Une utopie communautaire en Sibérie, l'Arc-en-ciel

J’ai toujours su que je prendrais un jour le transsibérien, et il semblerait que le jour soit finalement venu ! Je vous emmène avec moi ?

Visuel du projet Une utopie communautaire en Sibérie, l'Arc-en-ciel
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culturelle
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de vie

Une utopie communautaire en Sibérie, l'Arc-en-ciel

Que se passe t-il durant l’espace de deux mois lorsque des individus s’en vont dans les forêts isolées de Sibérie prier pour la paix mondiale et créer un modèle de société utopique fonctionnelle ?

 

 

 

 

C'est quoi le projet ?

 

Depuis plus d’un an et en tant que jeune chercheur, je travaille sur un projet de film documentaire au sujet d’un rassemblement néo-hippie dans le sud de la Sibérie, sur les rives du fameux lac Baïkal. Mes recherches portent sur les utopies communautaires et la Rainbow Family, un mouvement alternatif international qui réunit des individus souhaitant vivre en harmonie avec les idéaux de paix, d’amour universel, de non-violence et de liberté qu’ils cultivent. Ils n’ont ni leaders, ni structures. Aucun porte-parole ni règlement officiel. 

A travers ce projet et les quelques 17 000 kilomètres que je m’apprête à parcourir en train, j’ai la volonté de vous démontrer que partout dans le monde les alternatives à notre système existent déjà et préfigurent un monde idéal tout en réclamant des transformations immédiates. Dans le contexte de la crise sanitaire que nous connaissons, l’utopie arc-en-ciel peut nous redonner l’espoir et l’allégresse dont nous avons besoin. 

Un tel projet nécessite un budget conséquent et c’est pour ça que j’ai besoin de vous et de votre soutien ! En m’aidant vous favoriserez le recueil d’un matériel descriptif et l’ouverture d’une perspective monographique sur la Rainbow Family. Ce faisant vous participerez conjointement à la réalisation d’un projet d’enquête anthropologique sur le terrain et d’un film documentaire innovant. En poursuivant la lecture, vous aurez un aperçu clair et détaillé de mon projet, des informations sur mes recherches et sur mon itinéraire et bien sûr des graphiques détaillant mes besoins et mes financements. 


Réhabiliter l'utopie

Un peu de contexte

«L’été de l’amour » (1967) ne s’est pas limité à San Francisco et à l’Occident, et si le mouvement hippie aux États-Unis a fait grand bruit, son homologue en Union Soviétique n’a que très peu attiré l’attention des historiens de la culture. Bien que le mouvement hippie ne soit pas toujours perçu ni analysé comme ouvertement politique, la culture alternative qu’il semble proposer mérite d’être étudiée comme une authentique tentative d’échapper à l’autoritarisme. En se tournant vers l’occident et le “monde libre”, sa mode, sa musique, ses utopies communautaires, le mouvement hippie en URSS, a-t-il constitué une offense à l’ordre et à la morale bolcheviques ? Comment, dans ce contexte politique et culturel, a-t-il pu naître et exister sans être une réponse au consumérisme, dans un pays sans malls ni publicités ? Mes lectures et recherches m’ont conduit à rencontrer, relativement à la question des formes de la culture hippie dans la Russie soviétique, des domaines aussi variés que la sexualité, la musique ou l’usage de drogues. Par ailleurs, de nombreuses problématiques ont suscité mon intérêt, telles que les expressions du spiritualisme dans un régime prônant l’athéisme, le KGB ayant classé l’inclinaison pour la méditation orientale comme “idéologiquement dangereuse”. Ces êtres aux longs cheveux - que l’on n’hésitait pas à tondre de force en Sibérie - avaient des allures de saints et des physiques androgynes loin de ce que pouvait incarner l’homo sovieticus. 

