènent vers l’imaginaire des contes qui enveloppent les plantes.

 

Le deuxième type de fragment radiophonique serait constitué des interviews que Gregorio a pris l’habitude de faire avec moi pour que je parle un peu de ce que je fais à Tomave, de comment j’avance, pour alimenter son émission. Pendant que je fais mon documentaire sur Tomave, Gregorio fait le sien sur moi, et j’aimerais mettre en avant ce jeu de regards. Il me permet d’assumer et de raconter ma place au village, et tout ce qui se passe autour de l’expérience de la rencontre.

 

Et puis il y a la voix de Felicidad. La langue quechua est une langue au vocabulaire très tourné vers la nature, qui traduit bien l’intérêt de ce peuple pour l’agriculture. La tradition poétique, très ancienne mais encore très vivace aujourd’hui, exprime une familiarité avec les forces naturelles et les divinités ancestrales. Les thèmes et les images de cette poésie sont simples : la flore, la faune, les oiseaux notamment, le soleil, la lune, les étoiles, l’eau, le vent, la neige ; tous ces éléments de la vision panthéiste quechua, l’environnement le plus familier, nourrissent les comparaisons.

 

J’aimerais proposer à Felicidad de me lire les poèmes qu’elle aime particulièrement, de me les traduire, et de me faire connaître les poésies sur la quinoa.

 

Depuis le semis aux fêtes explosives qui accompagnent les récoltes, le film nous plonge dans le monde paysan quechua. C’est également le rapport entre deux cultures qui est interrogé, lorsque leur économie est basée sur les échanges avec les pays du Nord : Au delà de ces graines qu’ils nous envoient, quel regard portent-ils sur le monde d’où je viens (questions de David ou Sabina), comment ils se racontent ces mondes (émissions de Gregorio), et bien sûr, ce que je propose comme regard sur le leur. Depuis Tomave, on redécouvre le monde végétal, mais aussi un regard neuf sur nous-même.

 

 

          Personnages

 

Quino1-1506589375 La quinoa : une mère nourricière qui parade dans les environnements les plus improbables, qui se rit de l’altitude, des UV, du gel et de la sécheresse. Elle arbore nonchalamment toutes les plus belles couleurs du règne végétal, quand autour d’elle la pampa reste grise, basse et tortueuse ployant sous les conditions climatiques. J’ai envie de représenter les plantes, la terre, le sol comme des personnages à part entière, pivots du film, acteurs de cette relation que je souhaite mettre en lumière, entre l’Homme et le végétal.

 

 

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Tous les matins à l’aube, la petite silhouette emmitouflée de couvertures de Sabina, 72 ans, quitte sa maison pour pousser son troupeau de lamas vers la pampa. Elle est née au village et n’en est jamais partie. Dans le Tomave de son enfance, on vivait dans l’autosuffisance totale, pas de sucre, rarement d’huile. Son mari est mort, des suites d’une maladie contractée à la mine, et elle a élevé seule ses sept enfants, qui sont aujourd’hui tous partis vivre en ville. Lorsque l’un d’eux passe lui rendre visite, c’est l’occasion de jours joyeux, de travail au champ en groupe dans les rires et l’euphorie des retrouvailles.

 

 

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A quelques centaines de mètres de là, David affectionne la solitude de son champ isolé. Tout autour du cabanon qu’il s’est aménagé en périphérie du village, il cultive maca et quinoa pour l’exportation. Dans cette oasis, il travaille à son rythme, sans pression, mâchonne un peu de coca, ou lit dans un coin d’ombre le temps d’une pause. Il a étudié l’agronomie a Potosi, et a travaillé pour de grandes firmes avant de revenir finalement à une vie de paysan dans son village natal. Avec fermeté il rejette machines agricoles et produits chimiques préférant tout faire à la main.

 

 

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Même à la saison douce, Felicidad passe le plus clair de son temps dans sa maison, car elle souffre des poumons. C’est son mari qui s’occupe des bêtes et des champs, pendant qu’elle tisse, tricote ou lit. C’est elle qui m’a fait découvrir la poésie quechua, la beauté de cette langue, et avec quelle puissance elle est capable de décrire les phénomènes naturels même les plus simples et les plus anodins. J’aimerais que ce langage poétique, qui raconte si bien les plantes, résonne dans le film de sa voix grave et éraillée.

 

 

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Gregorio a la trentaine, il est journaliste radio, passionné par l’histoire et la culture quechua. Ses chroniques, sur les organisations communautaires des villages de l’Altiplano, sur l’histoire minière du territoire ou sur les plantes et leurs légendes, accompagnent souvent les travailleurs au champ. David les écoute volontiers, allongé sous son arbre, pendant ses pauses.

À quoi servira la collecte ?

La collecte servira à financer les billets d'avion de l'équipe du film ! 

 

Une équipe de choc composée de :

 

Nathan Vignaud en chef opérateur 

Pierre Arnau à la prise de son 

Claire Second : réalisation 

 

Le matériel du tournage a été payé de nos petites poches : Panasonic GH5 accompagné d'un objectif polyvalent 12-40mm, pour la prise de vue. Zoom H5, perche et micro supercardio avec cage antivent pour le son.

 Quant aux billets pour la Bolivie, ils coûtent 950 € par personne. Avec 3000 €, on a nos billets en poche ! Un peu plus et on pourrait s'offrir un objectif supplémentaire macro pour les gros plans (481,86 €) ! 

Le départ est prévu pour début décembre 2017, afin d'assister aux semis et aux festivités de cette période, et le retour en avril 2017, après le carnaval et les récoltes ! Nos billets vont donc être achetés dans les tous prochains mois ! 

 

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ClaireSecond

Après des études en écologie scientifique, je me dirige vers le cinéma pour explorer l’écologie dans une approche plus sensible. Diplômée depuis 2016 du Master Documentaire de Création de l’Ecole Documentaire de Lussas, mon film de fin d’étude, l’Algue et le Champignon, abordait déjà des questions d’écologie, et a été montré lors des Rencontres... Voir la suite

Derniers commentaires

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bon je suis un peu à la bourre, mais c'est l'intention qui compte :-) Profitez bien de votre voyage!!!
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Grosses bises à tous les deux et bravo ! Venez nous voir si vous passez dans le coin (céret, catalogne française, à un quart d'heure de la frontière espagnole). François (Fiévé)
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On pourra voir le film?