► C’est dans la perspective de ces interrogations que j’ai eu la chance de découvrir la famille arc-en-ciel et de participer à mon premier rassemblement en Hongrie dans une forêt située au nord du lac Balaton au printemps 2019. Souhaitant comprendre ce qu’étaient devenues ces communautés j’ai eu la chance de croiser le chemin des rassemblements arc-en-ciel, des communautés éphémères autogérées qui se réunissent le temps d’un cycle lunaire. Chaque année, dans les forêts éloignées du monde entier, des communautés intentionnelles, en rupture avec le capitalisme et la société de consommation, se reforment dans plusieurs pays en même temps pour embrasser la vie bucolique qu’elles chérissent. La famille Arc-en-ciel réunit des individus souhaitant vivre en harmonie avec les idéaux de paix, d’amour universel, de non-violence et de liberté qui les animent. Ils sont les héritiers des « tribus » de jeunes Américains, issues des contre- cultures des années 1960, et qui organisèrent en juillet 1972 un premier événement de quatre jours dans le Colorado. À l’époque, vingt mille personnes appelant à la désobéissance civile firent face aux barrages routiers de la police avant qu’un terrain dans la forêt nationale de Roosevelt leur fût finalement accordé. Cet événement, qui devait être unique, se reproduisit l’année suivante dans le Wyoming. C’est là que le principe d’un rassemblement annuel fut décidé. La durée des rassemblements s’est depuis étendue, de la durée initiale de quatre jours à celle d’un cycle lunaire. Les rendez-vous ont été peu à peu délocalisés. Dans les années 1980, les rassemblements ont commencé à se former à l’extérieur de l’Amérique du Nord en tant qu’événements autonomes quoique connectés à travers le monde. Tandis que certaines communautés hippies soviétiques ont disparu avec la chute de l’URSS – perdant leur raison d’être, celle de créer un monde parallèle face au régime soviétique –, les premiers rassemblements Arc-en-ciel dans la Fédération de Russie sont nés en 1992.

Cela fait maintenant plusieurs semaines que je réalise des entretiens numériques avec des membres de la famille arc-en-ciel, en réalisant ces derniers j’ai eu le plaisir de me voir adressé plusieurs invitations en Lettonie d’abord chez Ksenia ou encore dans l’éco-village que Vladislav à fondé il y a de cela 30 ans à quelques 300 kilomètres au nord-est de Saint-Pétersbourg - Экопоселение Гришино. Tu trouveras plus d’informations quant à mon itinéraire en consultant le lien suivant ! https://karlrozenf.travelmap.net/une-utopie-communautaire-en-siberie-larc-en-ciel

Après avoir rencontré Ksenia à Riga, je me rendrai à Tallinn afin de réaliser une autre série d’entretiens. Le 1er juin 2021 je serais à Moscou. Annuellement depuis le 1er juin 1972 - les hippies soviétiques se réunissent dans le parc Tsaritsyno. Le rendez-vous était justifié officiellement pour célébrer les premiers rayons chauds du soleil ainsi que la journée internationale de l’enfance. Officieusement, il s’agissait d’un hommage aux arrestations tragiques de 1971, lorsque plusieurs centaines d’entre eux furent arrêtés par le KGB alors qu’ils manifestaient devant l’ambassade des Etats-Unis à Moscou en protestation contre la Guerre du Vietnam (1955-1975). Dans le parc historique de Tsaritsyno situé au sud de Moscou, au coeur d’un domaine de 405 hectares datant de la fin du XVIIIe siècle, face au plus grand palais néogothique d’Europe, retraités, étudiants, voyageurs, marginaux, vagabonds, professeurs, artistes, militants ou simple travailleurs ont pris l’habitude de se rassembler. Entre ce qu’ils voudraient incarner et ce que l’espace social les autorise à être il existe parfois une tension. Ce rendez-vous sera pour moi l’occasion de rencontrer nombre des hippies issus de différentes générations, de les interroger et de les filmer.

Nombreuses sont les questions qui demeurent et malgré les recherches que j’effectue en ligne, mon travail serait infiniment diminué sans la possibilité de l’ancrer géographiquement dans le cadre d’une véritable ethnographie. En filmant et en donnant à voir le quotidien de la famille arc-en-ciel j’aimerais fournir de nouvelles perspectives sur l’héritage actuel du communalisme utopique en inscrivant ce groupe dans un contexte  historique et dans une longue tradition de communautés intentionnelles et d’expérimentations utopiques. 

Photo prise par Tatiana Soupakova à l’occasion du rassemblement européen de 1998 à Mshinskaïa, proche de Saint-Pétersbourg.

Mais le gros de mon film documentaire se réalisera en Sibérie. Après la Colombie en 2019, c’est au bord du lac Baïkal dans le sud de la Sibérie qu’a décidé de se réunir la famille Arc-en-ciel. Le prochain rassemblement international pour la paix se tiendra à l’été 2021. Il suivra les dates du rassemblement européen, vraisemblablement du 8 août au 7 septembre. L’endroit a déjà été trouvé : sauvage, isolé, le long du rivage du lac Baïkal. La remontée de l’une des 336 rivières et ruisseaux permanents qui se jettent dans le lac permettra à la communauté d’être approvisionnée en eau. Les conditions climatiques d’août et de septembre rendent possible la tenue d’un rassemblement en plein air. La préparation du camp qui accueillera le rassemblement, que l’on appelle seedcamp doit commencer le 24 juillet. Après un long voyage au bord du transsibérien, je gagnerai les bords du Baïkal depuis Irkoutsk pour y célébrer la pleine lune dans le campement dont la position géographique sera précisée quelques semaines avant le jour j. 

A l’instar de l’ouvrage La Sibérie comme paradis qui vient tout juste d’être publié par le Centre d’Etudes Mongoles et Sibériennes (EPHE) sous la direction de Dominique Samson Normand de Chambourg et Dany Savelli, je voudrais rectifier l’image communément admise par les Occidentaux et souvent les Russes eux-mêmes que l’on se fait de la Sibérie, celle d’un endroit inhospitalier que l’on associe volontiers à cette « noire Sibérie » qu’évoquait Baudelaire. Une Sibérie déserte, froide et obscure, que l’on a tendance à réduire au seul acronyme du Goulag. Le lac Baïkal que les Bouriates ‒ premiers habitants à avoir vécu sur ses rives ‒ considéraient comme une « mer sacrée » est le lac le plus ancien et le plus profond au monde. Situé dans le sud de la Sibérie, en Russie orientale, il constitue la plus grande réserve d’eau douce liquide sur la surface de la Terre. Lorsqu’il est gelé, la transparence de ses eaux permet une visibilité parfaite jusqu’à 40 mètres de profondeur. Il ne faut pas nier la difficulté de la vie en Sibérie explique l’ouvrage, les conditions climatiques extrêmes, l’enfer carcéral qu’elle a pu obombrer ou encore le sort réservé aux peuples autochtones minoritaires. Seulement, comme il est très justement expliqué dans La Sibérie comme paradis ; « cette terre, en raison notamment de son immensité et de son éloignement par rapport à Moscou et à Saint-Pétersbourg, a pu également être perçue, au cours des siècles, comme une terre d’asile et de refuge, comme une terre promise où ancrer des expériences sociétales nouvelles, comme une terre de liberté en rupture avec un « centre » autoritaire et prédateur, comme un véritable Eldorado en raison de ses richesses naturelles. » La Sibérie s’avère être la région parfaite pour documenter la magie et la spiritualité cultivées pendant ces rassemblements. Nombreuses parmi les personnes qui comptent se rendre en Sibérie pour assister à ce rendez-vous sont celles qui savent que le lac Baïkal a toujours été l’un des endroits les plus sacrés d’Asie. Les lacs - grandes étendues d’eau inscrivant le reflet du ciel sur terre - ont depuis toujours cette signification spirituelle particulière pour les peuples turcs et mongols.


Mon parcours et les origines du projet 

Il y a quelques années, j’ai commencé des études de Sciences Politiques et de Littérature à Poitiers et celles-ci m’ont emmenées à étudier aux Etats-Unis en Pennsylvanie ou encore à Saint Pétersbourg. Après un séjour en Israël pendant lequel j’ai travaillé en tant que journaliste pour la télévision, mon attrait pour le voyage s'est continuellement déclaré. À Mexico j’ai déniché une vieille machine à écrire qui m’a accompagné dans mes pérégrinations pendant plusieurs années. L’idée était simple : offrir des poèmes aux passants en voyageant.

 « Raconte moi une histoire et un poème je t’écrirai. » 

Du Mexique à la Russie, en passant par la Pologne, la République Tchèque, les Pays-Bas ou encore le Portugal, ce projet et toutes ces rencontres suffisaient aisément à justifier l’errance. Lorsque je n’écrivais pas dans les capitales, je me plaisais à me perdre dans la nature avec mon hamac. Mes voyages en auto-stop aux Etats-Unis et au Canada n’ont fait que renforcer mon intérêt pour les contre-cultures. En terminant ma licence j’ai cherché un moyen de légitimer mon attrait pour le voyage à travers mon parcours académique. D’un étrange syncrétisme et après avoir visionné le film Soviet Hippies de Terje Toomitsu est née l’idée de travailler sur le mouvement hippie soviétique. J’apprenais la langue russe tout en m’intéressant à l’esthétique du mouvement hippie. En 2019, après avoir sillonné l’Europe en auto-stop sur plus de 16 000km, je suis allé animer des ateliers d’écriture, de peinture et de collage dans une résidence artistique pour enfants située dans une forêt à côté de la ville de Vladimir en Russie. Par la suite j’ai été admis dans un double diplôme franco-russe de master en Sociologie à l’Ecole des hautes études en sciences sociales de Paris et à l’Université Nationale de recherche de Moscou. J’ai rejoint le CERCEC, le Centre d’études des Mondes Russe, Caucasien et Centre-Européen, une Unité mixte de recherche CNRS / EHESS. Après mon expérience en Hongrie à l’occasion d’un rassemblement arc-en-ciel dans une forêt située au nord du Lac Balaton, mon projet est apparu plus clairement. J’ai décidé de m’intéresser à la question des utopies communautaires contemporaines et à l’héritage du mouvement hippie relatif aux années 1960 et 1970. Rapidement j’ai compris à quel point les ouvrages d’anthropologie étaient peu lus si ce n’est par les chercheurs qui les écrivent eux-mêmes. Alors pourquoi ne pas troquer cette fois-ci la machine à écrire pour la caméra et vous emmener avec moi sur mon terrain de recherche ?

En intégrant l’EHESS j’ai commencé à m’intéresser à l’anthropologie visuelle et à l’ethnographie, à l’étude descriptive et analytique des activités et du mode de vie d’un groupe humain déterminé. Et l’ethnographie exige le travail « sur le terrain », l’observation directe, voire parfois la participation de l’enquêteur. En ce moment je réalise des interviews en ligne avec des membres de la famille arc-en-ciel et cela fait des mois que j’attends patiemment que les frontières se rouvrent enfin. J’ai également publié un article pour Politika - L’utopie communautaire Arc-en-ciel à l’épreuve. Petit à petit s’est dessiné le projet de réaliser un film documentaire à partir de mon terrain de recherche : le prochain rassemblement arc-en-ciel international pour la paix sur les bords du fameux lac Baïkal, dans le sud de la Sibérie. Alors aujourd’hui je me permets de faire appel à votre aide et de vous solliciter par le biais de cette campagne de crowdfunding. 

En mars 2019 j’ai eu la chance de réaliser mon premier court-métrage en Super 8 à l’occasion de la Fête du Court métrage : Itinéraire dans l’errance. Réalisé en tourné-monté, Itinéraire dans l’errance donne à voir l’indifférence, l’indifférence face à la misère, celle qui se présente sous nos yeux de façon quotidienne. À ce jour je n’ai pas encore réalisé de film documentaire, c’est donc en toute humilité que je me lance dans cette nouvelle aventure pour laquelle j'ai besoin de vous et de votre soutien.

La Rainbow Family peut démontrer en quoi les espoirs d’une société meilleure peuvent constituer une force de transformation effective du monde.

À quoi servira la collecte

Je travaille actuellement à l’élaboration de plusieurs dossiers de demande de bourse auprès des institutions que sont le Centre Nationale du Cinéma qui a pré-sélectionné mon projet, l’aide à l’écriture de scénario de la Région Île-de-France ou encore le Fonds Louis Dumont d’aide à la recherche en Anthropologie sociale. J’ai déjà obtenu une aide à la mobilité de la part de l’Ecole des hautes études en sciences sociales qui financera à hauteur de 625 euros le pôle transport de mon budget.

Pour des raisons écologiques et éthiques, et parce que je perdrais beaucoup de ce que peut apporter le voyage en train, j’ai décidé de ne pas prendre l’avion au cours de ce voyage.

En cas de réussite de la campagne, la commission de KissKissBankBank sera de 8%. Pour ce qui concerne les contreparties, vous serez contacté à la fin de cette campagne, un grand merci d'avance à tous ceux et celles qui m'aideront et qui auront pris le temps de me lire !

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